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 L'Antichambre des poètes

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Ausulf Ekberson
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MessageSujet: L'Antichambre des poètes   Sam 30 Avr - 14:30

Code couleur Arnissya:
 

Une antichambre banale. Les Inventors ne sont pas connus pour leur sens de la décoration développée. Tout respire la richesse mais il y a une certaine pudeur pour une Courtisane qui souhaite briller à la Cour. Tous les tapis sont finement tissés et les rideaux sont de la soie la plus travaillée, des merveilles du textile. Mais les couleurs restent celles que l'on voit partout. Cette femme veut donner le sentiment que son avenir est prometteur mais il sait où regarder pour trouver les zones d'ombre. Les meubles sont très bien ciselés, conçus par des artisans comme seule Orène en dispose, mais proviennent d'une ancienne collection. Elle n'est pas à jour et ses meubles ne font pas partis des créations les plus cotées, toutes régions confondues. Elle n'est pas dans les petits papiers de la politique. Ou pas du bon côté en tout cas.
Dame Arnissya, une femme de goût il doit le reconnaître, est reconnue par ses pairs pour trouver une pépite dans chaque poète qu'elle amène. Ses réunions de salon de thé sont prisées par la Cour car elle ne sait pas grand chose mais elle est experte en poésie. C'est un honneur d'être le clou du spectacle, un honneur qui lui assurera beaucoup d'évènements ultérieurs. Mais ce n'est pas la seule raison de sa venue ici. Les vents lui ont dit de venir à Or pour y faire une rencontre. Nous verrons bien ce qu'ils prévoient pour lui.

Sa vielle joue une mélodie de sa composition. Une des rares. Ce sera le dernier morceau pour clore sa prestation. À moins qu'une des nobles souhaite un morceau en particulier. Il sait à quel point elles adorent se rendre importantes en étant la dernière à proposer un morceau. Il devra faire attention car en fonction du choix qu'il fera, les jalousies peuvent entraîner un accident diplomatique et réduire à néant le travail de la journée : se faire apprécié des Inventors.
Les derniers accords se plaquent, sa voix termine la chanson dans un murmure plaintif. Le madrigal des vents se conclue et ne reste plus que les bourdons pour sonner, de leur tonalité sympathique et grave, comme si le vent lui-même les faisait jouer et non la main du poète.
Il regarde l'assemblée et comprend qu'il ferait mieux de choisir lui-même le dernier morceau. Les tensions intrasèques au pouvoir instable de cette maison sont palpables dans cette pièce. Il va donc jouer sa carte joker, une chanson oubliée qui provient d'un monde délaissé par leurs ancêtres.
"Gentes dames, je vous remercie énormément pour votre écoute. Ce fut un réel plaisir de jouer ces quelques morceaux pour une assemblée si agréable et cultivée."
Une rumeur de consentement et de remerciement. Par politesse évidement mais aussi car elles adorent être flattée.
"- Je vais maintenant finir ce concert privé qui m'a ému au plus grand point par un autre madrigal. Excusez-moi mon audace mais elle sera des plus tristes... Et elle aura une particularité qui j'espère vous touchera autant que moi."

La manivelle tourne et enclenche les mécanismes à l'intérieur du corps de l'instrument. L'air circule et les cordes vibrent. Plus un bruit dans l'audience, elles sont intriguées et elles le seront encore plus après cette prochaine annonce :
"- C'est une chanson qui vient d'aussi loin que les premiers colons. Un des derniers vestiges d'un passé oublié. Il s'intitule : La Ballade Des Pendus."
Il pose sa main gauche sur le clavier et entonne les accords en même temps qu'il les joue. Sa voix prend des harmonies graves, le plus qu'il le peut avec sa voix de ténor. Elle couvre presque le son de la vielle qui continue à résonner plaintivement, comme pour symboliser la douleur des hommes qui se balancent au bout de la corde. Mais la vielle vibre et le son qui sort de son corps est rempli du message de cette musique. Cet instrument semble ressentir encore plus que son musicien la demande implorante de l'auteur. Elle saigne avec lui.

Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A lui n'ayons que faire ne que soudre.
Hommes, ici n'a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Dieu, Jésus, Enfer et la Vierge Marie. Voilà des noms qui ne disent plus rien aux Eryens. Seulement, il est impossible au troubadour de ne pas comprendre pourquoi c'est une des uniques partitions qui soient restées après l'Exode. Même si tout le monde l'a oubliée avec le passage des ans, elle reste synonyme d'un peuple en pleur.
Certaines des courtisanes le savent au plus profond de leur coeur. Elles pleurent à la mémoire de leurs ancêtre qui ont fuit vers l'inconnu pour échapper aux persécutions dont ils étaient les victimes. Persécutions dues à leurs croyances, coutumes et savoir. Le pari est réussi. Sans doute aussi grâce à la larme qui coule sur la joue d'Ausulf. Cette musique l'émeut toujours et il veut en être l'ambassadeur en Erya.


Dernière édition par Ausulf Ekberson le Dim 12 Juin - 16:50, édité 1 fois
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Seren Alwyn
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MessageSujet: Re: L'Antichambre des poètes   Sam 30 Avr - 17:35

L’antichambre d’une dame d’ancienne noblesse en plein salon de thé, au milieu des amateurs d’art.  C’est un des endroits où Seren met le plus rarement les pieds.  Tout ici jure avec sa personne.  Les sourires faux de invités, leur dégoût du travail manuel…  C’est un univers de masques et de coups bas.  Depuis qu’elle est arrivée, elle a l’impression que sa présence est le résultat d’une gigantesque imposture.

Et pourtant, elle a bel et bien été conviée à un salon par Dame Arnissya, autrefois proche du couple dirigeant et désormais à la frontière délicate entre l’oubli et la disgrâce.  La raison de cette invitation?  Un service rendu à la Dame.  Seren a accepté de lui installer un dispositif d’alarme, moyennant une somme modique.  En y réfléchissant, aider la courtisane qui craint pour sa vie n’est peut-être pas la meilleure chose à faire pour quelqu’un souhaitant rester aussi éloignée que possible de la scène politique.  Mais il est trop tard pour cogiter à ce sujet.  Et puis, s’attirer les bonnes grâces de Dame Arnissya a aussi des avantages, comme l’invitation à un salon prisé par une bonne partie de la cour.

Tu parles d’un avantage: faire des courbettes à une bande d’hypocrites qui te trancheraient la gorge de leurs propres mains si ça pouvait servir leurs intérêts personnel!

Plus encore que Seren, Mellon est écoeuré par les magouilles politiques.  Mais la jeune Inventor sait que si son fidèle compagnon est aussi cynique, c’est parce qu’il s’inquiète pour elle (et peut-être par extension pour lui.)

Si ça peut te rassurer, ça m’étonnerait que l’un d’entre se salisse les mains à commettre un meurtre lui-même.  Ils seraient plutôt du genre à déléguer ça.

Tiens, la voilà qui devient aussi cynique que son ami.  Secouant la tête, Seren s’applique à ce qu’elle fait de mieux dans ce genre d’environnement: passer inaperçue, écouter et observer.  Le parfum capiteux de certaines courtisanes l’écoeure et leurs tenues raffinées jurent avec sa robe rouge assez simple.  Elle avait pourtant fait un effort en mettant sa plus belle robe, celle avec des manches amples peu pratiques mais élégantes et resserrée à la taille par une ceinture noire à fines dorures.  Tant pis, après tout plus elle sera considérée comme étrangère à ce monde, moins elle risquera.

Enfin, le poète du jour s’installe et le silence se fait.  Un silence que Seren savoure avec délice.  Un silence qu’elle est à mille lieues de regretter quand les premières notes retentissent dans l’antichambre.

Entraînée par la musique tantôt joyeuse tantôt triste, Seren perd toute notion du temps et laisse son esprit dériver, guidé par le poète.  Encore sous le charme de la musique, elle entend d’une oreille distraite les paroles de remerciement convenues que le poète utilise pour charmer son audience.  En plus d’être maître dans son art, il sait comment flatter l’égo d’un public.

Cependant, le poète a encore une carte dans sa manche et il récupère l’attention la plus complète de Seren en mentionnant un temps d’avant l’arrivée des premiers colons sur ces terres.  Le madrigal qui suit coupe à travers l’âme de Seren comme une lame tout juste aiguisée.  La voix du poète et celle de son instrument, les paroles parfois obscures mais limpides dans leur message…  Plus d’une des spectatrices verse une larme et Seren elle-même a les yeux humides à la fin du chant.  

Pendant un moment surréaliste, l’écho des dernières notes est le seul bruit dans l’antichambre.  Personne n’ose bouger de peur de briser un charme qui a été jeté sur l’assemblée.  Après ce qui semble une éternité, la maitresse des lieux applaudit doucement et est suivie par ses invités.  Seren suit le mouvement, ses mains bougent comme celles d’un automate ou d’un somnambule.

Dame Arnissya se lève alors, remercie le poète d’avoir charmé l’assistance avec son art puis l’assistance d’avoir honoré son salon de leur présence.  Ses paroles sonnent creux, mais en comparaison avec la prestation du poète tout sonne creux.

Les invitées se lèvent, se pressent autour du héros du jour et le bombardent de questions, de requêtes et de Cirahuir sait quoi d’autre.  Quand à Seren, elle a trouvé un endroit d’où elle peut observer l’artiste à son aise.  Ou plutôt, c’est son instrument qu’elle observe.  En sept décennies elle a déjà vu un bon nombre de mécaniques et pas mal d’instruments différents, mais ce qu’elle a sous les yeux ne ressemble à rien qu’elle connaisse.

C’est un bel objet, impossible de le nier.  Une petite voix (pas celle de Mellon) souffle aussi à l’esprit de Seren qu’il s’agit d’un instrument ancien, très ancien.  Peut-être vient-il de l’Ancien Monde comme le dernier madrigal?  Mais non enfin, comment est-ce qu’un objet pareil pourrait résister aux attaques du temps et toujours rendre un son aussi magique?  Peut-être que l’objet est magique justement?  Dans le cerveau de la jeune femme une multitude d’hypothèses se bousculent, bouillonnent, se succèdent…  Et autour d’elle le monde vaque à ses occupations mondaines sans la moindre conscience de la tempête qui agite son esprit.  Finalement, la voix de Mellon l’arrache à ses pensées:

Oh par pitié, va lui poser tes questions, tu me donnes le tournis!

Il y a de l'humour dans le ton de Mellon malgré sa remarque agacée.  S’il était sous sa forme physique, ses yeux pétilleraient d’amusement.  Il est vrai que sa suggestion est ce qu’il y a de plus rationnel, mais Seren hésite.  Elle n’aime pas l’idée de s’imposer dans le cercle qui se presse autour du poète.  Ca la mettrait au centre de l’attention, chose qu’elle n’aime pas.  

Comme un signe du destin, Dame Arnissya annonce soudain que des rafraîchissements sont servis.  Petit à petit, les invités rejoignent le buffet sous prétexte de laisser à l’artiste un peu de répit pour que lui aussi puisse étancher sa soif et rassasier sa faim.

Remerciant quiconque est responsable de ce changement de situation, Seren aborde le poète: « Excusez-moi, je suis fascinée par votre musique…mais quel est cet instrument? »
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Ausulf Ekberson
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Errantia

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MessageSujet: Re: L'Antichambre des poètes   Dim 1 Mai - 1:25

Le vide s'est fait dans l'esprit d'Ausulf. Il faut dire qu'étonnamment, cette session était vraiment éprouvante pour lui. Le fait de finir sa prestation par la ballade lui a enlevé toute réflexion immédiate. Comme il s'en doutait, les nobles présentes dans ce cercle très fermé se jettent sur lui et l'assaillent de questions mais il ne les entend pas. Il n'a aucune patience pour leur jeu et leur répond automatiquement ce qu'elles veulent. C'est devenu un jeu bien rôdé pour lui. Il n'y a pas d'anicroche et elles sont toutes heureuses de leur petit échange privé avec lui. Elles n'ont finalement besoin que d'avoir leur ego flatté. Sinon, pourquoi se camoufleraient-elles derrière autant de parfum et de fard ?
Il n'aurait jamais imaginé les Inventors aussi superficiels. Il s'en faisait une image plus fânée. Mais là encore, le mot est plus cruel que ce qu'il imagine. Il voyait la maison des génies techniciens comme une maison où l'intellect et le pratique surpassait le besoin de plaire. Il faut croire qu'il se trompait car la seule femme qui correspondrait plus ou moins à cette image est en train de s'avancer dans une douce robe rouge, légère et ample pour ne pas entraver ses mouvements.
C'est une femme simple et timide aux premiers abords. Mais Ausulf la regarde et observe des mains de travailleuse. Ses cheveux sont longs mais recouverts d'une fine pellicule qu'un regard non averti ne pourrait remarquer. Elle est souvent dans des lieux poussiéreux, sans doute la résultante de travaux manuels. Il ne se serait pas plus attardé sur cette femme si une brise ne venait pas de sa direction, apportant une légère note fleurie. Ce n'est pas cette odeur qui l'a interpellé ou éveillé l'intérêt de Cerel mais bien la brise provenant d'un appartement fermé. Elle ne devrait pas être aussi forte. C'est sans doute cette femme que les vents voulaient qu'il rencontre.

"- Il s'agit d'une Chifonie. Mais l'un des autres noms que j'ai pu trouvé est : la vielle à roue."
Il la regarde tout en se rendant compte que la salle commence à se vider. Tous les jours, la déesse exhausse un de ses voeux, et cette fois il lui a permis d'éviter toutes les  mégères du Palais de Fer. Il en profite donc pour prendre son instrument et le présenter à la jeune femme. Il n'a pas d'inquiétude quant à la sécurité de son bien le plus précieux car les mains de l'Inventor lui prouvent qu'elle saura en prendre soin.
"- Ce nom est facile à comprendre puisque cette manivelle actionne une roue à l'intérieur de la chifonie. C'est ce qui fait vibrer les cordes, celles dans le manches ainsi que les trois sur la caisse de résonance."
Il la laisse scruter sur toutes les coutures le vestige de leur passé. Qui sait, elle pourrait peut-être y voir un détail qu'il a raté. Ou alors elle pourra réaliser un de ses rêves et changer la tête de la vielle pour qu'elle ait l'aspect de Cerel. En attendant, les vents s'emballent et il les entend taper aux fenêtres de l'antichambre. Si seulement leurs messages pouvaient être plus clair...
"- Ce sont ces cordes, je pense, qui donnent ce son si particulier."
La salle se vide et Lady Arnissya va bientôt venir les chercher pour qu'ils rejoignent le reste des convives. Ce moment de douceur risque de se finir bien trop vite à son goût...
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Seren Alwyn
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MessageSujet: Re: L'Antichambre des poètes   Lun 2 Mai - 18:58

"Fascinant..."

La parole coupée par la contemplation de l'objet, Seren le tient avec autant de délicatesse que s’il s’agissait d’un nouveau-né. Sous ses yeux se trouve la preuve incontestable des merveilles qu’art et technique peuvent accomplir ensemble.  L’instrument a une apparence esthétiquement plaisante et un son envoûtant, mais plus fascinant encore est le système qui lui permet de produire ce son.  L’ingénieur reconnaît un système de cordes, comparable à celui d’un violon mais à la fois plus complexe, un clavier, ce qui la fait vaguement penser à un clavecin, et une simple roue qui donne vie à l’instrument.  C’est cette roue, plus que toute autre chose qui la fascine.  Celui qui a eu l’idée de ce système en remplacement de l’archet est un génie.  Pas de son désagréable à cause d’un archet mal tenu et une toute nouvelle gamme de sons à explorer grâce à la résonance des cordes.  Seren se sent envahie par une vague d’admiration envers les luthiers de l’ancien monde tandis que son cerveau se met à bouillonner.

La pièce et ses occupants semblent se volatiliser, désormais seuls l'instrument et l'artiste qui le manie existent encore en dehors du flux d'idées qui envahit la jeune femme.  Sans aucune formation musicale, elle aborde l'instrument avec son arrière-plan à elle, un arrière-plan rempli de mécaniques complexes.  Celui qui manie la chifonie joue combien...deux? trois? instruments à la fois?  Quel défi pour la coordination des deux mains!  Le terme homme-orchestre a toujours semblé péjoratif à Seren, mais cette...vielle lui donne une toute nouvelle signification.  

Presque inconsciemment, Seren commence à imaginer des combinaisons de types de bois, de volume et de forme de l'instrument et à évaluer leur impact sur son son.  Quand au clavier...  

"Et le clavier, quel est son impact sur les cordes?"

Parmi les très maigres connaissances musicales de Seren se trouve, quelque part dans son cerveau, celle que des cordes frappées ne rendent pas le même son que des cordes pincées.  Encore une piste à explorer dans le domaine des sons inédits. Et quel serait le son d'un pizzicato sur un tel instrument?

Et quelque part dans ce flux incessant de réflexions, Seren se rend compte que non seulement le musicien qu'elle vient entendre est devenu maître dans son art, mais qu'il est probablement un autodidacte étant donné que son instrument est très certainement une pièce unique dans ce coin du monde.  Et au même moment une question qu'elle avait oubliée ressurgit dans la tête de Seren:

"Votre dernière chanson était originaire de l'Ancien Monde...serait-ce possible que votre instrument le soit aussi?  Il a l'air si ancien et je n'arrive pas à lui donner un âge, mais pourtant il est si bien conservé...un héritage peut-être?"  

La valeur immense de l'instrument saute aux yeux de qui sait regarder, et elle est bien supérieure à ce qu'un conteur errant, même extrêmement doué, peut se permettre, d'où la supposition de Seren.  Et puis, ça cadrerait bien avec le personnage: un conteur chantant des oeuvres d'avant l'Exode accompagné par un instrument d'époque...  Tant de nouvelles questions et la conscience douloureuse d'être limitée dans le temps.  Bien trop tôt, Seren sait que la discussion sera interrompue ou que les invités prendront congé de la Dame.

Tiens, un évènement mondain trop court?  Mais qu'est devenue la Seren que je connais?

Mellon est égal à lui-même, mais il est curieux aussi et la vielle l'intrigue autant que l'humaine dont il habite la tête.

HRP:
 
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Ausulf Ekberson
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MessageSujet: Re: L'Antichambre des poètes   Lun 2 Mai - 21:01

Le poète avait vu juste, la jeune femme qui se tient devant lui est une passionnée de l'ingénierie. Il n'a aucun don de voyance ou de télépathie mais il est sûr que de nombreux schémas se dessinent déjà dans le crâne de cette étrangère aux jeux de la Cour. Car ceci non plus n'a pas échappé au musicien qui se prépare à répondre aux questions purement techniques de Seren. C'est un brin de nouveauté dans une mécanique ancienne mais bien huilée.
"- Vous pouvez voir que le clavier est posé sur le manche, n'est-ce pas ?"
Question purement rhétorique mais il la lui pose uniquement pour qu'elle ne se concentre que dessus. Il actionne un petit mécanisme, un bouton caché dans le bois, et ouvre le clapet du manche. Les cordes apparaissent dans toute leur vieillesse et dans toute leur fragilité.
"- Ces deux cordes sont appelées les chanterelles car c'est avec elles que nous faisons la mélodie."
Louée soit la Déesse qu'il ai trouvé un cahier de notes aux côtés de cette merveille. Ausulf n'invente rien dans son discours mais il n'aurait jamais pu connaître le nom de cet instrument et de ses parties, ni son fonctionnement, sans les notes minutieusement écrites de son dernier prédécesseur.
"- Les petites tiges que vous voyez, et qui sont reliées au clavier, servent à appuyer sur les cordes à un point harmonique précis. Tout comme un luth ou une cithare, si vous voulez. L'endroit précis où vous affectez la corde influence la note qui sortira de la caisse de résonance."
Il hésite à poursuivre et expliquer immédiatement le principe des trois cordes qui reposent sur le corps, hors du manche. Mais il se ravise car il souhaite inconsciemment que ce soit elle qui s'y intéresse en premier.

Mais l'esprit de cette jeune fille qui dénote tellement dans cette antichambre a déjà fait de nouvelles connections et s'interpelle sur la facture de l'instrument. Et sur son acquisition. Ausulf s'en trouve gêné car peu de personnes le croient réellement quand il raconte cette histoire. Qui pourrait bien croire qu'un instrument de l'Ancien Monde ai pu survivre à l'Exode puis au passage du temps alors qu'il était délaissé dans un village en ruine, près des terres dévastées.
"- Oh... C'est une histoire qui ne peut être bien racontée qu'en chansons et malheureusement le temps nous manque."

La confirmation de ses propos ne se fait pas attendre car Dame Arnissya les rejoint très vite. Le centre de l'attention ne peut être porté que sur elle, et sur le poète seulement par son intermédiaire.
"Mais Dame Alwyn, seriez-vous intéressée par la musique ? J'en serai la première surprise ! Mais je vous en félicite.
- Rassurez-vous, ma Dame. Son esprit était surtout intrigué par ma vielle."
Il en profite pour reprendre l'instrument des mains de la demoiselle et sourit avec concupiscence à Dame Arnissya.
"- C'est une bien jolie assemblée que vous avez ramené pour moi. Je ne saurai vous en remercier !
- Mais voyons, tout le monde ne devrait connaître la mort qu'après vous avoir entendu ! C'est un honneur que vous me faites de nous avoir obnubilé l'esprit et le coeur de vos vers... Allons ! Passez le reste de l'après-midi avec moi, Troubadour. Et Dame Alwyn, je tiens à ce que vous nous accompagniez ! Je veux être la première à connaître vos impressions."

Elle les dirige donc d'un ton autoritaire hors de ses appartements. Après tout, tout le monde est parti pour la nouvelle activité de loisir organisée par la Cour. Ils ont donc les parcs du Palais pour eux tout seuls et Dame Arnissya compte bien en profiter pour faire remarquer son absence, dans un premier temps. Et pour que les rumeurs ne se tournent que sur sa balade improvisée entourée du poète dont toutes les femmes parlent et de l'ingénieure dont toutes les nobles se moquent. Ausulf n'a même pas le temps de ranger sa chifonie. Elle souhaite sans doute obtenir un concert encore plus privé.
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Seren Alwyn
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MessageSujet: Re: L'Antichambre des poètes   Mar 3 Mai - 21:16

Une cithare à touches avec un passé digne d’être chanté…  Mais avant que Seren puisse aller plus loin, les voilà interrompus.  L’hôtesse des lieux se rappelle à eux, et qui peut lui en vouloir?  Après tout, elle est l’organisatrice de ce salon et on peut difficilement la blâmer de vouloir guider ce qu’elle-même a causé.  Son ton est un mélange savant d’enjouement, de miel et d’intérêt.

Rooooh, mais pour qui elle se prend celle-là?  Et moi qui la croyais moins grave que les autres pendant que tu lui arrangeais son système d’alarme, elle s’est bien fichu de nous!

Mellon tempête dans l’esprit de Seren et s’énerve encore plus quand sa rage n’est accueillie que par un vague amusement de la part de cette dernière.

Tu es dur, Mellon.  Nous sommes en pleine activité mondaine, ce qui veut dire que tout le monde porte un masque, et dans le cas de Dame Arnissya c’est celui de l’amatrice d’art un peu snob.

Un peu?  Elle vient littéralement d’insinuer que tu n’avais aucune culture!

…Et ça me rend service!  Ca fait aussi partie du jeu, tu te rappelles?  Tant que je garde mes distances par rapport à ce monde-là, je risque moins d’y être entraînée de force.

Cette fois, Seren parvient à momentanément clouer le bec à Mellon, qui continuera probablement à ruminer dans son coin pendant un moment avant de se calmer.  Si les insinuations de la Dame ont si peu de prise sur la jeune femme, c’est grâce à ses années d’expérience en la matière.  À force de traiter avec les courtisans, elle a acquis un sixième sens qui lui permet de les cerner, et Dame Arnissya entre dans la catégorie « fréquentables ».  Toujours mondaine, affairée et affectée, mais pas mauvaise au fond.  Et d’une certaine manière, Seren ne peut s’empêcher de voir une certaine similitude entre leurs situations.  Toutes les deux quelque peu éloignées des plus hauts placés, la Dame probablement suite aux évolutions des intrigues, l’ingénieur de par son travail manuel et son statut de nouvelle venue dans ce monde fermé.  Pourtant, chacune a su se rendre plus ou moins indispensable, l’une devenant une référence dans le domaine de l’art, l’autre dans le domaine de l’ingénierie.  Parfois, Seren se demande si Dame Arnissya aussi a vu ces similitudes.

En fait, songe Seren, l’intervention de la maîtresse des lieux n’est qu’un moindre mal.  Il y a pire comme manière d’être interrompu qu’une promenade improvisée dans les parcs (exceptionnellement vides) du palais.  

Tu n’es vraiment pas dans ton assiette, toi!  Je te rappelle qu’une passionnante conversation vient d’être interrompue par des minauderies grotesques!

Ah, Mellon s’est remis de sa bouderie et a trouvé une nouvelle manière de ventiler son énervement.

Oh que oui ça aurait pu être pire: on aurait pu se retrouver entourés par une bande de pies jacasses creuses.  Là, on échappe (momentanément) à ce danger et avec un peu de chance, Dame Arnissya est aussi curieuse que nous.  Elle reste une Inventor après tout!

Comme pour donner raison à Seren, celle dont il est question se détourne momentanément du conteur et lui adresse la parole:

« Mais dites-moi, je serais curieuse de savoir ce qu’une scientifique comme vous a pensé de la musique et de l’instrument qui l’a produite.  J’ai bien peur que mon esprit ait été trop envoûté par la beauté de l’art pour former un avis objectif sur ce sujet. »

Pas mal comme tournure.  En formulant sa phrase ainsi, Dame Arnissya complimente les talents de Seren dans son métier et la musique du conteur qui marche à ses côtés.  Il n’y a pas à dire, elle s’y connaît.  Les yeux pétillants grâce au souvenir encore frais des accords magiques entendus et un léger sourire sur les lèvres, Seren joue le jeu:

« Mon esprit a également été envoûté, comme probablement celui de tous les auditeurs, mais c’est probablement un argument en faveur de l’envoûteur. »  

Et pour une fois, jouer le jeu est facilité par le fait qu’aucun mensonge n’est requis, ni même une demi-vérité.  La tournure est convenue et artificielle, mais son message et le ton enthousiaste sont sincères.  Saisissant au vol cette opportunité de continuer la conversation interrompue un peu plus tôt, Seren poursuit:

« Quand à l’instrument, son fonctionnement m’a l’air aussi merveilleusement fascinant que les sons qu’il produit. »

C’est ensuite au poète qu’elle s’adresse, car en observant la vielle elle a découvert encore une autre partie dont elle n’arrive pas à deviner la fonction.  

« D’ailleurs, en parlant de fonctionnement fascinant, je suis intriguée par ces cordes qui semblent n’être reliées ni au clavier ni à la manivelle.  À quoi servent-elles? »

Qui ne tente rien n’a rien.  Si la Dame préfère une conversation plus convenue (et vide), libre à elle de la réorienter, mais avec un peu de chance elle se servira des questions de Seren comme d’un moyen pour assouvir sa propre curiosité.
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Ausulf Ekberson
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MessageSujet: Re: L'Antichambre des poètes   Mer 4 Mai - 0:18

Bla bla bla. Bla bla bla. Dame Arnissya est vraiment charmante et trouve toujours le bon chemin et la bonne tournure de phrase mais Ausulf ne l'écoute même pas. Il hoche de la tête en fonction des intonations de la Noble et lui rend toujours ses sourires.
La demoiselle dont il ne connait que le nom reste elle aussi silencieuse, par politesse sans doute. Mais dame Arnissya a toujours les bonne tournures de phrases pour flatter les gens et obtenir l'information qu'elle souhaite, le tout en les rendant importants. Elle souhaite connaître l'avis de l'ingénieure pour se faire un avis sur elle.

"- Vous êtes, l'une et l'autre, bien trop bonnes avec moi ! Je commencerai à croire que vous me mentez pour ne pas me vexer."
Il rit, Dame Arnissya le suit immédiatement de son propre rire. Un rire de femme séductrice mais qui reste discret, il ne faut pas rire plus fort que ses compagnons. La Cour trouverait cela indécent. À moins d'être la concubine favorite du maître des lieux. Ausulf n'est plus si sûr, après tout il y a autant de variantes qu'il y a de maisons.
"- Ces cordes sont appelées bourdons. Du nom de l'insecte et du bruit qu'il émet en faisant vibrer ses ailes, je suppose."
En prononçant ces paroles, il ne peut s'empêcher de caresser son bien le plus précieux.
"- La manivelle fait aussi tourner ces cordes sur leur propre axe et émettent un son continu qui ressemble au grésillement que vous avez sans doute entendu. Elles sont plus graves et permettent d'apporter plus de corps à la mélodie qui est jouée."
Là s'arrêtent les réelles connaissance du jeune troubadour sur son instrument. Le reste n'est que suppositions plus ou moins avérées par la mise en action de la roue. Mais les cordes se font vieilles et résistent beaucoup moins bien à la magie qui imprègne la chifonie.

Dame Arnissya s'est arrêtée et leur fait face. Un sourire ingénu traverse de part en part son visage. On peut aussi lire de la satisfaction dans son regard.
"- Par la Déesse, vous sonnez comme un poète amoureux quand vous parlez de cet instrument ! J'en serai jalouse !
- Comme si elle avait une seule chance avec toi..."
Ausulf détourne son visage et regarde les alentours du jardin, principalement pour cacher son rire étouffé face à la réplique de Cerel. Ils se sont approchés d'un grand bassin avec une gracieuse mais gigantesque fontaine qui le surplombe et qui recouvre tout le périmètre d'un son continu, offrant ainsi une couverture appréciable contre toute oreille curieuse. Même sa compétence de faire changer de sens les vents n'y changerait rien.
En y regardant de plus près, il comprend pourquoi elle s'est arrêtée pile à cet endroit. Le Palais domine le Parc et les fenêtres côté Sud donnent toute une vue plongeante sur ce bassin. De là où les trois comparses se tiennent, personne ne peut rater le spectacles qu'ils offrent. Tandis que leur hôtesse continue de parler, Ausulf joue le jeu et s'assoit sur le rebord de l'eau.
"- Serait-ce la Déesse qui m'a fait vous inviter aujourd'hui, Dame Alwyn ? Vous pourriez peut-être apprendre à construire une autre de ces merveilles ?!"
Ausulf ne dit rien pour l'instant. Il accorde son instrument et essuie les traces de sueur faites lors de sa dernière utilisation. Autant dire qu'il souhaiterait effectivement avoir quelqu'un pour en construire un autre exemplaire, au cas où. Ou au moins pour réparer sa vielle. Mais cela voudrait dire que d'autres personnes pourraient apprendre à en jouer et il en serait fini de son seul avantage réel sur tous les autres musiciens itinérants. Ses compositions ne suffiront pas, il n'est pas assez bon pour cela.

Finalement, il se dit qu'il vaut mieux changer de sujet pour l'instant. Il est intrigué par l'invitation de Dame Alwyn à un évènement comme celui-ci. Il a bien remarqué que seule Dame Arnissya lui avait adressé la parole de toute l'après-midi les autres préférant pouffer derrière leur éventail.
"- Laissons-là la technique pour l'instant. Je souhaiterai entendre une histoire qui je suis sûr rendrait parfaitement en chanson : votre rencontre !"
C'est une proposition qui n'échappera pas à la Courtisane. Laquelle d'entre elles ne rêvent pas de traverser la postérité grâce à une chanson ou un poème qui toujours scandera son nom ? Il se met même à jouer, par provocation et amusement, quelques notes pour prouver que le thème l'inspire déjà.
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Seren Alwyn
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MessageSujet: Re: L'Antichambre des poètes   Mer 11 Mai - 18:51

Seren hoche la tête, songeuse.  Des ailes…  C’est étrangement adéquat en parlant d’un instrument qui donne l’impression à celui qui l’entend de s’envoler pour se laisser flotter au gré de la musique.

Dis-moi, tu as l’air franchement poétique aujourd’hui!  

Mellon toujours.  Il est étrangement terre-à-terre pour un volatile, ou du moins il s’en donne l’air.  Mais il est vrai que Seren sent qu’une partie du lyrisme du chanteur a entraîné son esprit, et que ce dernier aura besoin d’un certain temps pour atterrir à nouveau.  Trop souvent son subconscient lui a chuchoté « magie » à l’oreille pendant les explications.  Trop souvent pour un esprit d’habitude rationnel et analytique comme le sien.

Le trio arrive au bord d’une fontaine rendue plus extraordinaire encore de par sa localisation dans cette région autrement si sèche.  Seren savoure la fraicheur des gouttelettes que la brise envoie vers son visage.  Quittant peu la fraîcheur des souterrains et sortant de préférence tôt le matin ou tard le soir, la jeune femme est moins habituée à la chaleur qu’on ne pourrait l’imaginer pour une habitante d’Orene.

La question de son hôtesse rattrape la conscience de Seren qui était en train de s’envoler au loin.  Elle ne peut s’empêcher de se demander ce qui motive Dame Arnissya.  Curiosité, ou désir quelque peu égoïste de pouvoir entendre à nouveau le son de la vielle dès qu’elle le souhaite?  Que ce soit l’un ou l’autre, Seren peut répondre sans mensonge.

« Je ne sais pas…  Je pense être capable de reproduire la mécanique de cette vielle, mais j’ai peur que toute tentative de ma part ne résulte en un objet peu mélodieux.  La construction d’instruments de musique est une branche dans laquelle, malheureusement, je n’ai que des connaissances très restreintes et toutes purement théoriques. »

« …Mais je compte bien me renseigner pour combler ce manque », finit-elle en pensée.  Une étrange force semble l’empêcher de préciser cela à voix haute.  Peut-être ne veut-elle simplement pas donner de fausses idées au sujet de compétences qu’elle n’acquerra jamais?  Afin d’éviter l’humiliation d’un échec?  

Quoi qu’il en soit, Dame Arnissya semble également intéressée par la vielle, même si ses motivations peuvent différer de celles de l’ingénieur.  Le changement radical de sujet est par conséquent une surprise pour Seren…et le sujet choisi pour dévier la conversation est une plus grande surprise encore.  Elle jette un oeil en coin à son hôtesse.  Il est peu probable que celle-ci annonce de but en blanc qu’elle avait besoin d’un système d’alarme pour être prévenue si quelqu’un tentait d’attenter à sa vie.   Incrédule, Seren voit le poète entamer une mélodie à l’aide de sa vielle.  C’est tellement gros que ce n’est plus de la flatterie, c’est de la pure moquerie.  L’ingénieur croise les bras, curieuse de voir si la Dame mordra à l’hameçon.

« Oh, vous savez, la Cour est en fin de compte un microcosme où au bout d’un certain temps tout le monde connaît tout le monde. »  

Blablabla, combien te connaissent vraiment parmi ces têtes creuses?

Seren ignore la réplique de Mellon, car cette fois elle ne peut pas nier qu'il a raison.  Un de ses sourcils se lève pour marquer son scepticisme, mais elle se tait.  Est-ce que la Dame s'est laissée prendre par la flatterie, ou joue-t-elle le jeu?  Dur à dire...

« Il est vrai que Dame Alwyn est presque plus insaisissable qu’une anguille, mais à mon grand plaisir elle a accepté mon invitation cet après-midi. »

La conversation recommence à perdre en intérêt pour Seren, qui a de plus en plus de mal à la suivre.  Bien vite le son des voix devient un bruit de fond sans importance.  L’attention de la jeune femme s’est à nouveau portée vers les notes provenant de la vielle.  Elle entend maintenant l’oeuvre des différentes cordes.  Un travail d’ensemble fascinant, bien plus intéressant que les minauderies auxquelles se livrent ses deux compagnons de promenade.

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Ausulf Ekberson
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MessageSujet: Re: L'Antichambre des poètes   Ven 13 Mai - 18:01

La Noble Courtisane est évidemment bien trop habituée à la fausse flatterie pour tomber dans le panneau et elle reste donc très évasive. L'ingénieure, quant à elle, semble rentrer dans son monde personnel. Sa question n'a pas eu de franc succès donc, si ce n'est que la conversation a dérivé. Peu importe au musicien, il n'aura qu'à insister un peu plus. Il arrête déjà de faussement jouer de sa viole pour la poser sur le rebord de la fontaine. Il peut au moins reconnaître à Dame Arnissya qu'elle a su choisir un lieu des plus agréables, surtout dans cette région de l'île avec une écrasante chaleur.
"- Je ne doute pas que vous connaissiez tout le monde, Dame Arnissya ! Il me semble que la réputation de votre Antichambre des Poètes vous précède au moins dans tout le territoire d'Orène.
- Oh ! Arrêtez d'essayer de me flatter, je deviens trop vieille pour ces jeux.
- Voyons ! N'essayez pas d'obtenir un faux compliment, nous savons tous très bien que vous êtes encore à plus d'un siècle pour être considérée comme femme mûre."

Ausulf marque une pause durant laquelle Dame Arnissya a le temps de réfléchir à ce compliment, et de savoir ou non si elle l'apprécie. Une fois que cela est fait, il revient à la charge concernant leurs rencontres. Il n'a pas besoin qu'elle lui dise que la jeune Inventor fuit les rencontres mondaines, tout en elle le confirme. Il suffit de voir l'aura de rejet qui se dégage d'elle sans qu'elle ne le chasse. C'est comme si l'air l'entourait pour la préserver de ce badinage.
"- Je ne doute pas qu'elle ai l'agilité d'un oiseau mais votre amitié semble basée sur vos différences et c'est toujours une relation intéressante que je ne demande qu'à observer et comprendre...
- Deux femmes intelligentes n'ont donc pas le droit de devenir amies ?"
Ausulf rit, mais d'un rire non feint, doux et quelque peu surpris de cette remarque. La conversation commence à se révéler plus intéressante qu'il ne l'aurait cru !
"- Mais bien sûr que non ! Cela menacerait trop l'influence des hommes !
- Comptes-tu continuer longtemps avec ce jeu puéril ?
- Mon animal-totem me fait remarquer que vous semblez fuir la question !"

La Courtisane qui s'était mise à pouffer devant la dernière remarque de l'Errantia s'arrêta immédiatement pour prendre une allure pensive. Serait-elle en train d'inventer une histoire ou bien de décider quels détails elle préférait garder sous silence ? Ausulf avait fait preuve d'impolitesse en son égard puisqu'elle l'avait éludé, avec une certaine élégance, plusieurs fois.
Seren semble toujours ignorer la conversation, au grand dam de l'une et de l'autre. Mais c'est sans grande surprise pour aucun des deux. A eux donc de se débrouiller pour dénouer un problème naissant.
"- C'est très simple pourtant. Une connaissance m'a affirmé que Demoiselle Alwyn était l'un des nouveaux génies de ce siècle et je n'ai eu de cesse que d'en avoir confirmation..."
Elle s'arrête là et répond, il n'en doute pas, honnêtement tout en restant le plus vague possible. Il ferait mieux de laisser tomber ce combat. À moins que la jeune inventeuse ne réponde à ce compliment sincère.
Ausulf commence à se demander si la raison de leur rencontre ne serait pas un peu honteuse ? Ou, devrait-on dire, si elle ne concerne pas le début de désuétude dans lequel est tombée Dame Arnissya. Si c'est cela, autant passer à autre chose car elle ne l'admettra jamais.
"- J'espère un jour rentrer assez dans vos grâces pour que vous voyez en moi un ami et un confident."
Aucune ironie dans cette phrase. Elle reste toujours une femme avec une belle âme. Que ses alliances politiques soient en faiblesse ou non, elle reste toujours la référence de cette Maison en art littéraire. L'avoir comme amie reste donc une priorité pour Ausulf mais il l'apprécie, bien qu'elle soit enchaînée aux jeux de la Cour.
Cette phrase servait aussi à conclure cette conversation et à essayer de récupérer l'intérêt de la demoiselle. Car c'est surtout pour elle qu'il a décidé de rester un peu plus longtemps dans ce palais. S'il n'y avait pas eu sa présence, il se serait déjà transformé en loup pour sa deuxième activité préférée : la chasse.
"- Je me suis toujours posé la question sur les inventions de votre région... Sont-elles juste techniques ou ont-elles une composante magique ?
- J'ai faim. Tu auras le temps de lui faire du charme un autre jour.
- Certaines sont tellement réussies qu'on ne peut que se le demander..."

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Seren Alwyn
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MessageSujet: Re: L'Antichambre des poètes   Jeu 2 Juin - 17:13

La musique a cessé, donc pas d’autre choix que de suivre, ne fut-ce que distraitement la conversation.  Conversation qui manque d’ailleurs de faire réagir Seren quand elle entend la boutade du ménestrel au sujet de l’influence des hommes menacée par les femmes.  Elle a envie de répliquer que ce serait probablement une des meilleures choses qui pourrait arriver et que, d’ailleurs, le mouvement a déjà commencé: il suffit de voir le début de féminisation dans les hautes sphères du pouvoir de certaines Maisons ainsi que parmi les dirigeants du Comptoir du Dragon.

Calme tes ardeurs, espèce d’ouragan sur pattes, il faisait de l’humour.

Mellon rappelle Seren à l’ordre avant qu’elle puisse parler…  Il n’est pas dans ses habitudes de lui donner des conseils en matière de politiquement correct, mais son instinct de survie est excellent.  C’est à ce moment-là que Seren prend conscience du silence qui s’est créé.  Silence que Dame Arnissya finit par rompre.  Sa sortie provoque cette fois pour de bon une réaction chez Seren.  Si la jeune femme a l’habitude des compliments par obligation sociale, il est très rare qu’elle s’entende vanter d'une voix aussi chaleureuse.  Rompant son mutisme, elle adresse un sourire de remerciement à la Dame tout en soufflant un « Merci » reconnaissant.  Après tout, l’ingénieur a sa fierté aussi et aime quand ses clients apprécient son travail.

Quand le troubadour commence à s’intéresser au domaine de prédilection de Seren, ses yeux commencent à pétiller.  

Eh, fillette, t’emballe pas trop: secret professionnel quand même!

Oh, toi!  Il vient de m’expliquer le fonctionnement de son instrument qui a l’air d’être une pièce unique sur l’île, je peux bien lui retourner la faveur en lui donnant quelques généralités.

Mellon ne répond pas, mais Seren peut presque sentir le scepticisme et le sarcasme contenu du volatile.  Un peu parano sur les bords?  Probablement, mais quand on vit à la cour c’est un gage de survie.  Seren a un court temps de réflection avant de répondre.

« Ca dépend énormément d’un ingénieur à l’autre en fait, et aussi de la fonction de l’invention en question. »

Elle s’interrompt un moment, il s’agit de ne pas se perdre dans des digressions techniques sans fin.

« En règle général il vaut mieux éviter d’abuser de la magie, vu qu’elle a tendance à réagir de manière imprévisible quand elle entre en contact (par exemple) avec un autre type de magie.  Et tout l’intérêt de la technique est qu’elle rend certaines choses possibles à des personnes n’étant pas douées de magie. »

Ca, c’est la théorie qu’on enseigne à un apprenti au début de son apprentissage.  Et ensuite, l’apprentissage consiste à comprendre comment et quand on peut contourner cette théorie, pour malgré tout repousser des lois physiques qui semblent inviolables.  Encore après, chaque ingénieur découvre par lui-même jusqu’où exactement il ou elle peut aller.  Ses expériences le mènent vers des chemins inexplorés qui lui permettront de se démarquer des autres.  Seren ne s’est jamais considérée contre une inventeuse.  Elle n’invente pas: elle découvre.  Elle se laisse guider là où son esprit l’emmène, hors des sentiers battus.  Il paraît que les choses qu’on possède finissent par nous posséder.  Dans le cas de Seren cette phrase n’est pas applicable au niveau matériel, mais elle possède un don pour son métier.  Un don par lequel elle est comme possédée, car il définit une part si importante de sa vision du monde.

La terre appelle Seren, la terre appelle Seren, tu perds ton public!

Ah oui, elle avait arrêté de parler.  Mais comment faire pour rendre justice à un sujet si vaste et passionnant?  Pour le troubadour c’est facile: bien parler est son métier, mais Seren…  

Oh pour l’amour du ciel, puisque tu es de toute façon lancée et vu que pour une fois tu as quelqu’un qui a l’air sincèrement intéressé laisse tomber les formules préconçues et dis juste ce que tu ressens!

« Mais après, si on suivait toujours les règles il y aurait beaucoup moins de diversité.  Chaque ingénieur s’investit énormément dans ses créations.  La plupart font aussi bien la conception que la réalisation, ce qui permet d’avoir une totale compréhension de ce qu’on crée.  Il arrive que de la magie soit utilisée soit consciemment, soit inconsciemment durant le processus de création ou pour faire fonctionner le produit créé, mais la plus grande force d’un ingénieur est avant tout sa créativité et sa capacité à contourner les lois de la physique… »

Les yeux de Seren brillent et illuminent son visage.  Elle parle de son métier avec autant de passion que le musicien quand il décrivait sa vielle, une passion qu’elle espère transmettre à l’aide de ses mots.
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Ausulf Ekberson
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MessageSujet: Re: L'Antichambre des poètes   Ven 3 Juin - 1:03

Le visage de l'ingénieure s'illumine, provoquant un sourire, qu'on pourrait dire rempli d'une fierté maternelle, sur celui de Dame Arnissya et rassurant le poète sur la personnalité de la jeune fille. Elle est bien, comme il l'imaginait, passionnée par son métier. Rien ne plaît plus à Ausulf que de voir quelqu'un qui vit par et pour ce qu'il fait. Il connaît lui-même le sens du mot vocation et vibre seulement au rythme de ses cordes. Peu importe les raisons cachées derrière sa vie de musicien itinérant, rien ne le fait plus vivre que de jouer de son instrument et de sa voix. Même pas de chasser une noble proie tel le cerf.
Les deux comparses écoutent donc avec la plus grande attention toutes les phrases qui émanent de la bouche de Seren. Elle prend le temps de réfléchir à chaque mot pour adapter son discours à un profane tout en s'animant et ne pouvant s'arrêter, prise par l'amour qu'elle porte pour le sujet. Il le savait bien, c'est une femme au caractère fort mais ayant une intelligence bien plus dangereuse encore. Elle ne le sait pas encore, ni comment l'utiliser, mais le temps pourrait faire d'elle une puissance industrielle implacable. Enfin... Ce sera à elle de choisir son destin. Et là n'est pas l'intérêt du troubadour, si tant est qu'il en ai un.
Une pause dans le discours de Seren commence à devenir un long silence qui met mal à l'aise aussi bien Lady Arnissya qu'Ausulf. Ils se mettent à échanger des regards de plus en plus longs et inquiets, mais toujours de manière très polie. Ils espèrent ne pas avoir à changer le sujet de la conversation car les deux sont très intéressés par ce qu'elle a à dire sur son métier. Heureusement pour eux, elle semble se réveiller pour s'exprimer avec les flammes ardentes de sa passion. Ce qui les ravit plus qu'autre chose. Le discours reste très ordonné mais on sent immédiatement qu'elle donne maintenant ses convictions et non les phrases toutes faites dues à son enseignement.

- Contourner les lois de la physique...
Ausulf sourit mais ce serait se tromper que de croire qu'il s'agit de moquerie. Il est est de plus en plus intrigué par les prouesses dont se vante la Maison des Inventors.
- J'espère que vous me montrerez certaines de ces machines... Elles semblent sorties tout droit de l'imagination d'un artiste !
Ce compliment est authentique. Il est surpris de voir les similitudes entre l'esprit d'un artiste et celui d'un ingénieur. On pourrait dire que les deux métiers ont pour mission de créer le beau et le grandiose. Un objet qui pourrait aller jusqu'à transcender la nature humaine, obligeant les hommes à revoir leur propre définition. Mais c'est peut-être au tour d'Ausulf d'aller plus vite que la musique. Les dernières paroles de Seren lui sont allées droit au coeur et maintenant, il ne peut qu'espérer voir les hommes voler sans se changer en oiseau ou voyager dans les profondeurs de la mer sans devenir un poisson. Les désirs des hommes sont donc réalisables par l'esprit gouverné par la magie comme par l'intellect prenant forme dans l'ingénierie.

- De par votre discours, j'entend que vous êtes de cette catégorie d'inventeur qui maîtrise la conception et la réalisation. Vous ne laissez rien au hasard dans vos créations, j'en suis sûr.
Il ne compte pas s'arrêter à ces courbettes. Bien que cette affirmation vienne de tout ce que dégage la jeune femme, il sait aussi qu'elle déteste ce qui sonne comme des "tournures de la Cour". Il veut donc continuer à la complimenter jusqu'à la pousser dans ses derniers retranchements. Il ne peut s'empêcher d'être honnête, mais rien ne lui interdit d'utiliser la vérité comme une arme.
- Je commence à comprendre pourquoi Dame Arnissya vous estime tant. Votre esprit semble aussi acéré que passionné.
En parlant d'elle, il la pointe du doigt, l'obligeant à réintégrer la conversation qu'elle s'était fait un malin plaisir d'abandonner. Elle s'était reculée pour laisser les deux jeunes âmes à leur discussion.
- Je dirai que vous êtes sans conteste la personne qu'il faut pour allier la simplicité du vent et la complexité du bois.
Par là, il entend évidemment qu'elle serait une luthière de génie mais il n'a pas besoin de le préciser. Elle est bien trop intelligente pour ne pas comprendre l'insinuation. Ce sera donc à elle de la relever ou de l'ignorer. Et pour lui offrir ce choix, il enchaîne immédiatement avec une nouvelle question :

- D'ailleurs, je me suis toujours figuré qu'il manquait une machine dans l'inventaire des inventions à succès... Un véhicule de transport de marchandise qui utiliserait le magnétisme inverse de celui du sable, évitant ainsi les frottements et l'enlisement. Il serait forcément repoussé par la charge magnétique du sol et se déplacerait comme s'il planait.
- Tu as enfin réussi à placer ton idée. Je suppose que tu es fier de toi...
- Voyez-vous, ce serait comme rouler sur les vents. Comme voler !
- Tu espères toucher des droits d'auteur si elle réussi à créer ta machine ?
- Ne serait-ce pas merveilleux d'avoir le sentiment d'être un oiseau ?

Ces mots sont comme soufflés par les vents. Extasia sans doute. Des mots qui se dessinent et s'effacent comme un murmure alors que le monde autour est vacarme. Des mots pour jouer, rire et se moquer. Des mots qui semblent avoir été choisis expressément pour qu'il les dise à Demoiselle Seren.
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Seren Alwyn
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MessageSujet: Re: L'Antichambre des poètes   Mer 8 Juin - 21:19

Transmettre sa passion à l’aide de ses mots: check.  Seren est ravie de voir qu’une lueur d’intérêt éclaire le visage de ses deux interlocuteurs.

Bon, d’accord, peut-être qu’ils s’intéressent sincèrement à l’ingénierie…

Waouw, même Mellon vient pour ainsi dire de reconnaître qu’il pourrait avoir fait une erreur de jugement.  Est-ce qu’un être purement spirituel peut tomber malade?  Ledit être spirituel ne réagit pas ouvertement, mais Seren peut presque le voir lever les yeux au ciel, si tant est qu’un merle en est capable.  Entre-temps, le ménestrel semble avoir ouvert en grand les vannes à compliment tandis que leur hôte se contente de suivre la conversation d’un air mi-intéressé mi-…amusé?  D’abord ravie par l’enthousiasme que le jeune homme manifeste pour son plaidoyer pour son art (car c’est ainsi qu’il semble considérer son occupation), Seren sent ses joues prendre une teinte un peu plus rouge que d’habitude au fur et à mesure que le flux de compliments se poursuit.

Enfin, ce flux cède la place à une suggestion au potentiel très intéressant.  La question qui suit ladite suggestion fait apparaître une lueur amusée dans les yeux de Seren, lueur qui reflète l’amusement de celui qui habite sa tête.

« Merveilleux, en effet. »

Pensive, Seren étudie les implications d’une telle machine.  Le concept semble en effet fantastique, et tout droit sorti de l’imagination fertile d’un conteur (c’est le cas).  Si Seren avait été un peu plus terre-à-terre, elle aurait rejeté la faisabilité de la proposition, en tout cas sa faisabilité sans utiliser la magie.  Mais ce n’est pas le cas, bien qu’un bon nombre de difficultés surgissent dans l’esprit de la jeune femme.

« Votre idée, si elle venait à être réalisée, serait clairement une avancée extraordinaire pour le transport.  En revanche elle nécessiterait une parfaite connaissance de la composition des sols du désert.  Un changement dans la concentration des différents minéraux peut altérer le champ magnétique, sans compter les changements à un même endroit à cause du vent par exemple…  Et il n’est pas sûr que ce magnétisme soit assez fort partout. »

Oui, cette idée est difficilement réalisable à n’en pas douter.  Mais qui a dit que la difficulté était un obstacle insurmontable?

Un imbécile, sûrement.

Merci, Mellon.

« Par contre, il y aurait peut-être moyen de parer à ce problème en installant une sorte de voie magnétisée, probablement en métal.  Le transporteur ne pourrait pas s’éloigner de cette voie, mais au moins il aurait la certitude de toujours avoir de quoi le porter sous son véhicule. »

Une idée de cinglé, c’est sûr.  Sans compter qu’une fois le problème du magnétisme constant et fiable potentiellement résolu, d’autres questions surgissent.  Quid de la puissance d'aimant nécessaire pour maintenir un lourd véhicule plein à craquer de marchandises en l’air?  Ou encore de la propulsion d’un tel véhicule?  Tiré par des bêtes qui, elles, seraient toujours sujettes aux aléas du terrain?  Ca briserait grandement l’intérêt de la chose.

« Bien sûr ce n’est qu’une idée, je devrais probablement y réfléchir plus longtemps, sans compter toutes les autres questions soulevées par votre suggestion…  Mais elle vaut la peine d’y réfléchir sérieusement! »

Tu t’emballes ma grande.

Oui, elle s’emballe en effet.  Elle s’emballe comme à chaque fois qu’elle se trouve face à un projet fou qu’elle tente de réaliser.  Oh, elle a connu des échecs de cette manière, mais que sont dix échecs quand un projet réussit, suscitant une grande joie et une profonde satisfaction chez son instigatrice, et l’admiration chez ceux qui contemplent l’oeuvre?  Et même un échec n’est pas une perte de temps: combien de choses n’apprend-elle pas en voyant qu’une idée fantastique sur papier pose des problèmes auxquels elle n’avait pas pensé?  Oui, tout dans le processus de création est une question de tomber et de se relever.  Essaye.  Rate.  Réessaye.  Rate encore.  Rate mieux.  Mais ce n’est pas le moment de se perdre dans les dédales de son esprit.  

« Quoi qu’il en soit, il est clair que si cette idée devait devenir un projet concret, elle prendrait énormément de temps…  Si vous voulez avoir un aperçu de ce dont ma Maison est capable, vous devriez peut-être revoir vos espérances à la baisse pour cette fois. »

Les mots peut-être un tantinet décourageant de Seren sont démentis par la légère courbe de ses lèvres et les étincelles qui habitent toujours ses yeux.  Car si les Inventor n’ont pas encore mis au point d’engin glissant sur l’air, la Maison a tout de même l’une ou l’autre chose digne d’intérêt en réserve.  Dame Arnissya, qui s'était jusque là tenue en retrait, réintègre la conversation (souriante aussi, mais elle sourit tout le temps de toute façon) en s’adressant au ménestrel.

« En à peine quelques instants vous avez déjà présenté l’instrument de musique idéal et inventé le moyen de transport de l’avenir, votre esprit est aussi agile que vos doigts il me semble. »

Avec sa délicatesse habituelle, elle se tourne ensuite vers son autre invitée:

« Je croyais connaître votre génie, mais vous ne cessez de me surprendre.  Je ne doute pas que vous arriverez encore une fois à transcender les lois de la physique, si vous décidez de poursuivre ce projet. »

L’ingénieur secoue le tête en signe de négation:

« Au contraire, il ne s’agit pas là de transcender les lois de la physique, mais bien de les utiliser à nos propres fins, ce qui est bien plus avantageux. »  

C’est peut-être impoli de corriger son hôte, mais quelque chose fait sentir à Seren que de toute façon, malgré les compliments et les tournures de phrases réfléchies, la discussion n’est plus une conversation de salon pleine de jolies façades.  Il s’agit d’un véritable échange d’idées, et cela plaît énormément à la jeune femme.
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Ausulf Ekberson
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MessageSujet: Re: L'Antichambre des poètes   Jeu 9 Juin - 13:31

Ausulf est un peu déçu de voir que Seren ne réagit pas à sa proposition de devenir luthière mais il voit que son idée a beaucoup plus de succès auprès de l'Inventor, ce qui rabat le clapet de son animal-totem. L'idée lui plaît tellement qu'elle s'emballe et parle de toutes les difficultés relatives au projet. Son cerveau travaille merveilleusement bien car en quelques secondes, en à peine quelques minutes, elle a fait une liste de tout ce qui pourrait contrarier ce projet et aussi de comment résoudre ces problèmes. Mais la continuité du discours de la jeune femme nourrit aussi le poète qui se met à réfléchir à d'autres soucis qu'elle n'a pas énoncé, en tout cas pas à haute voix. Des réflexions qu'il partage en murmurant.
- Oui je n'avais pas pensé aux différences de magnétisme... Ni au vent... Mais dans ce cas, des propulseurs d'air chaud ne suffiraient-ils pas ?
Ausulf tient énormément à ce que l'objet n'ait plus de roues ! Mais l'histoire d'une route en métal tout simplement, ou en un matériel unifié et sans variation laisse rêveur... Si le véhicule voit le jour, il révolutionnerait le commerce de marchandise mais aussi les flux de population !
- Une route dans le même matériau... Si vous choisissez du métal, cela coûterait trop cher et personne ne voudra jamais les installer. Il faudrait une autre matière magnétique. Ne serait-il pas possible d'allier l'air et le magnétisme ?
Ausulf n'est pas sûr de parler clairement alors il décide de faire à nouveau usage de métaphores, un de ses forts, pour éviter tout malentendu :
- Ce mécanisme ne marcherait que dans le désert mais imaginez que ce véhicule puisse "intercepter" les vents chauds ascendant comme un rapace qui veut s'élever vers le ciel ? Le magnétisme servirait ici à pallier le manque d'air chaud mais il suffirait de changer la polarité pour empêcher le "bolide" de monter trop haut.

Son esprit se remet à rêver. Il voit déjà, grâce à la simplicité de son esprit qui n'a qu'à imaginer et aucunement à concevoir, comment des disques sous les chariots se tourneraient pour émettre une polarité plus ou moins fort, et surtout pour émettre une polarité positive ou négative. Un côté est positif et il suffit d'enclencher un levier ou une manivelle pour que le disque tourne sur son côté négatif. Quant aux bœufs et chevaux qui sont sensés tirer ce véhicule, il résout tout de suite le problème en disant que la magie fusionnée à la science leur permet de ne plus avoir besoin d'autre chose que ce char pour se conduire tout seul.
- L’idée la plus révolutionnaire serait vraiment de créer un engin, un mécanisme, qui produirait la puissance nécessaire pour que le véhicule se tracte seul. Sans animaux de trait.
Cette annonce sert autant pour nourrir une nouvelle fois le cerveau de Seren que pour répondre à la  remarque de Dame Arnissya. Il n'a pas entendu la conclusion de l’ingénieure. Une phrase qui bloque toute discussion sur le sujet, au moins jusqu'à ce qu'une avancée se fasse en science. Voir en magie-science... Ausulf espère sincèrement que ce sera une création de Seren qui permettrait ce bon en avant technologique. Par contre, il sort de sa rêverie pour entendre les derniers propos de la jeune fille, faisant une correction de vocabulaire. Une correction sémantique pour le poète mais une correction nécessaire.
- Vous avez raison, chère Seren. Ce qu'on appelle « transcender les lois de la physique » n'est autre que créer une technique ou une technologie qui nous permet de découvrir la limite de nos connaissances. Notre vision du monde s'en trouve chamboulée et nous devons revoir tout ce qui construit notre réalité.

Oui, l'univers est tellement complexe que chaque philosophie nouvelle, chaque théorie scientifique est une nouvelle pierre à l'édifice de la compréhension humaine. C'est en tout cas ce que ressent le troubadour. Et bien que tout cela soit hors de portée de son esprit protecteur, c'est une question qui l'interpelle grandement. Au point que Cerel et Ausulf partent dans une discussion houlée, faisant oublier au musicien de parler dans sa tête.
- Chaque pas de la technologie vous fait perdre un lien déjà ténu avec la nature.
- Cela n'a pas à être ! Nous pourrions très bien nous nourrir de la science pour nous rendre compte de votre grandeur !
- Comprendre la nature n'est pas seulement la codifier avec des nombres, c'est entrer en communion avec elle
- Notre monde est créé par la magie. Il est insufflé par elle. Personne ne reniera jamais cet état de fait !
- Tu es bien jeune encore... Que crois-tu qu'il soit arrivé dans l'Ancien Monde ? Les hommes ont obscurci leurs esprits avec des connaissances purement matérielles et ont rejeté les préceptes de la Vie !!!
Le Grand Loup commençait à s'énerver et dans la conscience du joueur de vielle, il retroussait même ses babines pour dire qu'il ne servait à rien de répliquer. Mais Ausulf s'énervait de voir son gardien aussi obtus face aux miracles de la science ! Il haussait aussi le ton, rendant mal à l'aise ses deux interlocuteurs qui le voyaient discuter avec le vent.
- Comment peux-tu dire quelque chose d'aussi outrageant ? Tout le monde connait la magie sur cette île et la science n'est qu'un outil pour comprendre comment elle fonctionne !
- Quelle naïveté ! L'acculturation fait des ravages ! Que crois-tu ? Sais-tu le nombre de personnes qui n'ont pas accès à ce pouvoir, qui n'ont que la science ?
Le rire de l'animal-totem vexa Ausulf. C'était un rire tonitruant qui se répercutait sans cesse dans la tête du poète. Il se retourna donc pour clore le débat et panser les plaies de son orgueil. Mais se faisant, il tournait aussi le dos aux deux femmes.

Dame Arnissya s'est justement rapprochée de Seren pour la rassurer.
- Rassurez-vous, j'en ai entendu parler. Il ne fait que discuter avec les vents.
Elle pose une main sur l'épaule de Seren bien qu'elle se doute que la jeune fille n'ai pas besoin de réconfort.
- Mais je pense qu'il parle seulement avec son animal-totem.
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Seren Alwyn
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MessageSujet: Re: L'Antichambre des poètes   Dim 12 Juin - 11:48

L’esprit de Seren tourne maintenant à plein régime, alimenté par ses propres réflexions, les remarques et suggestion de son interlocuteur et celles de Mellon.  Des pistes s’ouvrent, se ferment, le tout à une vitesse vertigineuse.  Si elle avait de quoi noter sous la main, l’ingénieure serait en train de dessiner frénétiquement un croquis après l’autre.  La comparaison avec le vol des oiseaux l’inspire tout particulièrement, car c’est un mécanisme qu’elle comprend assez bien pour avoir elle-même profité des courants ascendants lors de ses désormais nombreuses métamorphoses.  La suggestion d’allier l'air et le magnétisme lui parait sensée aussi.  Après tout, si elle a bien suivi les explications de Mellon, la magie aérienne est le plus proche de la magie électrique et électricité et magnétisme sont indissociablement liés.

En tant qu’habitante d’Orene, Seren voit encore un autre avantage à cette invention si elle devenait réalité: la protection contre les poulets-raptors.  Un véhicule plus rapide que des chariots et sans bêtes de sommes vulnérables courrait moins de risques d’être attaqué, et serait probablement moins endommagé si une attaque devait avoir lieu.

Bien sûr il y a beaucoup à faire avant d’obtenir un résultat concluant.  Tous les systèmes de propulsion et de stabilisation doivent être conçus et il y a peu de systèmes existants dont Seren pourrait s’inspirer.  Il faut aussi déterminer le matériau idéal pour le véhicule et sa piste.  Il faut un matériau solide, mais assez léger pour s’élever dans les airs.  Un matériau aérodynamique pour limiter la résistance, un matériau qu’on puisse magnétiser d’une manière ou d’une autre.  Il n’y a pas à dire, c’est un sacré casse-tête…  C’est probablement pour ça que le projet enthousiasme autant Seren.  Tant de pistes à explorer!  Tant de choses à découvrir!  Perdue dans ses réflexions, Seren en sort de justesse pour entendre l’assentiment du ménestrel au sujet de sa dernière remarque.  Et encore, ses mots n’atteignent qu’à moitié le cerveau de l’ingénieure si bien qu’elle ne remarque pas l’emploi de son prénom, une familiarité peu courante dans le milieu de la cour.

Par contre, elle est à nouveau parfaitement revenue à la réalité quand le troubadour se met à parler (semble-t-il) tout seul.  Le sujet du débat semi-interne qui se déroule sous ses yeux est apparemment l’opposition entre science et magie, voire l’éloignement causé par la science.  Etant assez bien placée pour observer la relation entre les deux, Seren se joindrait bien au débat mais c’est rendu assez compliqué par le fait qu’elle n’en entend qu’une partie.  Apparemment soucieuse éviter à Seren de se sentir mal à l’aise, Dame Arnissya lui donne les sous-titres de ce qui se passe.  Pour ce qui est de l’animal-totem, le jeune femme s’en doutait un peu: elle-même a un habitant invisible dans sa tête.  La réflexion de la Dame au sujet des vents par contre titille la curiosité de l’ingénieure.  Se pourrait-il que la poète ait aussi une affinité avec l’air?  Cela expliquerait qu’il revienne sans cesse à cet élément pour réaliser son idée.

Le débat semble avoir pris fin, et Seren hésite un moment avant de prendre la parole.  Elle n'aime pas trop l’idée de prendre position dans une discussion dont elle ne connait pas tous les points de vue, mais le sujet lui tient quand même à coeur.  Elle se lance donc.

« Si je puis me permettre une petite intervention, je ne pense pas que la science aliène automatiquement une personne de la magie.  Si c’était le cas, la magie aurait plus ou moins déserté Orene, et je ne pense pas que ça soit le cas. »

Elle marque une courte pause avant de nuancer ses propos:

« Peut-être que la mécanisation, si elle est trop poussée, peut aliéner l’homme et la nature, mais ce n’est pas une fatalité et si nous sommes conscients de ce risque nous pouvons éviter de tomber dans le piège. »

Plus facile à dire qu'à faire, c'est sûr et l'attrait de certaines questions, l'envie de voir jusqu'où on peut aller est parfois grand.  Pourtant Seren ne croit pas à la perte totale du lien avec la nature.  Trop nombreux sont les Eryens ayant un compagnon collé dans la tête qui pourrait les secouer si l'histoire prenait cette direction.
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Ausulf Ekberson
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Errantia

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MessageSujet: Re: L'Antichambre des poètes   Dim 12 Juin - 16:58

Ausulf est enfermé dans sa bouderie, tout comme Cerel qui ne peut supporter l'aveuglement idéologique du jeune Errantia après tout ce que les hommes lui ont fait subir. Il est tellement hermétique à ce qui se passe qu'il n’écoute plus rien, que les voix proviennent de sa tête ou des gorges des deux femmes. Cerel est obligé de le rappeler à la réalité avec un succès relatif :
- La demoiselle essaye de te parler.
Seulement Ausulf ne veut plus entendre ce que le Grand Loup lui dit. Il est en train de ruminer sur les valeurs préhistoriques de son esprit protecteur et sur son passé, sur sa tolérance envers l’humanité car même si l'Homme a inventé des choses merveilleuses, il a aussi créé des milliers de façons de détruire et faire souffrir son prochain. Mais la véritable illumination vient de savoir faire la part des choses ! Comment Cerel ne peut-il pas s'en rendre compte ? Avec le progrès vient toujours des risques mais c'est une quête noble. Et les hommes ont toujours réussi à voir les malheurs que pouvaient occasionner leurs découvertes, ils savent toujours qu'il faut aussi prévenir toute utilisation fallacieuse pour ne pas détourner une avancée de son but premier. L’humanité est aussi capable de modération. Il est lui-même surpris de penser cela mais les hommes et les femmes ont toujours pallier au mal qu'ils ont provoqué...
- Elles attendent que tu répondes. Elles vont te croire plus fou que tu ne l'es déjà.
Ce nouvel avertissement tombe dans l'oreille d'un sourd. La polémique mentale d'Ausulf avec lui seul prend trop d'ampleur, au point que Cerel est obligée de gronder. C'est un rappel à l'ordre puissant qui fait vriller le cerveau du poète.
- REAGIS !

Ausulf est enfin attentif et son animal-totem lui fait un rapide résumé de la prise de parole de l'Inventor. Il se retourne donc gêné et tel un enfant pris à faire une bêtise. Il est accueilli par une Arnissya encore plus gênée que lui. Le visage de Seren est indéchiffrable pour lui mais il espère qu'elle aura la gentillesse de lui pardonner cet écart égocentrique.
- Excusez-moi pour cette scène...
Ausulf prend une grande inspiration et essaye de faire le tri dans ses idées. Comment reprendre cette conversation qu'il a délaissée par stupidité ? Et pendant combien de temps a-t'il été « absent » ?
- Plusieurs minutes à ruminer comme un enfant de 4 ans.
L’honnêteté du Grand Loup n'a pas de limite... Et Ausulf n'en est que plus embarrassé.
- Pour ne rien vous cacher, nous étions en train d'argumenter sur les personnes sans magie et leur volonté de réduire cette inégalité.

Mais le voilà dans une impasse. Il n'y a pas grand chose à rajouter dans ce débat. Tout a été dit et Lady Arnissya ne semble pas prête de vouloir le sauver de sa misère.
- Mais à bien y réfléchir, Orène est justement un exemple parfait à la fois de la symbiose entre magie et technologie mais aussi des possibilités pour toute personne non « douée ». La maison des Inventor est après tout la seule Maison où les personnes sans magie arrivent à des postes avancés dans le gouvernement de la Région.
Il a peur de créer un impair avec son utilisation du mot « non-douée » mais il n'y a pas de nom spécifique pour les gens qui n'ont pas la chance de naître avec le don de magie. Pas à sa connaissance.
- Ce qui me plait par-dessus tout dans cette Maison, c'est que quiconque est ingénieux peut se faire connaître et devenir un membre à part entière de votre « nation ». Je me trompe peut-être car je ne suis pas si familier des Cours que cela, je ne fais que jouer pour eux. Pour moi, les Nobles ont tous un lien étroit avec la magie. Et la seule autre Maison qui mette en avant les faits est celle des Bellator, où prône la maîtrise des armes et les haut-faits militaires...
Il retombe dans sa rêverie. Le fait d'exposer ces arguments lui fait prendre conscience des inquiétudes de son Loup.
-... On peut effectivement se demander ce que deviendraient les Inventor s'ils n’étaient régis que par des « profanes »...

Ausulf est très croyant et il voue une certaine adoration pour Cirahuir, la Déesse qui leur a offert cette île. Il souhaite qu'un jour, elle leur revienne et permette de réduire ce système de Caste et de Maisons. Par contre, il ne se fait pas d'illusions quant à son cas et les souffrances de sa famille. Il ne la prie jamais que pour rendre grâce, pas une seule fois pour lui demander une faveur.
- N'oublions pas que cette ile a été créée pour les magiciens par la Grande Cirahuir !
Il marque une nouvelle pause et observe ses interlocutrices. Lady Arnissya est détendue par la tournure que prend la conversation et s’apprête à participer mais Ausulf souhaite prendre une dernière fois la parole avant de leur laisser le champs libre :
- Excusez-moi à nouveau. Il n'est pas forcement très judicieux de mêler la religion dans une conversation qui était jusque-la agréable.
- Mon avis personnel est que la Grande Déesse a surtout créé cette île dans une optique d'égalité... Donc je pense qu'elle serait ravie du fonctionnement de notre Maison. N'êtes-vous pas d'accord Dame Alwyn ?
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