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 L'Antichambre des poètes

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Seren Alwyn
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MessageSujet: Re: L'Antichambre des poètes   Lun 27 Juin - 16:45

Le silence qui tombe après la dernière intervention de Seren s’étend, et elle et Dame Arnissya se regardent, aucune des deux ne sachant exactement ce qui cause le soudain mutisme de leur compagnon.  Décidément, c’est un bien étrange personnage.

Ca doit être pour ça qu’il te plaît.  Tu as le chic pour attirer les phénomènes.

Seren lève les yeux au ciel à cette remarque de son ami.  Il est vrai que le ménestrel est un personnage original qui titille sa curiosité et que sa conversation est passionnante....quand il daigne parler au lieu de devenir muet après un débat passionné contre une personne invisible.  Heureusement, quelque chose semble mettre un terme à l'isolement du ménestrel, qui se retourne vers les deux Inventor.  Quand il résume le sujet du débat, Seren ne peut s'empêcher de se demander si le jeune homme était conscient de parler à voix haute.  Peut-être a-t-il l'habitude de parler tout seul si bien qu'il ne le réalise même plus?

La suite du raisonnement du ménestrel est assez semblable au point de vue de Seren.  Elle tique un moment quand sa Maison est comparée aux belliqueux Bellator, mais la comparaison tient indéniablement la route.  Cependant, ce tableau doit être un peu nuancé.  Un bon ingénieur pourra grimper haut dans la société Inventor et se tailler une place au soleil (Seren est bien placée pour le savoir), mais la noblesse garde un certain snobisme qui pénalise ceux qui ne sont pas nés avec la magie dans le sang.  C'est vieux-jeu, probablement absurde, mais c'est le cas.  

Avant que Seren n'ait le temps d'avancer cette observation, la conversation glisse vers un autre sujet.  La jeune ingénieure serre les dents à l'idée de s'aventurer sur ce terrain où elle est peu à son aise.  Bien sûr elle a été éduquée dans une certaine mesure avec le culte de Cirahuir en arrière-plan, mais les questions de croyances et de métaphysique sont des sujets sensibles où une indélicatesse est vite arrivée.  

De mal à l'aise, Seren passe rapidement à outrée en entendant les propos de son hôtesse.  Egalité.  Voilà bien une chose qui manque cruellement dans la société inventor et eryenne en général!  Comment la Dame peut-elle parler de l'égalité comme d'une réalité en l'état actuel des choses?  Alors qu'à quelques exceptions près le pouvoir appartient aux hommes, éliminant ainsi la moitié de la population?  Alors que tant de personnes n'ont que mépris pour ceux n'ayant pas accès à la magie?  Alors que des centaines voire des milliers d'esclaves ne sont même pas maitres d'eux-mêmes?  

Eho, attention: n'oublie tout de même pas en quelle compagnie tu te trouves, ne te laisse pas emporter!

Mellon rappelle Seren à l'ordre à temps et elle tente de trouver un angle d'approche assez diplomatique mais qui ne trahirait pas ses opinions.  Son maigre bagage de connaissances en la matière lui vient des mythes qu'elle a entendus ici et là, et Seren regrette soudain de ne pas s'être un peu plus intéressée aux croyances de la société dont elle est un membre malgré tout.

"Si je me rappelle bien les mythes de la création d'Erya, son but principal était de créer un havre de paix où ceux qui étaient persécutés à cause de leur...étrangeté pourraient trouver un asile sûr."

Bon, ça devrait passer sans trop de débat, maintenant Seren devait passer au plus dur: enrober sa critique dans les bons mots pour qu'elle ne vexe personne.

"Et nous savons qu'elle a réussi, sans quoi nous ne serions pas là et il n'y aurait pas tant de mages talentueux en Erya.  Pour ce qui est de l'égalité...  Je ne peux m'empêcher de penser à votre boutade tout à l'heure au sujet de l'amitié entre Dame Arnissya et moi qui menacerait la position des hommes.  C'était de l'humour pour vous, mais beaucoup pensent réellement ainsi, ce qui me mène à penser qu'il y a déjà au moins une inégalité.  Mais il se peut que du changement sur ce point soit à venir: après tout, deux des quatre Maisons d'Erya sont dirigées par des souveraines et il y a une parité des sexes dans les dirigeants du Comptoir du Dragon."

Seren se tait, espérant qu'elle n'a choqué personne en adoptant un point de vue presque révolutionnaire.  Elle a tenté comme elle peut de tempérer ses propos, mais même ainsi elle n'est pas sûre d'être restée dans les limites d'une conversation d'agrément.  Comment est-ce qu'une conversation au sujet d'un ingénieux instrument de musique a pu les mener en terrain aussi périlleux?  Voulant revenir à un sujet légèrement moins sensible, Seren revient au sujet initial du débat.

"Il est vrai par contre qu'en tout cas en Orene il existe une symbiose entre la magie et la science, la nature et la technologie.  Les mages respectent le travail des ingénieurs et vice-versa (d'ailleurs, nombreux sont ceux qui appartiennent aux deux catégories à la fois), et l'homme respecte la nature.  Mais si nous avions dû compter uniquement sur ce que la nature nous donnait, la vie dans cette province aurait été proche d'impossible."

Argl, un long plaidoyer qui pourtant ne dit pas grand-chose.  Pour expliciter son point de vue, Seren conclut par une anecdote.

"Il m'est arrivé d'entendre dire par exemple que si la nature avait voulu que l'homme vole, elle lui aurait donné des ailes.  Il est vrai que nous n'avons pas reçu d'ailes, - Quoique, intervient Mellon - mais nous avons un cerveau qui pourrait être capable d'en créer, et je ne vois pas pourquoi nous devrions éviter de nous servir de ce cerveau sous le seul prétexte de "l'ordre naturel".  Après, je l'ai déjà dit et je le redis: tout est question de voir si l'utilisation de ce cerveau n'éloigne pas l'homme de la nature, mais c'est une question avec une réponse au cas par cas."
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Ausulf Ekberson
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Errantia

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MessageSujet: Re: L'Antichambre des poètes   Lun 4 Juil - 18:14

La jeune Inventor laisse les deux autres intervenants présenter leurs propos avant de parler. Ausulf comprend très bien la raison à cela, c'est un sujet très complexe où il est facile de blesser quelqu'un ou de se faire un ennemi simplement parce que notre point de vue est trop tranché. Poussé par sa passion, Ausulf a détourné deux fois une conversation qui était agréable pour la transformer en plaidoyer ouvert et glissant. Ils sont tous les trois en mauvaise posture et doivent faire attention à chaque mot qui sort de leur bouche sous couvert de perdre le peu de protection qu'ils ont à cette Cour.
Le point bénéfique de cette fontaine est qu'il n'y a personne autour d'eux pour s'offusquer et cela pourrait leur permettre de s'exprimer plus librement mais le poète n'est pas dupe et ils risqueraient tous de perdre un allié si ce sujet traîne trop longtemps sur la table... Seulement, c'est à lui de prendre ses responsabilités dans cette affaire et s'il y a une chose dans laquelle il n'est pas encore vraiment doué c'est celle-ci. Il souhaite maintenant s'amuser un peu et voir quelles seront les positions tenues par les deux femmes avant de faire une nouvelle pirouette verbale.

Et il n'est pas déçu car Dame Arnissya pratique la langue de bois et insiste sur les possiblités d'ascension offertes par leur maison. Il jette un rapide coup d'oeil à Seren Alwyn et voit bien qu'elle bout de l'interieur ! Si ses souvenirs sont bons, sa famille s'est fait justement connaître par leur ingéniosité alors entendre parler d'égalité par la bouche d'une noble ne peut que la vexer. Mais il ne s'agit que de déductions faites par le musicien, les propos tenus par la jeune femme sont tout autres et font montre d'un talent de diplomate dont elle n'a sans doute pas conscience.
Après un premier faux pas dans lequel elle s'emporte de la condition féminine dans la société actuelle, elle se rattrape très facilement et n'exposant que des arguments simples et convaincquants qui ne pourront jamais lui être reprochés. Qu'une femme veuille être reconnue à sa juste valeur est tout à fait normal, surtout vu comment certains hommes les traitent dans cette île. Mais les hommes qui diront qu'elle ne pense comme cela que parce qu'elle n'a toujours pas été "matée" par son époux sont pléthore.
Encore une fois, Ausulf ne peut que deviner les sentiments cachés par la demoiselle mais il peut imaginer sans se tromper qu'elle souhaite, en plus que de mettre sur un pied d'égalité hommes et femmes, abolir la noblesse. Ce sont des idées qui pourraient lui porter énormément préjudice si c'était le cas mais elle serait trop intelligente pour les exprimer à haute et intelligible voix. Toutes ces choses ne font qu'attiser l'intérêt de l'Errantia pour la jeune femme.

- Je tiens effectivement à m'excuser pour cette boutade. Mais comme vous l'avez devinée, elle cachait à demi-mot une critique de notre société. Les hommes, par essence, ont peur de ce qu'ils ne peuvent pas comprendre et contrôler. Les femmes fortes et intelligentes sont le pire de leur cauchemar.
Il marque, à dessein, une pause de quelques secondes. Une pause théâtrale qui n'est là que pour induire qu'elles répondent toutes les deux à la description du cauchemar des hommes. Une flatterie supplémentaire mais non sans raison. Il ne doute pas une seconde que la Dame jouera le jeu de la Cour à la perfection pour remonter dans l'estime des Inventors. Pour ce qui est de Seren, il n'a pas de difficultés à la voir prendre de l'influence non plus, ne serait-ce qu'en directeur de recherche et d'ingénierie.

- Mais vous savez, il ne faut pas espérer trop des dirigeantes de maison. Elles sont effectivement des femmes au pouvoir, et je ne conteste pas leurs capacités à gérer leurs Maisons puisque je n'y connais rien, mais ce qui vaut pour les Nobles ne vaut pas pour le peuple.
Tu cherches les ennuis dès que tu ouvres la bouche...
Ce commentaire désobligeant est suivi d'un soupir de lassitude. Si le loup était visible de tous, il aurait pouffé et serait parti dignement comme pour dire qu'il en avait assez de son compagnon.
Mais la remarque rappelle à Ausulf de mesurer ses propos. On pardonne beaucoup à un musicien itinérant, par essence excentrique, mais il y a une limite.
- Encore une fois, en dehors du Comptoir des Dragons et de votre Maison, les femmes ne sont que regardées de très haut par les hommes et les Nobles... Et même là, elles doivent faire plus d'effort que les autres pour prouver leur valeur, quand bien même elles seraient bien meilleures qu'eux.

Et pour éviter tout problème, il ne souhaite même pas se lancer sur les rumeurs qu'il a entendu sur la soi-disante dirigeante des Inventor. Il ne sait à quel point elles sont transformées mais beaucoup disent qu'elle n'est là que pour donner un nom et un visage à ceux qui dirigeraient vraiment, dans l'ombre. Encore une fois, il y a un monde entre la réalité et les rumeurs donc il ne se risquera pas sur ce terrain boueux.
- Les Errantias n'ont pas ce soucis, évidemment. Ils se voient tous comme libres et égaux. Mais cela reste toujours dangereux pour une femme seule...

Maintenant qu'il a répondu aux remarques sur l'égalité, il se doit de répondre correctement à la dernière intervention de la jeune Inventor, surtout qu'elle recentre le sujet sur le premier débat du poète.
- Devant ces arguments, je ne peux rien dire à part approuver bêtement. Cela me rappelle des légendes où les hommes étaient fragiles et incapables de quoi que ce soit avant que des esprits, des animaux-totems en quelque sorte, ne leur montre la voie... Si l'homme n'avait pas fait preuve d'ingéniosité, il ne saurait toujours pas utiliser le feu et se promènerai nu.
Il espère que cette anecdote sera appréciée, bien que puérile. Après tout, elle résume assez bien la réalité de la condition humaine.

- Ah j'aime beaucoup cette remarque sur les ailes... C'est bien la seule chose que j'envierai aux animaux... La possibilité de voler et de communier avec les vents.
Quelque chose lui dit que cet exemple n'était pas anodin. Mais il laissera le suspens sur ce sentiment. L'intellect de la jeune femme les a remis en terrain conquis et sans qu'elle ne s'en rende compte, elle tient presque des propos dignes de vétérans de la Cour. La conversation prendrai presque des tournures badines.
- Je crois comprendre ce que vous voulez dire. En soi, toute invention est un bienfait mais ses applications doivent être toutes envisagées pour éviter qu'elle soit détournée de sa vraie nature. Tout comme pour la magie, c'est l'homme qui salit et non l'outil qu'il utilise...
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Seren Alwyn
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MessageSujet: Re: L'Antichambre des poètes   Sam 16 Juil - 12:00

La tirade de Seren n'avait fait pousser de hauts cris à personne, ce qui était déjà un bon signe.  Dame Arnissya gardait le silence, mais cela était plutôt un signe d’assentiment, ou au moins d’intérêt.  Après tout, elle aussi avait probablement dû batailler ferme contre le machisme bien présent dans la société eryenne.  Encore une chose qui expliquait le respect que l’ingénieure avait pour cette femme, qui était pourtant aux antipodes de sa propre personnalité.  Le silence de leur hôtesse (mais était-elle vraiment encore l’hôtesse d’un salon artistique à ce point?) signifiait que la balle était dans le camp du ménestrel.*  Il semblait se trouver sur la même longueur d’onde que Seren.  Ce n’était pas exactement une surprise vu le personnage qu’elle avait vu jusque là, mais c’était tout de même un soulagement.  Il ne serait pas un danger non plus.  

Quand l’Errantia mit en doute le pouvoir réel des dirigeantes de Maison, Seren ravala un commentaire en défense de sa reine.  Solycia Alzéard était jeune, et Seren voyait bien qu’elle peinait à trouver son chemin à travers les manigances d’intrigants rodés, mais elle voulait lui laisser le bénéfice du doute.  La jeune femme ne manquait pas de volonté, et Seren voulait croire qu’elle incarnerait le changement dont la société figée avait besoin.  Oh quel beau retournement de la situation si celle que beaucoup croyaient faible et influençable frappait un grand coup sur la table et mettait en branle l’évolution des mentalités!  

Si on pense bien à la même Solycia Alzéard, je doute que frapper du poing sur la table lui apporte autre chose qu’une main en mille morceaux.

Mellon était bien plus sceptique que Seren.  Plus âgé peut-être, moins naïf.  Seren n’avait aucune idée de comment un animal-totem vieillissait ni de s’il avait eu une vie avant d’être un passager dans sa tête.  Le temps leur dirait bien qui avait raison.

Le commentaire du ménestrel au sujet des Errantia faillit échapper à l’attention de Seren.  Elle n’était pas une voyageuse assez assidue pour avoir la moindre idée des relations entre les différents vagabonds et voyageurs qui parcouraient le routes d’Erya.  En revanche, elle ne se faisait pas d’illusion sur la sécurité d’un voyage solitaire pour une femme seule.  C’était une entreprise qu’elle ne risquerait pas: elle tenait et à sa vie, et à sa liberté.

Enfin, la conversation revint en terre connue, et Seren se permit de sourire en entendant que ses arguments avaient reçu un accueil favorable.  Elle n’était pas une politicienne, à peine une jeune idéaliste avec quelques vagues espoirs de changement.  Par contre, elle était une ingénieure, une passionnée, et elle comptait bien être l’ambassadrice de son occupation.  La remarque au sujet de la communion avec les vents amusa Mellon et intrigua Seren.  Une fois de plus, le troubadour revenait à sa fascination pour l’air.  Pourrait-elle se risquer à lui demander d’où cette fascination lui venait?  Certains Eryens gardaient jalousement le secret de leur affinité avec un élément, risquerait-elle d’offenser son interlocuteur en touchant ce qui pouvait être un nerf sensible?

L’Errantia semblait être arrivé à la conclusion de son point de vue, une conclusion avec laquelle Seren ne pouvait qu’être d’accord.  Un bref silence tomba, chacun poursuivant son propre cheminement intellectuel et digérant ce qui avait été dit par les autres.  Le premier tour du débat était arrivé à sa fin, et il y avait déjà au moins un consensus au sujet de la technologie.  Les sujets plus glissants restaient en suspens, et Seren ne comptait pas aller les décrocher de là.

C’est Dame Arnissya qui fit voler en éclats la bulle de silence.  Bien qu’ayant été très économe au sujet de ses opinions (voire complètement opaque), elle avait clairement prit note de celles des deux autres avec grand intérêt.  En espérant que cela ne se retournerait pas contre eux, on ne savait jamais dans cet environnement.  Il n’y avait toujours personne à voir dans les environs, et la fontaine était le seul témoin de leur échange.  Peut-être est-ce pour cette raison que la Dame se risqua à baisser ses boucliers de politiquement correct et à énoncer une opinion plutôt qu’un lieu commun.

« Je ne me prononcerai pas sur la mesure dans laquelle les dirigeantes de maison ont ou n’ont pas le pouvoir, car ce n’est ni le lieu ni le moment pour pareille discussion.  Mais, vous qui vivez de chants et de récits, vous devriez connaître la puissance d’un symbole derrière lequel des personnes peuvent se rallier. »

Une prise de position si forte de la part de la Dame qui cherchait toujours le chemin le plus consensuel stupéfia Seren.  Sa stupéfaction dût se lire sur son visage, car une lueur amusée éclaira les yeux de la noble.  Elle devait probablement se féliciter d’avoir invité deux excentrique à son salon.  Si cette déclaration était tombée dans des oreilles mal intentionnées, la Dame aurait pu se trouver dans un pétrin astronomique.  Mais pour avoir suivi le débat, la Dame savait qu’elle ne risquait rien de la part de ses deux interlocuteurs.  La politicienne aguerrie savait jauger son audience avant de parler.

La parole coupée par la surprise, Seren ne put qu’acquiescer lentement.  Elle aussi connaissait plus d’une histoire où tout ce dont un mouvement avait besoin pour atteindre son but était un porte-bannière.  En un sens, l’important n’était pas que les dirigeantes aient le pouvoir.  L’important était qu’il y ait des dirigeantes, et que cela inspire d’autres femmes à prendre leur sort entre leurs mains.  Semblant…satisfaite? d’avoir fait un certain effet, Dame Arnissya revint à son ton badin habituel:

« Quand à la question de savoir qui cause du mal entre l’homme et l’outil…  C’est un débat sans fin que vous entamez là, et un débat qui devient sans cesse plus complexe au fur et à mesure que notre savoir-faire s’améliore.  Même si nous partons du principe que l’homme est la cause du mal, à qui donner la faute?  Au concepteur de l’objet maléfique?  À celui qui ordonne son utilisation?  À celui qui exécute l’ordre? »

Le ton était badin, les propos étaient tout autres.  Elle avait agi en tant que spectatrice jusque là, mais prenait maintenant une part active au débat.  Clairement, elle aimait faire fonctionner les cerveaux des autres ainsi que le sien en soulevant ses questions.  Seren en vint à se demander elle se joignait à la discussion par intérêt pour les implications idéologiques et éthiques des réponses de chacun, ou par pur exercice intellectuel.

Puisque la deuxième intervention de la Dame était susceptible de la concerner, Seren y réagit:

« À nouveau la réponse est à trouver au cas par cas.  Un concepteur ne peut pas toujours prévoir toutes les applications de l’objet ou du principe qu’il découvre.  Je dirais bien que ce sont les intentions qui permettent de déterminer la culpabilité, mais une personne peut parfois se faire convaincre ou s’auto-persuader d’agir pour le mieux tout en commettant des atrocités.  Sans compter le dicton bien connu que l'enfer est pavé de bonnes intentions. »

C’était sorti avant même qu’elle réalise exactement ce qu’elle venait de dire.  Elle était sur un terrain qu’elle avait maîtrisé jusque là, et maintenant elle avait miné ce terrain-là aussi.  Bien joué, Seren, tu es un vrai génie.  Mais elle ne pouvait pas revenir en arrière pour effacer ce qu’elle avait dit et maintenant elle devrait boire cette coupe jusqu’à la lie.  Bien sûr, Seren adorait pouvoir discuter pour de bon avec des personnes intelligentes, mais l’ombre du Palais de Fer était un rappel constant de leur situation.  Ils se trouvaient toujours dans le rayon d’influence de la Cour.  Ils marchaient sur la corde raide, et le moindre faux pas les ferait chuter de très haut.

*Anachronisme vu que les sports modernes n’existent probablement pas en Erya, mais passons. ^^
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Ausulf Ekberson
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Errantia

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MessageSujet: Re: L'Antichambre des poètes   Jeu 21 Juil - 21:18

Le silence fut brisé par la Dame du trio et avec lui, le masque qu'elle portait depuis le début de leur conversation. Mais Ausulf fit bien attention et sous le premier masque apparut immédiatement un second, plus subtil car il laissait entrevoir de la peau.
La première de ses remarques pouvait être prise de plusieurs façons, et en cela il reconnaissait le talent d'une femme qui a su résister aux différentes époques de la Cour de Fer. Il pouvait considerer ces propos comme une attaque cinglante à ce que laissaient supposer ceux du poète, ou bien c'était pour éviter de dire qu'elle aussi voyait la "Princesse" Alzéard comme une marionnette pour les hommes de l'ombre (ou les femmes, après tout nous ne savons pas de qui se cache dans la pénombre). Il préféra y voir une femme qui ne préférait pas donner son avis sur ce point, ni ses espoirs et peurs, mais la suite le blessa plus qu'il ne souhaitait le faire remarquer.
- Comme si l'on pouvait vivre de chanson ou de légende !
Son plus grand avocat, Cerel, semblait du même avis.
- Est-ce que tu crois qu'elle mourrait d'une infection si sa serviete était en laine plutôt qu'en soie ? Non ! Alors qu'elle arrête avec...
Chut, elle ne pensait pas à mal. C'est une erreur de formulation.
- Elle devrait te rejoindre à une de tes parties de chasse. Elle verra de quoi tu vis.
Cela fit sourire le poète mais il savait que le débat se dirigeait à nouveau en terrain glissant et il souhaitait ne pas en rater une miette. Maintenant, la Dame redemandait qui de l'homme ou l'outil était le plus mauvais avec ses propres mots. Ce qui donnait un nouveau débat, plus intéressant mais tout aussi stérile : qui provoque le mal avec cet outil ? Et la réponse est tellement vaste car pour y répondre correctement selon....
- Ou tu pourrais t'inviter dans son lit et elle verrait si tu es vraiment hédoniste !
... l'avis du poète, il faudrait créer des échelles dans le mal. Car utiliser un couteau pour tuer un être humain est mauvais, mais si le tueur est forcé par quelqu'un d'autre, il en reste un tueur dominé par quelqu'un de plus mauvais que lui, quelqu'un qui le menace s'il n'obéit pas. Seulement, est-ce bien de tuer quelqu'un de mauvais ? Oui ! Mais l'acte en soi reste toujours mauvais. Cela permet au mieux d'alléger la conscience de l'exécuteur.
C'est l'un des multiples cas qui fascine Ausulf, l'une des nombreuses questions qu'on peut se poser quand on vit de chansons et de récits. Et si on veut tant s'inquiéter de ce genre de choses, pourquoi ne pas se poser la question jusqu'au bout ? Pourquoi est-il acceptable de tuer un animal et non un homme ? Si la seule réponse est qu'il s'agit d'un acte d'auto-préservation puisque nous devons manger de la viande, on peut retourner la théorie et dire "donc il serait acceptable de tuer l'homme si on s'en nourrissait ?"
- Sous ta forme de loup, tu pourrais essayer...
Tu as raison, ce n'est pas du cannibalisme dans ce cas.

Les débats entre le musicien et son protecteur spirituels ont, à son souvenir, toujours été nombreux et très houleux. Mais ce qui est bien quand on est en symbiose avec son esprit animal, c'est qu'on peut parler sans barrière et toujours aller dans le fond de sa pensée jusqu'au point où l'on dépasse ce que l'on pense et que cela n'y corresponde plus. Leurs joutes verbales ont toujours été des véritables acrobaties qui finissent par les blesser. Mais leurs coeurs battent à l'unisson et la dispute est une des manières qu'ils ont pour montrer qu'ils s'aiment.
Cependant, cela n'a aucun impact sur le débat en cours et les nouveaux propos de Seren vont dans le sens de la Dame Arnissya, en tout cas pour Ausulf. On retournait en terrain connu pour lui. Après tout, les contes traitant de ce sujet sont légions. Et les débats autour d'eux aussi. C'était une chose qui l'avait toujours intéressé et il allait le faire savoir en alimentant le débat de réflexions tortueuses qui les embourberaient s'ils ne changeaient pas de sujet.

- Oui mais dans ce cas, si l'inventeur sait d'avance le mal que peut faire son invention... Devrait-il continuer à la créer ? Acceptera-t'il d'arrêter ses recherches si elles peuvent aider quelqu'un à créer une arme puissante ? Saurait-il faire la part des choses?
Pause théâtrale avant d'enchaîner sur un exemple concret qui fera écho à leur conversation.
- Et que dire si vous mettiez à bien l'idée dont nous avons parlé ? Economiquement, Orène aurait un pouvoir incroyable sur les autres pays et notamment le Comptoir du Dragon car ce serait tellement plus simple d'utiliser ce genre de véhicule plutôt qu'un char tiré par des boeufs. Cela pourrait entraîner des conflits ouverts et armés. Et si Orène désirait envahir ? Ces mêmes véhicules permettraient de transporter l'armée à une vitesse qui pourrait anéhantir toute résistance par les territoires connexes. Une guerre éclair, si l'on peut dire...
Tout cela pour pousser plus loin encore la réflexion, montrer les implications réelles dans le processus de création et dans celui de changement social.
- Maintenant que nous avons vu tous ces points négatifs, est-ce que vous pensez que l'utilisation qu'en ferait le petit peuple suffirait à compenser les désastres socio-économiques et les bains de sang que pourrait permettre cette invention ?
Une nouvelle pause mais c'est pour permettre aux deux femmes de réfléchir à cette question sulfureuse. Ausulf y est peut-être allé fort avec cette question mais selon lui, la suite de son plaidoyer pourrait être pire.
- Et que dire donc de l'inventeur qui ne voit pas ces applications négatives ? Serait-il juste aveuglé par la beauté de son génie, est-ce un pur narcissisme qui noie toutes ces choses car son esprit supérieur n'aurait jamais pu faire cette invention monstrueuse pour un autre but qu'une avancée scientifique fulgurante ? Ou est-ce une pulsion narcissique toute autre qui considère que peu importe les utilisations, elle permettrait que son nom soit toujours gravé dans l'esprit des générations suivantes de scientifique ? Et s'il se rend compte de tout ce que je viens d'énoncer, s'il s'est posé chacune de ces questions ? Qu'est-ce qui lui donne le droit de trancher ?

Il aime déjà énormément Seren mais son manque de liens profond avec des êtres humains fait qu'il paraît encore plus dur avec les gens qu'il apprécie vraiment. Il se peut qu'elle le déteste après tout cela. Un débat sur la science et le progrès, qu'il soit humain ou technique, se transforme en débat sur l'éthique. C'est de la philosophie qu'ils sont en train de faire. Mais une philosophie sur la science et sans aspect politique. Les trois premiers concernés dans cette discussion sont un inventeur, un poète et une courtisane... Peut-être pas le trio rêvé pour cela mais au moins les propos seront tenus avec style et avec coeur.
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Seren Alwyn
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MessageSujet: Re: L'Antichambre des poètes   Mer 27 Juil - 20:35

Aie, mais c’est qu’il mordrait l’animal!

Sous sa remarque humoristique, Seren perçoit que Mellon est aussi choqué qu’elle par les propos du troubadour.  Même si c’est elle la scientifique du duo, elle sait que Mellon prend sa défense très à coeur et elle ne doute pas qu’il aurait une réplique véhémente toute prête s’il avait été face-à-face avec le poète.  Mais ce n’est pas le cas, et le merle ne peut rien fournir d’autre qu’un soutien moral à sa soeur d’âme.   Seren devra se charger elle-même de sa défense.

Dame Arnissya a repris son rôle d’observatrice, et elle semble guetter la réaction de Seren avec intérêt.  Car pour la première fois depuis le début de la discussion, une attaque cinglante est portée contre le sujet qu’elle a défendu le plus passionnément.  Il y a eu d’autres débats durant la conversation, mais aucun qui touche autant l’ingénieure.  Ce n’est pas uniquement son métier qui est attaqué, c’est sa passion, sa manière d’être.  En quelques phrases acérées, son interlocuteur vient de sous-entendre que ceux de sa sorte n’ont aucun sens de la morale et de l’éthique.  Qu’elle n’est qu’une folle narcissique et égoïste, inconsciente de et aveugle à la souffrance qu’elle cause potentiellement.  Bien sûr elle n’est jamais directement ciblée dans les propos du ménestrel, mais l’attaque n’en est pas moins brutale et (du moins en partie) inattendue.

Seren reste muette un moment, d’abord choquée  et abasourdie par la violence des propos tenus, puis à la recherche d’une réponse appropriée.  Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle patauge.  Mille-et-une répliques se croisent et s’entrechoquent dans son esprit sans qu’aucune ne parvienne à sonner à la fois assez forte pour corriger son agresseur et assez raisonnée pour éviter de confirmer le portrait du savant fou qu’il vient de brosser.

Houhou, tu pars à la dérive là fifille!  Ce qui est un exploit dans une contrée désertique comme Orene, il faut bien l’admettre.  N’empêche que là tu pourrais envisager de me faire une faveur et de clouer le bec à ce prétentieux bouché du ciboulot.

Mellon est un peu injuste dans sa critique, mais c’est sa manière de réagir à une injustice flagrante.  Et puis, sa remarque a au moins le mérite de tirer Seren du tourbillon de pensées qui l’avait emportée.  Elle a à nouveau les pieds sur terre, et elle sait par quel bout prendre sa défense.  Calme, mais un brin caustique, elle se lance:

« Vous attendez donc de l’inventeur qu’il soit un surhomme, et faites de celui qui ne répond pas à vos exigences un génie du mal. »

Seren croise les bras et laisse un moment à son interlocuteur pour réaliser à quel point ses exigences sont impossibles.  Qui donc peut envisager toutes les conséquences de chacune de ses actions, de chacune de ses découvertes?   Sa petite taille ne lui permet pas de faire forte impression, mais sa posture droite, ses pieds fermement ancrés dans le sol et ses yeux plantés dans ceux du poète clament sa résolution de ne pas se laisser faire.  Mellon lui envoie un message d’encouragement non-verbal.  Elle connaît son métier, elle connaît aussi les limites par sa condition humaine.

« Est-ce par ignorance ou par cruauté que vous demandez l’impossible à l’inventeur?  Car vous semblez oublier qu’il n’est, somme toute, qu’un être humain.  Peut-être avez-vous la science absolue ou un don de prémonition qui vous permet de prévoir systématiquement toutes les retombées potentielles de chacune de vos actions, mais je puis vous assurer que ce n’est pas le cas du commun des mortels. »

Il y a une assurance calme dans la voix de Seren.  On est loin des envolées passionnées d’il y a quelques instants.  Elle assène chaque phrase d’une voix posée qui frôle même le glacial.  Son langage non-verbal met ses interlocuteurs au défi de le contredire, chacune de ses paroles est un coup contre la prise de position du ménestrel.  Elle avait fait patte de velours jusque là, maintenant elle sort ses griffes.

« Vous présentez l’inventeur à qui une application néfaste de sa découverte échappe comme le seul responsable du malheur qui suit.  Vous allez même jusqu’à l’accuser de narcissisme, voire d’égoïsme.  Puis-je vous rappeler que, si cette application néfaste a été réalisée alors même qu’elle lui avait échappé, cela veut dire qu’une autre personne a eu l’esprit assez tordu non seulement pour la voir, mais pour la mettre en oeuvre?  Si un médecin découvre les vertus curatives d’une plante, est-ce à lui que vous allez donner la faute quand un empoisonneur utilisera ses travaux pour créer un poison mortel? »

La pause qui suit a pour vocation à la fois de faire réfléchir ses interlocuteurs et de mettre en place la suite de son argumentation.  Si elle veut marquer le coup, Seren doit avant tout avoir une structure limpide et une argumentation bien fondée.

« N’importe qui peut à un moment ou à un autre être aveuglé par l’enthousiasme et manquer ainsi de voir ce qui, après coup, semble évident.  Il arrive que la joie d’obtenir le résultat espéré ou la curiosité face à ce qui pourrait être un progrès immense pour la société aveugle ainsi l’inventeur, même s’il est animé par les meilleures intentions.  Une fois encore: nous ne sommes tous que des humains en fin de compte.  Oh, bien sûr, critiquer après coup est une chose aisée où le critique ne court que peu de risques. »

Cette fois c’est au tour de Seren d’être un peu dure dans sa critique (à peine) dissimulée.  Mais si le ménestrel est incapable de résister à quelques coups, il n’avait qu’à pas être aussi agressif lui-même.  

« Vous parlez aussi de l’inventeur qui parvient bel et bien à voir que son travail pourrait causer du tort.  J’admets que son cas est plus complexe que le précédent.  En théorie on pourrait partir d’un principe qui compare le potentiel des retombées positives et négatives, mais c’est un raisonnement déshumanisé dans lequel j’ai du mal à me retrouver.  Restent alors deux philosophies.  La première consisterait à éviter de donner à l’homme un moyen de faire du mal, même si cela signifie lui ôter par la même occasion une chance d’améliorer sa vie.  L’autre consiste à croire l’homme assez raisonnable pour ne pas faire mauvais usage de ce qu’on lui donne.  On reprochera à la première option de causer une certaine stagnation, de couper les ailes de l’homme avant même qu’il les ait déployées.  La seconde vision peut être qualifiée de naïve ou, par certains, d’inconscience criminelle.  Comme vous le voyez il n’y a pas de bonne solution.  Il y a uniquement des solutions différentes, et chacun agit en son âme et conscience.  Le terme solution en lui-même est déjà un abus de langage, puisque ce sont ces soi-disantes solutions qui peuvent par la suite causer des problèmes. »

Dans la dernière tirade, Seren a perdu son ton cassant.  Elle ne se défend plus: elle réfléchit.  Parce qu’elle habite à la Cour, et elle sait qu’un jour ou l’autre quelqu’un pourrait faire appel à elle dans un but moins innocent ou louable que ses commandes actuelles.  Parce qu’elle fait partie de ces penseurs à qui son interlocuteur vient de donner la faute pour tous les maux de l’humanité.  

« J’aimerais terminer par une remarque.  Vous venez dans votre tirade lapidaire de dénoncer l’inconscience de l’inventeur.  Puis-je simplement vous faire remarquer que l’inventeur n’est pas le seul être humain à pouvoir causer du tort, parfois sans le vouloir ou même le soupçonner?  Un mot mal interprété dans un environnement qui ne s’y prête pas, une action malheureuse ayant des répercussions imprévues…  Toutes ces choses peuvent causer du tort.  Mais nous ne pouvons pas arrêter de vivre pour éviter des conséquences malheureuse à nos actions, de même que notre inventeur ne peut s’empêcher de s’interroger sur le pourquoi du comment de peur que sa réponse ne déclenche quelque chose qui échappe à son contrôle. »

C’est là que se trouve le coeur du problème de Seren.  Elle est tout à fait calme maintenant, et pourtant c’est dans sa conclusion que se trouve le plus important.  Elle ne peut pas s’arrêter de s’interroger et de découvrir, comme elle ne peut pas s’arrêter de respirer ou d’aimer sa famille.  Sa curiosité fait partie d’elle et fera toujours partie d’elle, et elle ne cessera jamais de chercher et, parfois, de trouver.  Pour le meilleur ou pour le pire, seul l’avenir pourra le dire.
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Ausulf Ekberson
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MessageSujet: Re: L'Antichambre des poètes   Lun 1 Aoû - 16:03


Les coups et les remarques pleuvent sans que le poète ne comprenne la raison de ce déluge. En se tournant vers la courtisane, il se rend compte qu'elle sait pourquoi leur partenaire de débat s’élance avec fracas dans ce torrent structuré de reproche. Il se doit de tendre l'oreille et de faire preuve de quelque chose qu'il n'a jamais utilisée depuis sa seconde vie : l'empathie. Et aa partir de ce moment, tous les mots prennent enfin un sens.
Il l’écoute donc maintenant avec la plus grande attention et comprend que ses propres paroles sont la cause de cette véhémence. Il la regarde et ne peut s’empêcher de la trouver incroyable. Il se doutait qu'elle était une femme forte mais elle fait montre d'un caractère incroyable. Heureusement pour la fierté de cette inventeuse promise aa un grand avenir, il arrive aa garder un visage calme et triste. Triste car il se rend compte de la douleur qu'ont provoqué ses questions. C'est un air contrit qui apparaît donc sur sa face.

Faire preuve d'empathie est un don nouveau pour le joueur de vieille et son acolyte fantasmagorique s'empresse de le lui faire remarquer.
Je n'aurai jamais pu imaginé que tu puisses comprendre les émotions humaines en dehors de la peur, de la colère et de la souffrance physique. A se demander si...
Il ne finit pas sa phrase mais il n'en a pas besoin, le musicien sait d'avance ce qu'il voulait dire. Un soignant de l'esprit dirait que c'est du aa un besoin de protection, tout comme les souvenirs flous de ce qui a du être la longue agonie de toute sa famille devant ses yeux.
Ce même soignant serait ravi de voir les progrès humain du jeune homme. Mais fort heureusement, il n'y avait personne pour le suivre donc personne pour le considérer comme un être asocial et potentiellement dangereux. Potentiellement étant le point essentiel de la phrase.
Il attend donc la fin du discours de la jeune femme pour enchainer. Il est presque attristé de voir qu'elle se radoucit vers la fin. Mais en y réfléchissant, il ne s'agit pas vraiment d'un radoucissement mais bien la réalité de sa personne : elle ne peut s’empêcher de réfléchir aa ces questions même si elle s'est sentie insultée par celles-ci.

- Je tiens d'abord à m'excuser car je me rend compte que mes propos vous ont blessée. Et en y réfléchissant plus sérieusement, je me rend bien compte de la dureté de mes mots. Et même s'ils n’étaient pas destinés aa votre encontre, il s'agissait de questions qui touchent votre corps de métier.
On aurait du mal aa le croire mais il a l'habitude de se tirer de situations embarrassante. Une bonne parole par ci, une excuse faussement honnête par là. Il est facile de jouer aa l'idiot mais pour une fois, le poète est un véritable idiot.

- Je ne demande à personne de devenir un surhomme, imaginez la difficulté pour lui de vivre simplement ? Je lançais ces questions dans une poursuite de philosophie. Mais je me rend compte maintenant qu'il s'agissait surtout de rhétorique.
C'est une chose étrange que de s'excuser sans arrière-pensée. Que de vouloir réellement obtenir le pardon de quelqu'un. L’ingénuité de sa partenaire de philosophie le touche tout particulièrement. Elle est aa la fois faible et forte. Elle est douce et froide. C'est un mélange explosif.
Un regard vers la dame qui les accompagne, pour l'instant uniquement par le regard et sa présence, le gène encore plus car il est persuadée qu'elle est plus qu’amusée par ses tentatives enfantines d'expiation.

- La comparaison avec une trouvaille en médecine illustre agréablement le propos. Et vous avez raison de dire que c'est aa l'homme de faire preuve de bon sens. J'aimerai continuer plus amplement ce débat mais je sens que tout ce que je dirai serait teinte de mes premiers propos. Sachez simplement que je respecte les hommes et les femmes de science qui permettent des avancées parfois fulgurantes. Je ne suis qu'un simple artiste, seulement bon à discerner le beau du laid.
Tes gouts, cependant, laissent encore à désirer. Certaines des œuvres que tu admires le plus sont après tout les boyaux de ta proie étendus sur le sol.
La nouvelle remarque de son loup lui tend sur un plateau un nouveau sujet de débat : comment définir la beauté. Mais il ne se sent pas de le lancer de lui-meme  Il est aussi persuadée que s'il change le sujet de lui-meme, ce serait comme battre en retraite or il ne souhaite pas paraître « lâche » ni qu'elle puisse croire qu'il essaye de la ménager. Il ne sait plus ce qu'elle pourrait penser aa ce stade de la conversation. Elle ressemble de plus en plus aa un zèbre aux rayures colorées au milieu d'un troupeau noir et blanc.

C'est donc avec une grande surprise que son salut lui provient de la seule personne qui s'amuse de cette situation. Elle a mis un éventail coloré, et représentant une scène très célèbre de la piece de theatre très célèbre contant les aventures d'une femme qui collectionnait les hommes et leurs richesses, devant sa bouche pour cacher son sourire espiègle. Le style pictural est passé mais il ne doute pas que cet éventail est en fonction des ans, soit une piece maitresse du bon goût, soit la preuve accablante de son mauvais goût. La mode est ainsi faite que personne ne gagne jamais bien longtemps.
- N'en voulez pas trop a notre troubadour... La vie dans la foret a pu le rendre insensible sans le vouloir. Et bien que je comprenne aa quel point ces questions peuvent blesser. Et bien que je trouve vos réponses très intéressantes et encore plus, suffisantes... J'aimerai vraiment reprendre certains de ces points de la manière la plus objective possible, si vous l'acceptez ?

Le musicien est des plus surpris par cette prise de parole des plus inattendues. Cette femme prend des allures de serpent et cela rend la conversation plus dangereuse et palpitante qu'il n'aurait pu le croire. Cette femme est de celles qui auront toujours une place parmi les grands de ce monde, que ce soit dans la lumière a leurs cotes ou dans leur ombre.
Et elle n'avait toujours pas fini d'envenimer la situation...
- D'un point de vue purement éthique, sans prendre en considération la rhétorique ou le rôle que l'on a dans ce monde, et en utilisant votre exemple de la médecine pour rester le plus neutre possible, que penseriez-vous du médecin qui trouve un remède contre la peste mais se faisant développe une nouvelle maladie bien moins grave mais qui reste toujours une maladie ?

Les deux autres interlocuteurs en restent bouche-bee. Elle amène le débat sur une autre pente glissante mais fait très attention aa chaque mot qu'elle utilise.
- Et que devons-nous penser du médecin qui doit tester son medicament sur de nombreux patients avant de trouver le bon mélange, le bon produit ? Il reste un héros car ce remède sauvera plus de vies qu'il n'en aura jamais sacrifié. Mais devons-nous pour autant permettre cette souffrance ? Ne devrions-nous pas trouver une alternative ?

Il ne souhaiterait pas l'avoir comme ennemie, il en est persuadé maintenant.
- Il ne pensait pas a mal bien qu'il en ai fait beaucoup. Sachez cependant que je souhaite que vous vous posiez ces questions car vous avez du talent et bientôt de nombreuses personnes vont venir vous proposer un défi, comme celui de notre cher ami. Et beaucoup serviront à l'enrichissement d'un homme en esclavagisant les autres. Je souhaite de tout cœur que cela ne vous arrive pas mais pensez vraiment aa ces questions douloureuses.
En prononçant ces mots, son regard amusé s'est transformé en celui d'une mère pour son enfant trop aventurier. Elle en est remplie de fierté mais aussi de crainte. Les dangers sont nombreux dans le monde des hommes et ils se doivent de faire attention

Devant un tel talent de locutrice, il ne sait pas s'il serait intelligent d'oser reprendre la parole. Selon lui, c'est comme si elle avait essayé de les rabibocher. Elle semble en tout cas très éprise de la demoiselle et souhaite la protéger le plus possible. C'est tout du moins la sensation qu'a le musicien en les regardant.
Est-ce que l'orage est passé ? Pourra-t'il espérer la revoir après cet entretien autour d'une fontaine ? Il espère que la discussion est loin d’être finie. Apres tout, il a toujours son débat sur l'art, la beauté et les règles classiques. Il sent qu'il pourrait rester des heures aa discuter avec elles et aa refaire le monde.
Mais déjà les clameurs qui leur proviennent du palais se calment et l'heure des promenades ne va plus tarder donc s'il souhaite continuer aa leur parler, il ferait mieux de les accrocher avec une discussion des plus captivantes.
- Je ne me permettrai pas l'affront de vous dire qu'il s'agissait du cœur de mon propos, j'ai juste poussé à l'extrême ma reflexion sans prendre en considération qu'il s'agissait de votre métier.
La vieille a raison, tu n'es plus habitué aux relations humaines mais plutôt à tuer quand tu as besoin de quelque chose.
- Notre chère hôtesse a raison car je ne suis plus habitué aux relations humaines en dehors de la scène et du spectacle... Chasser le lapin pour survivre vous change sans que vous ne vous en rendiez compte.
Le monde nous apporte assez de souffrance sans qu'on en rajoute aux autres.
- Le monde nous apporte assez de souffrance sans que nous y mettions notre grain de sel.
Mais il est important de toujours penser aux consequences de ses actions car c'est cela aussi qui nous sauve. Comme attaquer un ourson alors que la mere est aa quelques mètres.
- Mais il est important de toujours penser aux consequences de ses actions car c'est cela aussi qui nous permet de rester droits envers nos valeurs.
Je rêve ou tu utilises chacune de mes phrases ?
- Cependant, vous avez raison car cela ne doit pas nous paralyser et nous empêcher d'avancer. J'utiliserai même un autre lieu commun en disant que l'on apprend de ses err...

- Oh ! Laissez-la répondre d'elle-même. Nous avons bien vu qu'elle était assez forte et intelligente pour se défendre toute seule !
Décidément, cette femme a une idée derriere la tête et elle ne lâchera pas l'affaire.

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Seren Alwyn
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MessageSujet: Re: L'Antichambre des poètes   Ven 5 Aoû - 10:13

Au grand soulagement de Seren, sa tirade semble avoir eu l’effet escompté.  Qu’il ait été surpris par la virulence de sa défense ou touché par son contenu, le ménestrel tente tant bien que mal de se faire pardonner pour ses précédents propos.  Certains pourraient estimer que s’excuser ainsi est une preuve de faiblesse, Seren le considère comme une force.  Au lieu de tenter de détourner ses propos par fierté et d’éviter à tout prix d’avoir à s’excuser, le musicien fait preuve d’humilité et reconnaît ce qui lui a été reproché.  Si Seren se réserve le droit de garder le silence et un un visage de marbre, elle n’en est pas moins radoucie intérieurement.

Eh bien, il s’en tire facilement le bougre!  Tu pourrais le laisser dans l’embarras un peu plus longtemps je trouve.

L’ingénieure laisse son compagnon immatériel tempêter dans le vide.  Être rancunière ne fait pas partie de ses défauts, et des excuses aussi claires et complètes sont quelque chose de trop rare et trop précieux pour être balayées du revers de la main.  Sans compter qu’elle ne se souvient pas d’avoir jamais passé un après-midi aussi passionnant en compagnie de deux personnes qui sont, somme toute, des inconnus.  Alors oui, elle pardonne un peu vite au goût de son partenaire mental, mais cette rencontre a toutes les apparences d’une occasion unique, et elle ne veut pas passer à côté par entêtement.  La dernière partie des excuses du musicien pourrait ressembler à de la flatterie doublée de fausse modestie, mais Seren veut croire à sa sincérité.  Après tout, qu’y risque-t-elle en dehors d’une déception si son interlocuteur se révèle moins vrai qu’il ne laisse paraître?

Oh, rien du tout…  À peine de te laisser aller un peu trop dans tes propos et de dire quelque chose qui t’explosera à la figure.

Et comme pour appuyer les propos de Mellon, Dame Arnissya se rappelle à leur bon souvenir.  Car malgré le respect qu’elle a pour la Dame, Seren ne perd pas de vue ce qu’elle est: une intrigante.  Ce qui veut dire masques, joutes verbales recherchées et une trèèèès bonne mémoire.  Et l’expérience de Dame Arnissya en la matière en fait une adversaire potentiellement redoutable si pour une raison ou une autre Seren et elle en venaient à s’opposer l’une à l’autre.  Une adversaire contre laquelle l’ingénieure n’est pas de taille.  Si cette conversation comporte un danger, ce n'est pas du musicien errant qu'il vient, mais bien de la Dame.

Que cette dernière commence par des mots apaisants en défense du troubadour amuse Seren, bien qu'elle ne sache pas pourquoi.  Peut-être parce que Dame Arnissya a repris un rôle de médiateur proche de celui d'hôtesse qu'elle tenait pas si longtemps auparavant?  Quoi qu'il en soit, Seren répond à la question de la Dame par un mince sourire et un hochement de tête.  Mais il s'agissait plus que probablement d'une question rhétorique de toute façon.

Dire que les réflexions qui suivent prennent l'ingénieure au dépourvu est un euphémisme.  Bien que plus neutres car plus éloignés de son domaine de prédilection, les exemples évoquent chez Seren des souvenirs de discussions qu'elle a eues avec sa soeur peu après que celle-ci ait entamé sa formation d'apothicaire et de guérisseuse.  Une lettre en particulier lui revient à l'esprit, lettre dans laquelle une Nesta dévastée lui racontait que certains poisons ont des remèdes qui font plus souffrir la victime que le mal qu'ils sont censés guérir.  Mais la Dame est plus délicate dans son approche que le ménestrel.  Elle s'interroge, nuance, mais elle ne condamne pas.  Le tact est un outil qu'elle manie à la perfection.

La suite est encore plus inattendue, car l'interrogation purement théorique glisse doucement vers des recommandations, des conseils donnés par une femme d'expérience à une autre à qui l'expérience manque.  Seren ne peut s'empêcher de s'interroger sur le passé de Dame Arnissya.  Est-ce l'expérience personnelle qui lui a appris ces choses?  Ou y a-t-elle assisté en tant que spectatrice?

La voix plus grave du poète tire Seren de ses réflexions, mais n'apporte pas grand-chose de nouveau.  Il paraphrase ce qui a été dit avant, et sort de manière probablement sincère mais un peu gauche quelques lieux communs.  Il a d'ailleurs vite la parole coupée par Dame Arnissya qui semble désireuse de rendre la parole à Seren.  Retour dans la lice, la joute verbale et idéologique continue.

« Concernant vos propos au sujet de la médecine, il me semble que le noeud du problème se trouve dans les mots "trouver une alternative."  Je suis, et serai toujours, en faveur de l’option qui garantit le moins de souffrance possible, idéalement aucune et j’ose espérer que j’oeuvrerai toujours en ce sens.  La question est maintenant de savoir si cette fameuse alternative existe toujours, et si nous disposons d’assez de temps pour la trouver.  Si le temps nous est compté, que choisir entre un remède imparfait mais existant et un délai qui pourrait se révéler fatal?  Je dirais bien que c’est un choix que chacun devra faire en son âme et conscience, mais peut-être le pouvoir de faire ce choix ne se trouve-t-il pas chez le médecin?  Après tout, c’est de la santé, voire de la vie, du patient qu’il s’agit.  Qui donc est mieux placé pour trancher, à condition de disposer de tous les éléments?  Et il en va de même pour ceux qui testent un remède qui n’a pas fait ses preuves: il s’agit d’un choix qu’ils doivent faire en connaissance de cause.  Certaines personnes, se sachant condamnées, sont prêtes à s’accrocher au plus minuscule espoir, tandis que d’autres préfèrent accepter qu’il n’y a plus rien à faire et faire ce qu’ils peuvent du temps qui leur est accordé. »

Si le sujet est revenu en terrain plus neutre, le contenu de la conversation est tout de même vaguement familier à Seren.  Elle se souvient sans mal des lettres parfois tristes, parfois enthousiasmantes de Nesta alors qu’elle découvrait ce que cela implique exactement de choisir la voie des guérisseurs.  La différence réside dans le fait que sa soeur lui faisait part de ses observations et de ses propres doutes ou espoirs, mais qu’il n’y a jamais eu de véritable débat comme c’est le cas maintenant.  L’ingénieure se fait une note mentale de mentionner ce débat et ce qui en sortira dans sa prochaine lettre.

« Je me risque maintenant à aborder votre conseil, bien que je ne sache pas exactement par quel bout le prendre. »

Arrivée là, la jeune femme marque une pause.  Car elle n’exagère pas en disant qu’elle ne sait pas par quel bout prendre cette remarque.  Elle est à la fois flattée que la Dame lui reconnaisse du talent (ce qui était probablement le but recherché par Dame Arnissya) et intimidée par la responsabilité que la suite lui place sur les épaules.  Fréquentant, au moins de loin, les habitués de la Cour, Seren n’a aucun mal à imaginer l’un d’eux faire un mauvais usage d’une avancée technologique pour son profit personnel.  Et si elle a été blessée par les remarques qui attaquaient sa profession, elle réalise maintenant qu’il y avait peut-être aussi une part de peur dans la violence des émotions qu’elles ont déclenchées.  Peur d’être justement cet inventeur qui se laisse trop emporter et en devient aveugle à ce qu’il cause.  Peur de ne réaliser que trop tard ce que d’autres ont fait de son travail.  Peur de se retrouver dans une tour d’ivoire et de perdre de vue la réalité.  Seren est jeune, et n’a jusqu’ici eu que des commandes certes stimulantes, mais avec un effet somme toute infime sur la vie du plus grand nombre.  Des créations à usage strictement personnel de leur détenteur et ne pouvant a priori pas causer de tort.  Il est inutile de se voiler la face: il n’en sera probablement pas toujours ainsi.

« Si cela peut vous rassurer, sachez que cette possibilité a déjà traversé mon esprit, bien que je n’y aie jamais été confrontée avec autant de force qu’aujourd’hui.  Il est d'ailleurs possible que vous ayez fait les frais de ma colère à cette idée, auquel cas c'est à mon tour de m’excuser. »

C’est sa manière de faire savoir à l’Errantia qu’elle ne gardera pas de rancune à son encontre.  Bien qu’il soit un personnage intrigant, imprévisible dans ce qu’il dit, et que ses opinions ou sorties soient si tranchées qu’elles en deviennent parfois blessantes, Seren ne veut pas se brouiller avec lui.  Le ménestrel est une énigme fascinante.  Il semble bien connaître les codes et petites manies de la Cour: il l’a montré durant le temps qu’il a passé dans le salon de Dame Arnissya.  Et pourtant, il est si différent de tous ceux qui fréquentent le Palais de Fer!  Excentrique, apparemment peu soucieux de respecter les règles tacites de la vie en société…est-ce un genre qu’il se donne ou est-il réellement le solitaire déconnecté de la réalité qu’il joue?  « Un artiste », se diraient certains, « ces gens-là sont toujours un peu décalés. »  Mais cela semble fort réducteur à Seren.  Elle a abordé un musicien et un poète, mais depuis elle a aussi entraperçu un esprit vif, une imagination fertile dans d’autres domaines que l’art…et un homme qui semble apprécier les débats de préférence très délicats.  

« Je serais tentée de dire que je ferai toujours en sorte que cela n’arrive pas, mais qui peut voir le futur?  Je ferai donc de mon mieux, et j’espère sincèrement être capable d'éviter que cela ne se produise.  Mais une fois qu’une création quitte l’atelier de son concepteur, elle ne lui appartient plus vraiment, même s’il le souhaiterait.  Dès lors, n’importe qui peut mettre la main dessus, s’en inspirer, la modifier pour l’utiliser à d’autres fins…  Ce n’est en soi pas une mauvaise chose: c’est ainsi qu’un bonne idée d’un homme ou d’une femme peut donner une idée révolutionnaire à quelqu’un d’autre.  C’est ainsi que nous pouvons avancer au lieu de systématiquement devoir ré-inventer la charrue.  Mais c’est aussi un risque, car personne ne peut prédire à quelles fins sa création sera utilisée en fin de compte.  Tout comme notre médecin n’avait pas prévu que son remède donnerait naissance à un poison.  Tout comme un artiste ne peut prédire qu’une oeuvre d’art sera utilisée pour de la propagande qui trahit ou manipule ses propres opinions. »

Le dernier exemple en particulier est choisi avec soin pour coller à ses deux interlocuteurs.  L’un est un artiste, l’autre une amatrice d’art reconnue.  L’un semble vivre hors de la société, l’autre en connait chaque détail sur le bout des doigts.  Mais Seren suspecte qu’aucun des deux n’ignore comment fonctionne la propagande et, si elle a bien cerné le personnage, le troubadour ne doit pas en raffoler.  

« Et si un jour je devais me retrouver aveuglée au point de participer activement à un tel projet qui va à l’encontre de mes convictions, j’espère qu’il y aura quelqu’un pour me secouer avec autant de force que vous, Ausulf, ou pour faire preuve de votre clairvoyance, Dame Arnissya. »

Ce n’est pas le genre de Seren de tomber dans la flatterie.  Son ton est sincère, et tant pis si l’un de ses interlocuteurs ne l’est pas.  Malgré l’agitation de son animal-totem, elle a décidé de croire que cet échange d’idées pouvait échapper aux règles de précaution valables à la Cour.  Naïve, l’ingénieure?  Probablement.  Mais pour une fois, rien qu’une fois, elle cède à la tentation d’une vraie discussion.  Advienne que pourra, au moins elle aura profité de l’après-midi.

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Ausulf Ekberson
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MessageSujet: Re: L'Antichambre des poètes   Mar 9 Aoû - 14:45

Que dire après l'interruption de Dame Arnyssia ? Tout son plaidoyer a surpris Ausulf, surtout après la réaction de Seren face aux questionnements du poète. Mais il n'a certainement pas le tact dont fait preuve la Courtisane, il se doit de le reconnaître.
Et les réponses de la jeune femme semblent apaisées. Les tournures de phrases de leur doyenne semblent obtenir un effet positif sur Seren qui pousse la réflexion à un plus haut point qu'avant. Elle est même inspirée. Cette nouvelle réaction a de quoi faire réfléchir le poète sur ses capacités réelles de socialisation. Laissez tomber le masque de la mise en scène et il se retrouve comme un adolescent avec des sentiments complexes et paradoxaux. Pourtant, ce qu'il éprouve pour ces deux femmes est purement platonique. Mais justement, c'est la première fois qu'il éprouve pour qui que soit une attirance qui ne soit pas purement physique, bestiale. Pour être honnête, il y a bien une personne qui a provoqué ce genre de réaction mais encore une fois, la situation était différente : il s'agit d'une vieille femme, conteuse itinérante, qui l'a soigné lors de sa renaissance et lui a appris ce métier. Mais ce n'est pas le moment de se remémorer des passages de sa vie si douloureux...
Il se concentra donc à nouveau sur l'argumentation de Seren et le deuxième volet de ce débat. Il hocha la tête et fit un timide sourire quand elle s'excusa. À ce stade de la conversation, il n'était plus sur de savoir qui devait s'excuser ou non. Les fautes n'étaient pas partagées, s'il avait fait plus d'effort sur la forme, Seren n'aurait peut-être pas été humiliée. Mais peu importe, elle s'excuse et il n'est pas en droit de refuser ou de les dénigrer. Surtout que les excuses ne sont pas la conclusion de cette conversation. Il fait donc des efforts de socialisation qu'il trouve difficile. Et dire qu'il se plaignait des étiquettes de chaque Maison !
Les arguments de la jeune femme tiennent la route mais il ne peut s'empêcher de trouver qu'elle fait des pirouettes pour ne répondre qu'à moitié. Sa position est pourtant totalement compréhensible et elle tient la route. Elle offre une nouvelle perspective à ce débat et montre le point de vue d'un inventeur, point de vue qu'ils peuvent comprendre sans jamais pouvoir saisir la profondeur réelle. Finalement, le débat risque de tourner en rond, chacun prolongeant ses arguments et les approfondissant. Cependant, on ne peut pas dire que chacun des participants n'écoute pas les autres, loin de là. La discussion est plus apaisée et chaque nouvelle participation offre un enrichissement certain. Il est vrai qu'on ne peut reprocher au premier homme qui a créé du feu avec deux silex de ne pas avoir pensé que des siècles plus tard, on utiliserai cette technique (améliorée, cela va sans dire) pour brûler les personnes coupables de crimes affreux. Alors pourquoi reprocher à l'inventeur de la roue que sa technologie soit utilisée pour transporter des armes ?
Ausulf préfère ne pas prononcer ces idées car ce serait une redite. Il écoute donc avec un sourire voilé la comparaison avec un artiste dont les œuvres serviraient de propagande. Il doit s'avouer que c'est une question qu'il ne s'est jamais encore posé. Il vivote de son art et reste très avare de ses compositions qu'il présente au compte-goutte. Il n'a pas encore la réputation qui lui permettrait de se faire connaître premièrement par ses mélodies et vers. Ce jour viendra peut-être mais il ne l'attend pas avec impatience. Son premier but est tout autre pour l'instant. Il n'osera pas non plus annoncer à Seren que le fait d'être utilisé de la sorte ne le gênerait absolument pas, ce serait une tranquillité matérielle assurée et par-dessus tout, cela n'entraverait pas ses libertés de déplacement puisqu'un musicien itinérant n'est intéressant pour un intriguant que parce qu'il est nomade et peut propager ses idées à travers les terres. Mais le débat n'en est pas encore arrivé à cette question et il ne la posera pas de lui-même.

- Votre nouvel exemple est très intéressant. Pour pouvoir accuser un créateur ou un inventeur, il faudrait donc en premier lieu avoir une idée de propriété intellectuelle. Tout ce que peut faire un inventeur une fois sa technologie mise au point, c'est y apposé son nom. Tout comme un peintre sur sa toile. Pour le reste, cela appartient ensuite aux Familles. Il faudrait donc apporter la responsabilité devant les gérants du territoire...
Elle est rêveuse en prononçant cette dernière phrase. Elle imagine sans doute toutes les implications légales et administratives si l'on venait à organiser ce concept. Il y aurait de l'influence à gagner mais surtout, les Inventor s'orneraient d'un nouveau rayonnement : le renouveau philosophique et intellectuel proviendrait d'une maison de techniciens... Voilà des bribes de pensées qui traversent le crâne de la Courtisane. Ah si l'ancien maître de maison était encore vivant, elle s'empresserait de lui proposer une telle chose... Dame Solicia serait aussi intéressée mais son influence réelle est bien trop diminuée.
- Mais je vous affirme, pour preuve de l'importance que je donne à notre naissante amitié, que je vous servirai de morale si jamais il vous arrive de douter.

Ausulf ne peut faire ce genre de promesse. Il sera sans doute parti d'ici demain, ou dans quelques jours s'il trouve une raison de rester. Le brouhaha se rapproche et bientôt ils me pourront parler aussi librement. Ce qu'il peut offrir, voyant la parade de la Cour, c'est une leçon de survie devant la plus intransigeante des salles.
- Excusez cette proposition impromptue mais je peux vous offrir une passerelle pour augmenter encore votre clientèle que j'assume déjà nombreuse : le scandale !
Dame Arnyssia pouffe à cette proposition et se doit de cacher son rire discret derrière son fidèle éventail : elle se prêtera au jeu si la demoiselle s'y prête aussi.
- Que diriez-vous de continuer ces agréables discussions dans le labyrinthe du jardin ?
Se faisant, il offre un de ses bras à chaque dame qui l'entoure.
- Il n'y aura que nous pour savoir que nous parlons philosophie et non fleurette.
- L'idée est des plus alléchantes ! La jalousie est le meilleur moteur d'avancée sociale. Qu'en dites-vous, chère Seren ?
Elle se permettait un peu plus de familiarité, comme pour inviter une ingénue dans un piège libertin. Et pour appuyer l'invitation du ménestrel, elle se mît tout de suite à son bras droit.
- Vous êtes un goujat, mon cher Ausulf ! Qui aurait cru que vous feriez rougir une Dame de mon âge ?

Alors qu'elle pouffait de plus belle et se ventilait avec son éventail, les premières dames à se promenaient arrivaient devant la grande fontaine monumentale. Leur petit comité ne passait déjà plus inaperçu et les curieuses s'intéressaient déjà au manège du poète et de la Courtisane déchue.
Ausulf proposait une nouvelle manière de prolonger cet agréable après-midi mais, sous l'égide de la provocation, il n'est pas sûr que la jeune prodige accepte de se "mettre en scène".
Selawyr, si tu passes par là:
 
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