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 Un madrigal pour les vents

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Ausulf Ekberson
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Errantia

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Magie: Air
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Métier: Troubadour
MessageSujet: Un madrigal pour les vents   Ven 29 Avr - 14:31

Une pause bien méritée entre deux parties de chasse. Ces périodes de solitude dans lesquelles Ausulf s'enferme régulièrement lui ont toujours fait un énorme bien. Les souvenirs de son ancienne vie remontent de temps en temps mais sont couverts d'un voile noir. Le seul moyen pour lui de les faire partir est de s'unir avec le vent, de s'unir avec Cerel.
Cerel non plus ne se rappelle pas tant de choses d'avant sa renaissance. Il pense que leur mémoire collective est bloquée par la magie. Ce serait la seule explication plausible. En attendant, ils sont seuls l'un avec l'autre et ils profitent de ce que les deux mondes ont à leur offrir dans leur quête de liberté. La Nature leur offre une beauté complexe et à couper le souffle. Tout est orchestré, prévu et organisé pour répondre à un besoin suprême qui est l'équilibre. Quant à l'humanité, celle qui détruit et ne respecte rien si ce n'est elle-même, elle aussi propose une chose qui dépasse tout désordre, toute volonté : l'Art. Et parfois, Ausulf se dit que ce serait bien la dernière chose qui le relie aux Eryens.

Le troubadour, terme erroné dans un monde qui ne sait pas ce qu'est l'Occitan, retourne donc près de sa cachette. Il cache toujours ses affaires civiles, son carnet de poèmes et son instrument antique dans des endroits camouflés, introuvables pour qui ne sait pas regarder, pendant ses parties de chasse. Finalement, le seul moment où il se sent réellement devenir un avec le vent est quand il prend la forme de Cerel.
Il ramène avec lui sa dernière proie, un lapin. Il n'a pas très faim et il déteste tuer sans utiliser tous les morceaux de son gibier. Il est dans la forêt des Esprits et loin du premier campement de bûcherons donc il ne peut pas vendre la carcasse d'une biche ou d'un sanglier.

Le feu est fait et il laisse rôtir le lapin. Il l'aurait bien mangé sous sa forme de loup mais il n'est jamais sûr que la digestion continue quand il reprend forme humaine. Et puis cela lui donne l'occasion de faire un feu.
Pendant que le repas continue de cuire, Ausulf sort son instrument antique. Antique est encore un mot erroné selon lui. Erya n'a pas connu de période antique. Ce qu'ils appellent antiquité correspond à la première vague de colons, quittant l'Ancien Monde pour échapper aux persécutions. Leur Antiquité, c'est des hommes et des femmes qui sont venus avec la culture d'un autre monde. Et son instrument en fait partie, il en est sûr par l'odeur du vieux bois et l'écrin des cordes qui ont résisté aux âges par la magie d'un barde sans doute, d'un musicien et magicien.
Quand il a trouvé cet instrument, il a aussi trouvé le cahier de son ancien propriétaire. En faisant bien attention à ne pas détruire le papier qui avait du mal à résister au passage du temps, il a pu discerner des partitions et des notes qu'il a tout de suite retranscrit : c'est une vielle à roue et c'est l'un des derniers vestiges de leur passé.
Cet instrument qui est synonyme de trésor pour son coeur est un véritable miracle pour les yeux. Il n'est donc pas étonnant que les Nobles soient friands du son unique que procure ce bijou. Quand Ausulf a trouvé cette vielle, il s'est assuré une porte ouverte dans la majorité des Cours d'Erya.
Mais ce n'est pas cela qui l'a mené vers cet objet. Ce qu'il désirait par dessus tout, c'était trouver un son unique qui permettrait d'accompagner à merveille sa voix. Un instrument mystérieux qui personnifierait son élan et son personnage de scène. Il est une vieille âme, torturée par les ans, tout comme la vielle à roue a souffert de l'abandon des hommes. Finalement, c'est une âme soeur qu'il a trouvé en elle. C'est un nouveau compagnon de route à qui il voue une fidélité sans faille. C'est aussi le seul outil des hommes que Cerel approuve sans condescendance. Comment résister à la beauté de cet instrument et à l'âme sauvage que renferment ses bourdons et ses sauterelles, formant la voix plaintive d'un monde que les sorciers ont abandonné. Quand Ausulf fait chanter ses cordes, c'est tout l'Ancien Monde qui vibre dans son corps.

"- Cerel, écoute ma nouvelle composition. Ce n'est pas du grand art mais c'est écrit avec le coeur.
- Je m'attend au pire.
- C'est un madrigal et je l'ai appelé : L'appel du vent"
Ausulf commence à tourner la roue de son instrument. Les cordes tournent. Sa main gauche se place sur le clavier et il s'apprête à commencer...
"- J'étais persuadé qu'un madrigal était uniquement a capella.
- Je suis un artiste, je peux casser les codes si je le souhaite !"
Cerel rit, le vacarme retentit dans la tête d'Ausulf mais il fait le vide et relance la manivelle. Il fait un tour sans chanter puis sa voix de ténor s'élève. C'est une voix douce et remplie de nostalgie, c'est le chant du coeur d'un enfant rempli de rêve.

Le vent appelle le poète
Entend la crainte de l'ascète

L'Est s'éveille avec le fringant Crixto.
Le soleil le baigne de sa chaleur.
La vie n'est pour lui qu'éternel bonheur,
Il est mélodieux allegretto.

Par delà les mers, chante Extasia.
C'est au Sud que naît la félicité,
Preuve d'amour et de complicité.
Le vent pour qui vibrent les acacias.

Le vent appelle le poète
Entend la crainte de l'ascète

Des ténèbres, retentit l'Onimus.
Le sombre, le cruel vent de l'Ouest.
Sa voix est présage funeste
Qui rampe dans les tréfonds de l'humus.

Du Nord s'élance le fier Cerel,
Le chasseur dominant l'atmosphère.
Ses crocs d'une froideur mortifère
Sonnent le glas du cycle naturel.

La voix du vent ne porte qu'au poète
Depuis toujours, il ne parle qu'à l'esthète


"- Oh tu as donné mon nom à l'un des vents ? Je suis touché...
- Bien sûr ! Tu es le vent qui me parle et m'accompagne tout le temps.
- Pourquoi le vent du Nord ?
- Tu penses que cela ne te correspond pas ? Le vent qui chasse sans partage.
- Si..."
Comme si réalité et fiction ne faisaient plus qu'un, Ausulf voit Cerel se rouler en boule près de lui. Ce n'est qu'un projection de son esprit mais Cerel veut profiter encore une fois de cette musique et leurs coeurs battent à l'unisson. La poésie rend tout réel, même si rien ne sort de sa tête.
"- Encore une fois s'il te plait..."
Ausulf tourne la manivelle doucement et commence à jouer la mélodie. Leurs âmes sont apaisées et rien ne pourrait les troubler.
"- Le vent appelle le poète....."
Si un loup pouvait sourire de plaisir, Cerel le ferait.
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