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 Les Deux Poissons et le Rêve

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Ausulf Ekberson
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Errantia

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MessageSujet: Les Deux Poissons et le Rêve   Mar 31 Mai - 17:04


Épisode I : Les deux poissons...

Deux poissons. Voilà la seule récompense obtenue pour une mission qui a bien faillit lui couter la vie, a lui comme au petit- fils du pêcheur. Deux poissons ! Le seul paiement pour un travail qui aurait du lui fournir un peu d'argent ! Ausulf a bien eu du mal a cacher son immense déception devant le regard fier du vieil homme. Et il a eu encore plus de difficultés à réprimer son élan de rage face au visage réjoui de la petite brute, ravi de la mine déconfite du poète bien que tous ses efforts pour le dissuader de faire cette quête aient été vains.
Deux poissons frais, de la pêche du jour, c'est donc a cela qu'équivaut la vie de Ciel Rodrigue, le mercenaire qui est mort pour une centaine de vers. L'ironie est tellement brulante qu'Ausulf pourrait bien en avoir les larmes aux yeux. Mais bien qu'il soit rempli de compassion et de culpabilité envers son défunt compagnon de fortune, il est surtout à cran. Le manque de nicotine ne risque donc pas de se calmer de sitôt. Chaque bouffée de la dernière cigarette de sa tabatière devra donc être savourée, telle une prière de remerciement aux Dieux ancestraux comme aux nouveaux. Mais en attendant, il fulmine et ne peut s’empêcher de penser a ce rouleau de tabac qui l'attend dans sa petite sacoche.
Ausulf s'est posé sur la route qui mène du port de pêche à un des petits villages voisins. Les deux poissons, très grands et représentatifs de la faune maritime de la région, sont étalés sur un morceau de son manteau rapiécé. Il se dit qu'avec un peu de chance, un villageois va passer par cette route pour se réapprovisionner. Et avec un peu de chance, il sera trop feignant pour faire le chemin jusqu'au bout, surtout quand il verra qu'un jeune homme en vend déjà sur le bord du chemin. Seulement cette bonne âme se fait attendre et cela laisse libre cours à la conscience du musicien. Une conscience à fleur de peau après tout ce qui vient de se passer durant cette journée.
Le vagabondage et les associations d’idées qui se font dans son cerveau ne peuvent que l'obliger à comparer sa propre désertion, signant l’arrêt de mort de Rodrigue, a l'abandon dont sa famille a été victime par tout leur village. Abandon d'autant plus douloureux que sa mère était leur guérisseuse et que son père était leur ingénieur, leur offrant des machines qui ont permis de développer de manière exponentielle leur production. Mais là n'est pas la question. Rodrigue aurait du le prévenir qu'il aurait besoin de quelqu'un pour se battre avec lui. Ausulf se serait empressé de lui dire qu'il n'est qu'un troubadour et non un guerrier. Car il ne l'est pas. Aussi pétri de vengeance soit-il, il ne sait toujours pas se battre. Il sait tuer, et est très bon pour cela, mais la personne en face de lui ne se défend pas et cela fait une très grosse différence. Une différence que le poète a très vite compris dans sa vie et il ne fera jamais l'erreur de se croire meilleur qu'il n'est. C'est un chasseur et il serait sans doute un bon assassin mais il manque cruellement de compétences combatives.

- Etrange de dire ce genre de choses. Tes crocs et tes griffes sont tes armes. Et avec elles, tu te bats contre des cerfs ou des sangliers. Tu te défends contre des ours ou des lynx. Tu...
- Je sais. Je peux me battre sous ma forme de loup mais pas sous ma forme d'homme.
- C'est sans doute la seule chose que je ne pourrai jamais t'apprendre...
- Tu me conseilles donc de retourner auprès des hommes pour finir mon apprentissage ?
Sans le vouloir, un sourire commençait a poindre sur les entremisses de sa bouches. Provoquer son animal-totem est toujours quelque chose qui le requinquait.
- Dans ce cas, tu n'avais qu'à empêcher la mort de Ciel.
La sentence est sans appel et Ausulf se renferme immédiatement dans sa bouderie. Il repense au petit garçon qui l'a pris pour un énième braconnier. C'est vrai qu'a bien y regarder, toutes les blessures du poète ont bien vieillies et ressemblent plus aux trophées d'un bagarreur de beuverie qu'au mémorial ineffaçable d'une année de torture s'achevant par une « résurrection ratée ». Il n'est donc pas étonnant que le mercenaire se soit dit qu'il pouvait compter sur lui pour l'aider à se battre et sauver sa dulcinée.
- Tu as raison, cette histoire a tous les ingrédients pour une parfaite geste d'amour !
- Le mercenaire qui n'accepte comme salaire que la tendresse de sa fiancée. Elle est ravie par un groupe de brigands qui engendre la terreur dans tout le comté.
- As-tu trouvé le titre de ce chef-d'oeuvre ?
- J’hésite entre La Bourse de l'Amour et La Vierge et le Soldat.
- Réfléchis encore...

Tout à leur débat sur l'enchainement de chaque vers, débat animé et sonore qui ferait passer le troubadour pour un dérangé parlant à des personnes invisibles, Ausulf a faillit rate le seul paysan qui passait sur ce sentier. Heureusement, le vent venait de sa direction et l'odeur de terre et de purin interrompit immédiatement la conversation interne de l'Errantia qui usa de tous ses charmes et de sa voix la plus suave pour essayer de se débarrasser de ses poissons contre une somme modique.
Mais on n'y prend pas un féru de marchandage tel que ce fermier, habituée a se battre pour conserver chaque pièce ou morceau de viande. Si l'on dit que les rois sont pingres, ils n'ont pas vu l’opiniâtreté d'un homme de ferme qui vend la viande de ses bœufs au millimètre. Ausulf se retrouve donc encore plus épuisée qu'il ne l'avait été après la course-poursuite sur la plage mais il était au moins débarrassé d'un des deux poissons et il avait obtenu quelques pièces de cuivres et d’étain contre celui-ci.
Il fait les comptes rapidement et comprend très vite que s'il veut s'acheter un manteau rouge digne de ce nom, et de nouvelles bottines plus résistantes, il lui faudrait au moins le triple de cette somme. Le mieux serait une pièce d'argent mais il n'obtiendra jamais cette somme en vendant des poissons. Surtout en n'en vendant que deux. Mais il ne perd pas espoir et se dit que si un paysan est passé sur cette route, un autre peut encore venir. Le soleil n'est pas encore près de se coucher et le troubadour a tout le temps du monde pour cela.


La nuit arrive et le poisson commence déjà à sentir. Ausulf aurait mieux fait de se mettre a l'ombre pour sa vente a la sauvette. Son produit n'est plus bon à la vente et les rares pêcheurs qui proviennent de ce village rentrent chez eux en se moquant de lui. Une chose est sure, ce n'est certainement pas eux qui lui achèteront ce genre de nourriture. Surtout qu'ils en ramènent tous au moins un dans leur sac.
Il est temps pour le poète d'abandonner et de partir s'enfoncer dans la foret. La lune est déjà levée et la couleur du ciel prend une dominante rose violacée. Il doit se dépêcher de faire un feu et de revenir auprès de son autre amie, matérielle mais inanimée : sa vielle à roue.
Une fois de retour vers la cachette de son instrument, il commence donc à collecter du bois de différentes tailles puis il essaye de trouver des buches pour pouvoir garder le foyer allumé pendant toute la nuit. A proximité de la mer, la nuit peut parfois être très fraiche et il ne manquerait plus que le jeune Errantia tombe malade pour conclure cette journée éreintante et décevante.

Quand le feu déclenché par ses allumettes a assez bien pris, il embroche le dernier poisson et le laisse griller pendant de très longues minutes. L'eau commence à lui monter à la bouche alors que l'odeur du poisson change pour devenir alléchante. La fatigue, la faim et le manque de nicotine taraudent son corps et torturent son esprit, le replongeant dans un auto-apitoiement insupportable autant pour lui que pour son compagnon spirituel.
- Quand j'y pense, j'aurai bien voulu être sous ma forme de loup pour égorger l'autre petite frappe.
- Et si je le pouvais, je me serai joint aa toi. Mais personne ne t'a obligé a accepter cette mission.
- Tu n'as donc pas vu l’état d'alerte du pauvre vieil homme ? Tu n'as donc pas de cœur !
- Et tu te targues de ne pas en avoir non plus.
- J'aurai du sentir le coup fourré à des lieux de là ! L'odeur du poisson m'a engourdi les sens...
Disant cela, Ausulf retire le poisson du feu et commence à le décortiquer avec sa dague, celle-là même qu'il avait pariée lors de la partie de poker, pour ne pas manger les écailles.
- Je dirais plutôt que tu as encore beaucoup de progrès à faire au niveau de ton instinct et de tes sens.
- On aurait pu croire qu'avoir un loup maitre des vents comme animal-totem m'aurait appris a utiliser la magie de l'air mieux que cela...
- Tu es sans doute encore plus mauvais élève que je ne suis mauvais professeur.
La remarque refroidit considérablement la conversation et les deux âmes connectées s'enferment à nouveau dans un silence bougon. Silence qu'ils gardent chacun pour eux.
Une des premières choses que lui a appris le Grand Loup Blanc est l'intimité et le respect de celle-ci. Ils ont donc développé un système pour couper leur connexion quand ils souhaitent rester seuls ou avoir des pensées qu'ils ne veulent pas que l'autre entende. Couper la connexion est un terme incorrect, disons qu'ils ne limitent plus leurs échanges d'informations involontaires qu'au strict minimum pour que Cerel sache quand le jeune homme a besoin de lui ou qu'il est en danger.
Ce moment permet à Ausulf de penser à tout ce qu'il doit au Grand Loup, sans être influencé par lui, et à quel point il lui est reconnaissant. Sans l'aide de cet animal magique qui vit dans sa tête, sa survie physique aussi bien que mentale aurait été difficile, voire impossible. Il a encore énormément de choses à apprendre de lui et c'est une des rares fois ou il est disposé à cela. Il est enfin prêt à se comporter en élève studieux et à apprendre comment contrôler les vents mais il ne sait pas comment le lui dire... Leur dernier échange tendu, et leur fierté disproportionnée respective, fait qu'il n'osera pas faire le premier pas. Il finit donc son repas dans le silence et s'octroie de fumer sa dernière cigarette. Mais elle n'a pas le goût qu'il espérait. Elle ne calme pas sa dépendance et ne lui offre qu'un sentiment de cendres et d’échec. Elle ponctue donc à merveille cette journée qu'on pourrait classer par niveau de déceptions. De dégoût et de lassitude, il s'endort donc pour essayer de trouver du réconfort dans un sommeil sans rêve.
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Ausulf Ekberson
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MessageSujet: Re: Les Deux Poissons et le Rêve   Mar 7 Juin - 16:58


Épisode II : ... Le Rêve...


Mais ce qui l'accueille dans les limbes de l'Esprit n'est pas l'Oubli, source de repos. Le voilà, sous une forme éthérée, témoin d'une chasse qui lui paraît menée par des Divinités Anciennes. Il est dans les cieux, tel un ange, regardant un spectacle d'une grandeur et d'une complexité qu'il n'a jamais eu l'occasion de voir dans le monde réel. Tout ce rêve vibre de magie et ses yeux sont gorgés de merveilles.
Une montagne escarpée, qui se finit par un piédestal horizontal, domine .un canyon qui cache en son sein une plaine verdoyante traversée par une rivière claire comme un soir de clair de lune. Cette pensée lui fait se demander aa quoi peut ressembler l'astre nocturne dans le Monde des Rêves et il se retourne donc pour découvrir un disque gigantesque, plein, et rempli de nuances d'ambre, de blanc ivoire et laiteux. C'est un paysage digne des Panthéons primitifs, un paysage qui a nourri l'esprit des plus grands poètes et l'infime honneur de pouvoir le visiter ne pourra que nourrir le jeune troubadour. Des vers traversent déjà son esprit et des strophes se dessinent mais il n'est pas là pour créer. Ou pas encore. Il doit déjà assister a ce qu'il appellera la Cène des Grands Loups.

Et c'est par cette idée qu'il aperçoit enfin une forme au sommet de ce piédestal : un Grand Loup d'un blanc aussi brillant que l’étoile d’Hécate qui se tient droit comme s'il régnait sur ce domaine. Comme s'il savait qu'Ausulf le regardait, il penche sa tête en arrière et déploie un hurlement aux nombreuses harmonies et dégageant un son cristallin. C'est un chant qui transperce le cœur et émeut quiconque l'entend, une ode aa la nuit et empreint de mélancolie, mais c'est surtout un appel a la chasse et immédiatement, une meute lui répond en contrebas. Ils ont entendu l'appel et vont s’élancer pour chasser le Cerf Argenté qui paît au bord de l'eau. Lui aussi a entendu l'appel mais sa première réaction n'est pas de fuir, non. Il se retourne en direction du chant polyphonique et se met en position pour charger le premier des loups qui s'approchera impétueusement.
Seulement, les secondes passent et aucun noble membre des canidés ne se fait voir. Des vents d'une force incroyable se lèvent et font battre les branches des quelques arbres qui ornent la contrée. La force de l'air est telle qu'on entend la plainte des végétaux, leurs membres craquant et leurs cheveux se détachant, emportées par les éons. Les minutes passent et il n'y a toujours aucun loup, le vent redouble de puissance et fait reculer le cervinae sans qu'il ne fasse un seul mouvement. L'air est empreint de poussière et de pollen, même la surface de l'eau se retrouve influencée et le courant semble tourner pour accompagner le sens de la tempête. Le nuage de feuille et de poussière qui s'en suit bloque la vue du Cerf et obstrue ses narines, le dévorant de peur. L'affrontement a déjà commencé et il a perdu la première bataille, il se retourne et bat en retraite. Des ailes semblent lui pousser, ou alors le vent le porte, car ses sabots touchent a peine le sol malgré la lourde cadence qu'il fait supporter à ses pattes.
Le cervidé s'enfuit avec une prestance digne de sa race, le simple spectateur ne remarquerait pas les pupilles dilatées et la frayeur qui fait dérayer les battements de son cœur. Une frayeur qui n'est pas prête de s’atténuer bien qu'il s'approche dangereusement de la fin du canyon, sa seule chance de salut.

Et sous les yeux aussi émerveillées que ceux de l'innocence, le musicien peut voir se dessiner des formes. Et sous les yeux remplis d'adoration du poète, le Grand Loup Blanc qui trône sur la vallée entonne un nouveau chant, celui de la victoire et du combat. Sa position a changée, chaque fibre de son pelage s'est dresses et brille en fusion avec la multitude d’étoiles qui veille sur la meute. Et sa queue, qui se levait droite en direction de la lune pointe vers le cerf blanc puis dessine des arcs du bout de ses poils. Ces mouvements travaillés ne disent absolument rien à Ausulf, on dirait une incantation silencieuse mais le but lui échappe encore jusqu'à ce que son regard se dirige inconsciemment vers le fond de la plaine et qu'il découvre un nouveau miracle.
Les vents se réunissent en masses atmosphériques en plusieurs endroits de la vallée. Leur course ne s'est pas arrêtée, loin de là. On dirait que des comètes invisibles suivent un cours a l’opposée de la gravite pour s'envoler toujours plus loin, toujours plus vite, soulignant les monticules et crevasses du fond du canyon, contournant les bosquets et distordant les arbres solitaires qui poussaient jusque là dans la tranquillité. Ces dômes de vents permettent au Cerf de courir plus librement mais ils vont bien trop vite pour lui.
Au fur et a mesure qu'ils s'approchent de leur proie en panique, le joueur de vielle peut entrevoir des reflets blanc, gris, noirs et même d'un marron aussi pur que la terre en friche. Il ne comprend pas de quoi il s'agit et se concentre sur les noyaux de ces simulacres de comètes. Au cœur de ces boules d'airs, d'autres courants se font voir et l'oeil averti permet de discerner petit a petit des formes. Ces courants opposés et qui semblent contre-nature sont en fait des mouvements d'un corps invisible. Chaque dôme est une protection mais aussi une distorsion de l'air qui accompagne les mouvements de pattes, de queue et de gueule des loups, invisibles au premier abord mais qui ne font que faire uns avec l'air et la nature qui les entourent.
A chaque foulée qui les rapproche de l'instant fatidique de la mise a mort, pour compléter le spectacle et permettre au poète de ne rater aucun moment, les corps de ces 4 grands-loups se rendent visibles et Ausulf peut contempler chacun d'entre eux avec la plus grand admiration. Le détail de leur taille de géants n’échappe nullement au troubadour qui comprend très vite que le Loup Blanc qui mène la danse dans cette plaine n'est nul autre que Cerel, son fidèle animal-totem. Mais qui sont donc les trois autres loups, le Noir, le Gris et le Brun ? Et quel est le puissant Roi Canin qui préside le Canyon, du haut de sa montagne ? Ses questions trouveront une réponse bientôt, il n'en doute pas une seconde. En attendant, il doit encore assister au dénouement de cette guerre théâtrale.
Et elle ne tarde pas car les quatre sont déjà a hauteur du Cerf qui tente, dans un dernier effort désespéré, de redoubler de vitesse. Mais la course ne les a pas fatigués une seconde et la distance qui les sépare ne se réduit plus qu'a quelques coups de crocs. Il le sait et, alors que Cerel s'approche de sa gorge et s’apprête a la lui trancher de sa gueule, le noble animal virevolte et le transperce de ses bois, essayant par la même de réduire ses assaillants au nombre de trois. Mais Cerel est autant vent que loup et c'est de l'air intangible que la proie héroïque transperce. Le loup blanc se dissipe tel un nuage traverser par un vent contraire pour se recomposer plus loin, derrière le courageux cervidé.
Les loups l'encerclent, confiants dans leur réussite. Il n'y a pas d’échappatoire possible pour le pauvre animal et ils le savent. Ils accumulent les feintes pour lui mettre les nerfs aa vif, reculant au dernier moment et évitant ainsi les coups de sa ramure. Les genoux du Cerf Argenté vacillent et c'est le signal qu'ils attendaient pour se ruer sur lui et lui porter le coup fatal. Cerel lui mord la patte arrière gauche tandis que le loup gris et le loup noir s'attaquent aux pattes avant. Il n'a pas le temps de riposter ni de s'effondrer car le loup brun prend appui sur ses frères et lui saute sur la jugulaire, la tranchant d'un coup de croc précis et mortel.
Le Cerf est abattu et une mare de sang commence aa s’étendre. Les quatre confrères s'assoient et attendent la venue de leur chef.


La vision d'Ausulf se voile brusquement et le brouillard mystique ne se lève que pour lui montrer un nouveau paysage. Ils sont maintenant à flanc d'une montagne et le poète se trouve entouré de la Meute, mais le Grand Loup couleur de Lune n'est pas présent. Il lui faut un moment pour comprendre que cet animal n’était autre qu'une projection de son âme.
Les quatre sont assis autour de lui et attendent qu'il prenne pleine connaissance de la situation et de ses moyens avant de se mettre aa lui adresser la parole chacun leur tour.
– Tu m'as donné le nom d'un vent alors c'est par cette forme que je t'apparais aujourd'hui, le vent du Nord. Mais il te faut parler aux autres vents pour devenir meilleur.
– Bonjour Ausulf ! Cela fait des années que nous t'accompagnons mais je suis ravi de pouvoir enfin te rencontrer officiellement !
La queue du Loup Noir Extasia s'agite en prononçant ces paroles, signe d'excitation qui confirme son plaisir ainsi que la nature que lui avait associée le poète : celle d'un vent joyeux et aimant, le doux compagnon qui apporte la chaleur.
– Si nous t'adressons si ouvertement la parole aujourd'hui, c'est parce que tu as émis le souhait de devenir plus fort. Mais cela ne se fera pas sans du labeur de ta part.
Comme Ausulf s'en doutait, le vent d'ouest est sombre et synonyme de fatalité. Le Loup Brun Ominus qui a portée le coup fatal au Cerf Argenté est le plus solennel, le plus imposant malgré sa couleur.
– Ton madrigal m'a beaucoup plu et j’espère que tu chanteras la gloire de nos nombreuses chasses.
La langue du Loup Gris Crixto est sortie, pendant hors de sa gueule. Il est fier de lui et de sa meute. Comme Extasia, il ne semble pas belliqueux mais dans la lueur de ses pupilles, on peut discerner une étincelle d’espièglerie que ne s’atténue jamais.
– Et quel était donc ce Loup couleur de Lune ? Et le Cerf Argenté ?
– Des projections de ton esprit, l'allégorie du Maitre des vents et celle de la Vie qui est là pour mourir puis renaitre. Vois !
A ces mots, la tête du loup se tourne et lui pointe les pieds de la montagne. Ausulf regarde a son tour ce qui se passe en contrebas et il voit la magie du cycle naturel : l'essence même de la vie s'insuffle et reprend la forme du Cerf défunt il y a encore quelques minutes.
- La Mort et la Vie ne font qu'un. La seule chose qui reste immuable est le Vent.
- Je vous promet de chanter les miracles de vos chasses !
- Tu n'es pas là pour cela. Tu es là pour apprendre à nous appeler et à nous contrôler.
- La suite de ton sommeil sera moins reposante. Nous allons maintenant te montrer comment nous convoquer.
- Fini de jouer avec les brises. Elles sont utiles pour trouver ta proie et pour repérer tes ennemis mais dorénavant, tu apprendras a utiliser tes crocs pour les achever l'un comme l'autre.
- Nous sommes venus à toi pour que tu deviennes enfin un véritable Maitre des Vents.

Le brouillard se lève à nouveau alors que les quatre se mettent à hurler à l'unisson. La brise rapporte ce nuage d'eau autour d'eux et on entend la terre se changer sous les pieds du poète. L'heure de la leçon a commencé.
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MessageSujet: Re: Les Deux Poissons et le Rêve   Mer 6 Juil - 21:02


Épisode III : ... L'Eveil.


Le brouillard se dissipe et c'est comme s'il avait été transporté dans un autre monde. Le voilà a nouveau suspendu dans les airs mais cette fois-ci, ses pieds reposent sur un roc qui flotte sans aucune difficulté dans les airs. Il regarde autour de lui et voit que de très nombreux rochers sont ainsi en lévitation autour de lui. Certains sont de la taille d'une maison et le poète remercie le ciel qu'ils restent immobiles, tandis que d'autres font la taille de son poing. Mais quelque chose lui dit que ce sont justement des plus petits qu'il doit se méfier !
Un nouveau pressentiment le prend et c'est sans doute un désir masochiste qui lui fait regarder en bas, pour s'assurer de la hauteur aa laquelle il se trouve. C'est donc avec prudence mais certitude qu'il s'avance du bord de son rocher qui doit faire seulement trois mètre carré pour prendre la mesure de sa solitude et du danger dans lequel il se trouve. De la ou il est, il ne voit en contrebas qu'une mer de nuages. Les Grand Loups ont clairement le sens du spectacle car rien dans cette leçon ne devrait nécessiter une telle altitude. Ausulf n'a jamais ressenti le vertige, même suspendu aa une falaise, mais la ce serait totalement inconscient de ne pas avoir peur du vide. Il souhaiterait presque de se réveiller immédiatement car ce rêve prend des aspects de cauchemar, son esprit est a la merci des loups qui ne font qu'un avec le vent. Et il ne leur fait pas si confiance que cela... Quand il est éveillé, ils ne l’emmènent que dans des lieux où se passe un massacre. Surtout qu'il a un vague souvenir d'un conte de bonne femme qui dit que si l'on meurt en rêve, on meurt aussi dans la réalité.
Comme pour répondre aa sa plainte muette, Extasia et Crixto sont les premiers aa réapparaître. Le premier se matérialise en face de lui, assis, alors que le second se permet d'abord d'invoquer une lourde bourrasque qui fait virevolter le rocher flottant sur lequel siège Ausulf, le remplissant encore plus d'effroi et le poussant aa s'accrocher tant bien que mal aa cette terre aérienne.

- Mais de quoi as-tu peur ? Nous sommes là pour t'apprendre quelque chose, pas te tuer!
Crixto apparaît sur un rocher en hauteur et arbore encore cette espèce de faux-sourire goguenard. Il est évidemment fier de la farce et de la frayeur qu'il vient de causer au musicien.
- Ne sais-tu donc pas que tu ne peux pas mourir en rêve ?
Il ne sait quoi répondre aa Extasia, si ce n'est qu'il ne souhaite pas essayer de vérifier cette hypothèse. Apres tout, il ne faut jamais croire ce que disent les esprits dans les rêves, c'est comme suivre les feux-follets dans les marécages. Rien ne lui dit qu'ils n'essayent pas de le tromper. Il attend de voir la suite de cette « leçon » pour se faire une opinion sur ces personnifications du vent.
Et les deux derniers ne se font pas plus attendre, ils apparaissent en même temps, chacun dans une direction différente du poète. Il comprend très vite qu'il fait face aa une boussole et qu'il en est le centre. Est-ce qu'ils vont chacun lui montrer une compétence différente ou est-ce encore une autre mise en scène dans le seul but de le mettre dans l'ambiance de la situation. Toujours est-il que ce décor et ces entrées feraient le plus bel effet si jamais il lui prenait envie de raconter ce rêve. Ce pourrait être le prochain conte qu'il écrira.

- La leçon va commencer. Souhaites-tu que l'on te rappelle comment concentrer ton énergie spirituelle et l'insuffler autour de toi ?
La pique d'Ominus ne rate pas sa cible et il se redresse immédiatement, voulant lui dire ce qu'il pense de cette attitude, mais Cerel prend les devants.
- Faire tourner la brise dans une direction ou une autre ne demande pas tant d'effort que cela. Cependant, tu devras être capable maintenant de créer un courant d'air quand il n'y en a pas ou dans un espace clos. Tant que tu n'y arriveras pas, ce que l'on va te montrer sera superflu car trop compliquée.
- Comme cela demande aussi beaucoup d’énergie, tu pourras imaginer des vers qui serviront d'incantation. Une sorte de prisme sur lequel te concentrer pour manier la réalité sans perdre trop d’énergie.
La première intervention d'Extasia est évidemment la plus gentille, remplie d’amitié et de considération pour Ausulf qui commence aa se poser des questions sur la tournure qu'est en train de prendre ce rêve. Ils se sont tous assis maintenant, chacun sur leur rocher et chacun au point cardinal qu'ils représentent. La leçon a déjà commencé car plus rien ne bouge autour d'eux et le silence règne. Le bruit de sa respiration se répercute dans sa tête et cela le trouble car comment cela est-il possible qu'il sente sa respiration dans un rêve ?
Mais il n'a pas le temps de se poser plus de questions aa ce sujet car voilà qu'Ominus lève sa tête jusqu'aux étoiles pour pousser un hurlement déchirant. Un hurlement aux allures de présage, lui disant que la mort est proche. De l'ouest s’élève alors une bourrasque d'une lourdeur qui l’oppresse et l’empêche de respirer. Le vent d'ouest invoque un mur de vent qui s’étend du nord au sud et qui ramene avec lui toutes les pierres suspendues, même les châteaux de granit. La poussière qui s’élève, prisonnière de cet étau, accompagne et prend la forme de ce mur, obstruant la vue. Ce n'est plus une bourrasque mais une montagne qui se jette sur le poète. Ausulf tente tant bien que mal de se tenir au rocher qui est la seule chose qui l’empêche de tomber mais sans succès. Il est projeté et écrasé par la poussière d'abord, puis par les rochers qui lui brisent les os et enfin par le vent lui-meme qui n'a plus rien d'un vent mais qui ressemble a la charge de la terre même. Il s'affale en contrebas, miraculeusement, sur une autre pierre suspendue alors que le mur se brise enfin.
Toutes ses blessures ont disparues mais il n'a pas le temps de se remettre car Extasia s'est jette sur la plateforme du musicien pour grogner et chanter aa son tour. Alors qu'il le fait, il danse et tourne sur lui-meme, sa queue devenant un bras et un pinceau dessinant un cercle complet et sans faille. Une fois qu'il a fini sa circonvolution, le vent du Sud qui l'accompagne suit le geste et la chaleur de ce vent fusionne de plein fouet avec l'air froid ambiant. C'est un tourbillon qui se forme autour du loup et ce tourbillon prend rapidement plus de forme, plus d'ampleur. L'oeil de cette tornade naissante s’élargit et la violence du vent projette a nouveau l'Errantia qui s’écrase contre un autre rocher, aa l'Est.
Alors qu'il se relève, se demandant pourquoi il ne ressent pas de douleur et surtout pourquoi il ne se réveille pas, c'est une bourrasque concentrée en un filament vertical qui le transperce telle une épée. Il n'aurait pas été le maitre de ce rêve, cette lame de vent l'aurait coupé en deux. Et voilà qu'une autre bourrasque le coupe, suivant le chemin inverse de la première. C'est comme des crocs qui le coupent de part et d'autre. Ce sont des vents froids qui le glace et le terrasse. Le vent du Nord a frappe a son tour. Le spectacle est bien moins impressionnant mais il correspond bien mieux au vent chasseur, fier et impitoyable. La grandeur du Nord est de concentrer autant de puissance en tranchant l'air.
Vient alors le dernier des vents, celui de l'Est qui court avec le soleil, l'accompagnant ou le fuyant en fonction de ses envies. Impossible aa stopper, c'est deux colonnes d'air qui se jouent de la gravité et des lois atmosphériques, c'est deux tourbillons horizontaux qui prennent pour point de départ la position du loup et qui tournent l'un sur l'autre sans cesse, une allégorie puissante de la chasse entre le chaud et le froid, la nuit et le jour. Ces deux tourbillons fusionnent dans leur point d'impact qui n'est autre que le joueur de vielle. La violence du choc est aussi puissante que les trois précédentes et si les deux vents avaient été plus fort, plutôt que de le projeter, cela l'aurait transpercé.

Cette fois, sa chute ne trouve pas de fin. En tout cas, c'est l'impression qu'il a. Les nombreux coups qu'il a pris l'ont fait tomber plus bas que les dernières pierres en lévitation. Il attend donc qu'il se réveille ou qu'il s’écrase au sol d'un monde onirique qui devrait être le sien. Il a le temps de réfléchir, d'assimiler la douloureuse leçon des quatre vents. Il n'aura aucune chance de provoquer ce genre de phénomènes contre-nature. C'est le pouvoir de légendes, le pouvoir d’êtres divins. Il se demande même dans sa chute si la grande Cirahuir possédait ce genre de pouvoir ? Il n'en doute pas une seconde... Malgré sa grande foi, il n’était pas très attentif en cours de « catéchisme » et le peu qu'il aurait pu retenir a été en partie scellé lors de sa première renaissance...
Mais la descente vers le socle de la terre continue et il ne compte même plus les minutes. Il est persuadé que sa chute est synonyme d’échec. Le voilà maintenant maudit, il ne se réveillera jamais de ce rêve et restera ici, prisonnier d'un monde qui ne semble composé que d'air. Aurait-il du supporter le choc des vents sans broncher, sans jamais tomber ? Il se demande quel est l’intérêt d'une leçon qu'on ne peut apprendre et commence aa lâcher prise, son désespoir laisse la place aa une fatalité : qu'il en soit ainsi, que je chute sans cesse, le vent me servant de seul linceul. Et alors que cette dernière pensée se formule dans son cerveau, il commence a prendre conscience sur chaque centimètre de son épiderme de l'air qui l'entoure, des variations de chaleur et de pression atmosphérique, d’humidité et de concentration de poussière. Les changements vont vite mais il a de plus en plus de facilite aa les ressentir. C’était la première leçon de Cerel, celle qui lui procurait le plus de difficulté. Maintenant, sans doute aa cause de l'acceptation de son destin mortuaire, les informations lui viennent d’elles-mêmes. Il lit dans les vents avec plus d'aisance que jamais dans sa vie.
Et tout a coup, les paroles de Cerel lui reviennent. Il doit créer du vent alors qu'il n'y en a pas. C'est la première étape avant de pouvoir maitriser des bourrasques. Alors, il se concentre et essaye de créer un courant ascendant. Il sent l'air qui caresse ses paumes et qui s'enroule autour de ses bras. Il fait maintenant face au vide et tend les bras vers le sol qui lui est toujours impossible de voir. Il ferme les yeux et imagine un courant d'air chaud, nourri par le soleil, il voit le sourire goguenard du loup d'Est et se met aa crier son nom : Crixto. De rage, d'impuissance mais aussi rempli d'espoir, il invoque par ce cri que la chaleur autour de lui se propage en contrebas pour créer une colonne verticale d'air chaud qui, s'il réussit, le propulseront jusqu'aux pierre au dessus de sa tête. Il y arrive, aa sa grande surprise, mais la colonne d'air est bien trop petite pour le porter, avec sa chair et ses muscles mais surtout avec ses os d'homme. La frustration s'empare de lui et il ne se rend pas compte que sa chute s'est mystérieusement arrêtée. Il est debout dans les airs, comme au début de son rêve, et les loups ont fait leur apparition en cercle autour de lui.
- Bien. Tu auras au moins retenu quelque chose de ce rêve.
- Es-tu sérieux ? Ton seul but était de me faire créer des courants d'air ? Apres m'avoir fait étalage de votre puissance?
- Ahahah ! Il te faudra encore des années avant de pouvoir, ne serait-ce qu'imiter ce que l'on vient de faire !
Tous les loups rient aa cette remarque. C'est un nouvel affront aa la fierté du poète mais il encaisse, serrant les dents. Il sait qu'ils ont raison. Il n'est même pas dit qu'il puisse un jour y arriver, pas dans cette vie.
-  Quand bien même, cela demande de s'entrainer et de méditer. Or, tu prends plus de plaisir aa jouer de ton instrument obsolète.
- Votre sens de la mise en scène est plus que douteuse. Quel est l’intérêt de me montrer une puissance dont vous ne me croyez pas capable?
- Te donner matière a composer, peut-être.
- Ou bien te rappeler qu'on ne peut s’améliorer sans travailler?
- Mémorises ce que chacun de nous t'avons montré et utilises notre nom pour invoquer des bourrasques qui ne nous ferons pas honte.
- Comme je te l'ai dit, apprend déjà a créer du mouvement dans l'air quand il n'y en a pas et ensuite peut-être, tu pourras utiliser des bourrasques comme celle que tu as créé pour te propulser.
- Ainsi se termine notre enseignement pour aujourd'hui. Invoque Cerel pour couper, Crixto pour pousser, Ominus pour faire un mur de vent et moi-même pour faire un tourbillon autour de toi.
- Cela te permettra déjà de dévier des flèches ou des coups.
Les loups s’évaporent doucement et avec eux, le monde semble se rétrécir, l'horizon devenant noir et se rapprochant dangereusement de lui. Alors que le noir devient un tombeau puis une carapace, il entend encore un dernier conseil de la part d'Ominus.
- Sois un fils du vent et toujours sens ses caresses maternelles. Et toujours apprécies ses avertissements paternels. Alors peut-être, tu pourras faire plus que de grands coups de vent.


C'est avec ces derniers mots qu'il se réveille dans la plaine, l'aube est naissante et une brume l'entoure doucement, amoureusement. Le feu est éteint et le froid possède déjà chacun de ses membres. C'est un réveil difficile qui l'accueille alors qu'il est courbaturé dans chaque parcelle de son corps. Comme si sa chair portait les coups portés durant son rêve. Il se lève douloureusement et se demande aa quel point ce qu'il a vu dans son rêve vient d'un avertissement de son esprit protecteur et quelle part vient de son imagination.
- Environ la moitié de ce que tu as vécu. Ton esprit a transformé ce que je lui montrais pour que ton cerveau puisse l’appréhender.
C'est donc un mirage que toute la monstruosité qu'il a vu ? La leçon n'est qu'une carotte brandie par Cerel pour qu'il se mette enfin aa l’écoute des vents ? Et que doit-il penser de la « matérialisation » des quatre vents ? Sont-ils réels eux-aussi ? A-t'il plus qu'un loup pour le protéger et surtout pour le conseiller dans sa tête ?
- C'est un secret que je garde encore pour moi pour le moment. Peut-être es-tu simplement fou ? Apres tout, tu n'as jamais cru que les vents te parlaient avant ta première mort.
Une douloureuse vérité, encore une, s’échappe de la gueule du Grand Loup Blanc. C'est une nouvelle estocade, encore plus profonde que celles de son rêve. Ausulf est bien plus pensif encore et se dit que plutôt que de travailler aa sa maitrise du vent, il ferait mieux de composer sa geste du cerf argenté. Mais il se reprend et se rappelle l'impression de grandeur qui se dégageait de chacun de ses compagnons fantasmagoriques, si ce n'est autre chose.
Il réfléchit donc aa ce que chacun a essaye de lui enseigner. Extasia lui a montrer qu'un tourbillon se formait par rencontre d'un vent chaud et d'un vent froid, Ominus qu'une différence de pression atmosphérique énorme pouvait résulter en un mur de vent impénétrable, Crixto que la puissance d'un vent vient aussi de sa vélocité. Que dire de la leçon de Cerel ? Ce qu'il a fait correspond a trancher l'air provoquant ainsi une dépression tellement réduite que son intensité n'en est qu’augmentée. Ce pouvoir s'assimile plus que les autres aa de la magie défiant les lois de la nature.
Il se lève donc et se concentre. Il essaie d’écouter l'air, de le sentir autour de lui comme lors de son rêve et de relâcher son énergie pour obliger l'air autour de lui aa bouger. Cela lui prend beaucoup trop de temps. Il s’énerve et perd sa concentration, n'arrivant même pas a faire bouger l'air, n'arrivant même pas aa créer ne serait-ce qu'une brise. Sa frustration prend de l'ampleur alors que le ciel s'illumine. La brume reste et il n'arrive même pas aa la dissiper. Sa colère est étrangement nourrie par le silence de son loup qui reste patient aa attendre qu'il réussisse son coup. C'est de la colère liée aa sa propre faiblesse, sa propre impuissance.
- Commence par sentir l'air. Tu t'es amélioré mais il te faut encore de l'entrainement...
Ausulf n'arrive pas aa retenir son soupir de lassitude. Ce n'est pas comme cela qu'il arrivera aa être plus fort... Mais il se reprend et fait le vide dans son esprit. Le vent est son père et sa mère, c'est ce qu'Ominus lui a dit. Donc qu'ils l'entourent et le cajolent. Au bout d'une ou deux minutes, son silence porte ses fruits et il peut « entendre » toutes les variations de l'air aa mesure que la brise change. Il analyse les pressions et l’humidité, la température et l’intensité. Il reste aa s'immerger de plus en plus jusqu'à ce qu'il se sente enfin prêt et là, il fait un mouvement rapide de la main dans lequel il met son cœur. Le vent tourne immédiatement mais il devient aa peine plus fort. Ce premier essai est réussi mais ridicule comparé aa ce qu'il a vu en rêve. Mais il persevere ! Ou plutôt, il persévérerait si Ominus ne s'était pas adressé aa lui :
- Pars pour Horizon-sur-mer. Il y a quelqu'un que tu dois y trouver!
Ausulf perd toute sa concentration. Ils peuvent maintenant s'adresser aa lui directement ? Sans passer par le reve ? Les vents lui parlent vraiment ? Ce n'est plus un murmure indistinct ni une impression forte ?
- Tu es aa l'ecoute des vents, il est donc normal que nous te parlions!
- Et où se trouve Horizon-sur-mer ?
- De l'autre côté du Golfe.
- QUOIIIIII ???

Se faisant ! Il écarte les bras dans un geste de fureur et sa véhémence se transfigure dans une très forte bourrasque qui rejette la brise autour de lui. Sa colère semble plus porter de fruits que sa méditation... Et pour honorer son succès, seul le silence le félicite. Il grommelle et essaye de leur faire changer d'avis mais personne, pas même Cerel, ne lui répond.
Ils ne lui reparleront que s'il se met sur la route. Et quelque chose dans l'air lui dit qu'il doit se dépêcher... Il enfourne donc son manteau et sa vielle et part. Ce n'est pas tout de suite qu'il arrivera à s'acheter des cigarettes.
FIN

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