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 Ritournelle loin du froid de novembre

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Ai-Li Fang
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Umbra

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MessageSujet: Re: Ritournelle loin du froid de novembre   Ven 2 Sep - 14:05

La discussion prenait un tournant plus qu'intéressant. Le jeune homme paraissait tout agité, ému, presque, entre deux bouchées mais les paroles qu'il prononça avec hésitation firent tout à fait sens pour Novembre.

Néanmoins elle ne laissa rien filtrer de ses pensées, restant songeuse un certain moment avec sa tasse de thé au bord des lèvres.  


Tu as un flair incomparable ma douce.
Oui ? Je ne m'attendais pas à ça tout de même. Le petit Port de Vaillant...
Agis finement désormais et la prime sera tienne.
Hum.
Et bien quoi ?
Je ne sais pas trop...
Oh toi, tu as une idée derrière la tête.
Nous verrons bien.

Novembre mit fin à la transmission mentale avec Ai-Li pour revenir à son invité. Ce dernier attendait d'ailleurs avec impatiente ses réactions. L'apothicaire trouvait son air perdu amusant, d'autant plus maintenant qu'elle connaissait son identité. Elle l'avait considéré jusque là comme un petit jeune, presque un enfant, alors qu'il devait être plus vieux qu'elle de quelques dizaines d'années. Hilarant.

Délicatement, la dame posa sa tasse sur la table et prit la parole.

~ Bien sûr, je connais la famille Port de Vaillant du Comptoir du Dragon. Je les ai déjà croisé en allant chercher mes commandes. Et ils m'ont sûrement acheté quelques douceurs de temps à autre.

Elle releva alors les yeux vers le petit flûtiste, un air préoccupé sur le visage.

~ Leur fils a disparu, effectivement, de ce que je sais. Cependant, tu ne corresponds pas vraiment à sa description. Je ne l'ai jamais rencontré personnellement, mais je sais qu'il est, ou était, blond comme les blés.

Novembre finit par se lever, sentant que ses paroles étaient plus dures qu'elle ne l'aurait voulu, et vint s'asseoir à côté de son protégé pour poser ses mains sur ses épaules, lui apportant ainsi un peu de soutien.

~ Dans ton état actuel, il est de toute façon difficile de t'imaginer comme le fils de quelconque grande famille. Et comme je l'ai dis, il y a plus urgent pour le moment. Je comprends que ce soit perturbant pour toi, et que tu aies envie de combler à tout prix le vide de ta mémoire; cependant il ne faut pas négliger ton corps et ta santé.

Elle lui caressa doucement les cheveux, décalant une mèche derrière son oreille pour voir son visage émacié et le couver d'un regard protecteur. Novembre semblait réfléchir de nouveau, pendant qu'elle laissait à son flûtiste toute liberté de mouvement. Il n'avait pas grand chose à faire pour se retrouver au creux de l'étreinte rassurante des bras de son hôte, ou préférer poser la tête sur ses genoux et cacher ses pleurs dans la douceur de ses jupons, ou encore simplement se resservir à boire ou à manger.

Quelques minutes s'écoulèrent ainsi, et finalement Novembre reprit la parole, d'une voix de velours, douce et faible mais caressante, réconfortante.

~ Si tu es d'accord, voilà ce que nous allons faire : tu vas rester en sécurité ici le temps de te remettre sur pied. Quand je ne serais pas là, Avril que tu as déjà vu, restera avec toi. Elle n'est pas très bavarde mais elle est prévenante et chaleureuse, tu n'auras rien à craindre en sa compagnie. Nous te garderons ici en secret pour commencer. Qui que tu sois, il est évident que quelqu'un a voulu te faire du mal, il faut donc avant tout t'en protéger.
Pendant ce temps, je mènerais ma petite enquête pour démêler cette histoire. Avec les informations que je glanerais et celles qui remonteront sûrement à ton esprit, nous arriverons bien à avoir le fin mot de cette histoire. Et une fois toutes les cartes en main, tu pourras choisir ce qu'il convient de faire. Qu'en dis-tu ?


De nouveau, dans un geste très naturel, la main de Novembre vint se perdre dans la chevelure sombre et en pagaille du jeune homme.    

~ Si tu ne veux pas de mon aide, reste au moins cette nuit. Je te ferais chauffer de l'eau quand tu auras fini de manger pour que tu te laves et t'habille. Et tu auras ce qu'il faut pour te reposer.

Là-dessus, elle lui sourit gentiment et s'écarta un peu pour le laisser réfléchir et ne pas trop l'envahir.




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Shataal Port de Vaillant
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Errantia

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MessageSujet: Re: Ritournelle loin du froid de novembre   Ven 2 Sep - 17:43

Quand son hôte reprit la parole, Nameless était pendu à ses lèvres. Quand elle lui annonça que, oui, le fils Port de Vaillant avait disparu, il en aurait sauté de joie. Il n'était pas fou, ses souvenirs étaient exacts finalement ! Mais sa joie fut de courte durée, et les mots suivants claquèrent pour lui comme une sentence. Oui, on le lui avait déjà dit et lui-même le savait, Shataal était tout son contraire, blond aux yeux bleus et noble de stature. Nameless se prit la tête entre les mains, cachant ses yeux humides et son demi-sourire débité. Car il rirait de lui-même, il se moquait de sa propre stupidité. Croire que lui, le gamin brun habillé de haillons puisse être l'héritier Port de Vaillant... Mais par Cirahuir, que lui était-il arrivé pour qu'il s'oublie au point de se croire quelqu'un d'autre ?

Le contact de la Grande Dame le fit frémir et il ravala ses larmes, pour rester digne. Il releva la tête et se servit encore un peu de thé, mais quand le liquide chaud et parfumé coula dans sa gorge, les larmes furent de nouveau là, traitresses. Car ce simple breuvage lui rappelait tant de choses qu'il n'osait pourtant pas se souvenir. Il ne savait plus s'il devait pleurer une vie qu'il avait perdue, où envier une vie qu'il n'avait jamais eue. Perdu, il reposa la tasse et écouta distraitement son hôte lui dire de prendre soin de lui. Dans l'immédiat il aurait acquissé à n'importe quoi tant il se sentait mal.

La douce caresse dans ses cheveux ne l'aidait pas à rester calme. Vaincu, par l'attention dont il était la cible et qui ne lui avait que trop manqué, par cette ambiance sécurisante si loin du froid glacé de la rue, par cette cruelle incertitude concernant sa propre identité, les larmes tant retenues coulèrent enfin. Pudique, Nameless tenta de les cacher de ses paumes, étouffant ses sanglots, les larmes silencieuses marquèrent ses jouent. En même temps, son corps s'affaissa, réclamant le contact rassurant, mais il était assez digne pour ne pas s'effondrer totalement.

Prévenante, son hôte sembla attendre que le flot de son désespoir se tarisse avant de reprendre la parole d'une voix douce. Nameless releva son visage qu'il espérait peu marqué par son moment de faiblesse. Il l'écouta avec attention avant de répondre en inclinant respectueusement la tête :

"Votre générosité est sans bornes et je ne saurais jamais vous remercier assez pour toute l'aide que vous m'apportez. Mais je n'accepterais pas cette aide sans contrepartie. Laissez-moi vous rendre service, je peux travailler, dites-moi simplement comment vous être utile."


Dernière édition par Shataal Port de Vaillant le Dim 4 Sep - 18:09, édité 1 fois
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Ai-Li Fang
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MessageSujet: Re: Ritournelle loin du froid de novembre   Sam 3 Sep - 0:08

Monstre de douceur et de délicatesse, Novembre serra le jeune homme dans ses bras. Pudiquement, il cachait son visage entre ses mains, ce qui l'empêcha de voir le petit sourire triste que sa bienfaitrice arbora en prenant soin de lui.

De quoi avait-il l'air le fils Port de Vaillant à pleurnicher ainsi dans les bras d'une femme qui lui était d'un rang bien inférieur... Novembre aurait pu s'en réjouir, mais elle n'y parvenait pas. En cet instant, il n'y avait pas de noms ou de rangs qui tenaient. Il y avait juste un garçon perdu qui pleurait à côté d'elle. Il aurait fallu être sans coeur pour ne pas réagir comme elle le fit.

Douce mais ferme, elle l'enferma dans la prison de ses bras d'albâtre, lui frictionnant le dos pour le détendre d'une main, l'invitant à se laisser aller, libérer ce trop plein d'émotions qu'il gardait au fond de lui.

~ Ne retiens pas tes larmes, fit-elle tout bas, ce n'est pas un mal de pleurer. Il faut simplement le faire auprès des bonnes personnes.

Tout en parlant, son autre main vint caresser les cheveux du jeune homme, l'attirant davantage contre elle. Pouvait-il entendre son coeur battre sur un rythme tranquille à travers le corset ? Elle l'espérait, vraiment, puisqu'elle-même lorsqu'elle se mettait à pleurer, aimait se calmer en écoutant battre le coeur d'un ami. Sa seule amie. Ai-Li. Elle entendait son petit coeur de reptile emplir l'air tout autour d'elle et elle la sentait se blottir contre son cou dès qu'elle fermait les yeux. La vipère ne la quittait jamais, elle sentait toujours sa présence enroulée discrètement autour de sa cheville, mais dans ces cas-là, il n'y avait rien de comparable.  

Avec patience, l'apothicaire attendit que les larmes se tarissent et que son protégé reprenne ses esprits avant de tourner à nouveau les yeux vers lui. Les pleurs avaient marqué ses joues déjà creusées de sillons rouges. Elle ne voulait pas rendre l'expérience plus difficile ou humiliante, mais elle ne résista pas à l'envie de tirer un petit mouchoir brodé de sa poche pour essuyer les dernières gouttes salées qui perlaient aux coins des yeux.

La gratitude qu'elle lut dans le regard du flûtiste l'amusa un peu. Pauvre garçon, songea-t-elle, si tu savais ce qui t'attendait. Une petite boule se forma au fond de sa gorge, une émotion un peu trop vive à son goût qu'elle camoufla avec brio en mettant de nouveau une distance respectable entre elle et le garçon.

~ Allons, allons, ne sois pas si prompt aux promesses.

Le regard malicieux de Novembre agrémenta son sourire.

~ Je ne comptais pas t'offrir gratuitement le gîte et le couvert, de toute façon. J'ai besoin de tes talents de flûtiste pour ma mésange, tu te souviens ?

La belle joua un instant avec ses propres cheveux, vérifiant que sa toilette n'avait pas bougé depuis qu'elle l'avait mise en place. Du coin de l'oeil, elle avisa par la même occasion un croissant qui l'appelait. du bout des doigts, elle en picora quelques petits morceaux, les laissant fondre sur sa langue en savourant le goût salé du beurre et celui du sucre caramélisé.

~ Mais pas avant que tu sois lavé. D'ailleurs si tu n'y vois pas d'inconvénient, j'aimerais t'examiner une fois que tu seras propre. Je ne suis pas guérisseuse mais j'ai quelques notions et je voudrais m'assurer que tu es en bonne santé. Ce serait dommage de ne pas te soigner alors que tu es chez la meilleure apothicaire de la ville.

Elle ponctua sa dernière phrase d'un clin d'oeil en bombant un peu trop le torse de façon à détendre un peu l'atmosphère.




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MessageSujet: Re: Ritournelle loin du froid de novembre   Dim 4 Sep - 18:08

A sa réponse, Nameless serra sa flûte entre ses doigts. Oui, ça il pouvait faire. Il hocha la tête à la suite de la phrase et eut le mérite de sourire à la boutade. Quand il ne resta que des miettes sur le  plateau de viennoiseries, la maîtresse des lieux appela une fois de plus sa servante pour qu'elle apporte tout le nécessaire à la toilette du corps émincé et poussiéreux de son invité. On installa alors une sobre bassine de bois qu'une couche de tissu permettait d'imperméabilisée. Elle fut remplie d'eau chaude et l'on apporta une serviette, du savon et une éponge. Quand son hôte lui demanda s'il voulait de l'aide, Nameless leva les mains et affirma qu'il pouvait se débrouiller. Heureusement, personne n'insista et on lui laissa un peu d'intimité. La bassine étant petite, Nameless se servit simplement de l'éponge pour rincer son corps après en avoir décollé les haillons crasseux. En rejetant dans un coin ces bouts de tissu qui ne pouvaient plus vraiment être appelés vêtements, Nameless se sentit déjà assez mal. Il était probable que sa bienfaitrice fasse bruler ces ordures. Mais quand il constata que l'eau noircissait à chaque passage de l'éponge sur son corps, il se dit que vraiment, il était tombé très bas. Comment aurait-il pu savoir que cela était en partie dû aux colorants qui imbibaient ses cheveux ?

Désireux d'être tout propre, Nameless lava consciencieusement chaque partie de son corps. Il osa même demander à ce qu'on change l'eau une fois, mais dès qu'il lava ses cheveux, l'eau se noircit à nouveau. Frustré, mais se sentant pourtant bien plus propret qu'il y a quelques minutes, il décida de ne pas trop s'en formaliser et se contenta de savonner ses cheveux une fois de plus. Après tout ça, un œil très attentif aurait pu voir la légère différence de couleur de ses cheveux désormais un brin plus clairs. Il prit son temps et ne cessa de manier l'éponge que quand il fut sûr que plus aucune particule de poussière ne souillait son corps. Une fois cet objectif atteint, il entreprit de s'habiller avec les vêtements que cette chère Avril avait ramenés pour lui. C'était des habits de servant, une simple veste d'un tissu banal, mais de qualité et un pantalon semblable. Mais en cet instant, c'était déjà le grand luxe pour Nameless, un luxe qui sentait bon le savon et dont il huma le parfum avec bonheur.

En s'habillant, le jeune homme capta son reflet dans le miroir en pied posé contre le mur. Alors il eut un temps d'arrêt, il détailla un long moment ce corps d'une maigreur à faire peur, aux joues creuses et aux lèvres gercées par la soif. Triste d'abord, puis coléreux, devant ce reflet qu'il ne reconnaissait pas, le jeune homme essaya alors de mettre de l'ordre dans ses cheveux. Mais c'était peine perdue, il aurait fallu au moins une paire de ciseaux pour discipliner ses mèches inégales. Avec un soupire de frustration, Nameless laissa son oeil glisser sur sa peau un peu pâle, mais surtout marquée... trop marquée. Pour la première fois, il regarda bien en face cette horrible cicatrice qui barrait son visage, mais aussi toutes les autres. Ces lignes blanchâtres, tracés irréguliers sur sa peau, qui zébraient ses bras, son torse, son dos ou ses jambes. Aucune partie de son corps n'était épargnée. Parfois, des zones plus blanches semblaient signaler les endroits où la peau avait été brulée, ou peut-être arrachée.

Prudemment, avec hésitation, Nameless approcha ses doigts de sa propre peau, et il l'effleura en frissonnant, sentant avec dégoût la texture irrégulière, bosselée. Pourtant il continua, se fit violence, pour laisser ses mains courir sur la peau meurtrie, tentant de se réapproprier ce qui aurait dû toujours rester sien : son propre corps. Mais l'endroit le plus marqué était son dos, aussi il resta un moment à demi tourné devant le miroir, dessinant de son œil valide les contours des cicatrices qui s'étalaient sur sa peau comme-ci il avait reçu des dizaines de coups de fouet. La douleur semblait encore présente, irradiant sa chair jusque dans ses os. Le souvenir de ses propres cris et celui du ricanement mauvais qu'il les accompagnait toujours. Un claquement régulier dans l'air, une odeur de sang et de brulé, et ses propres pleurs.

Quand il reprit ses esprits, Nameless était prostré sur le sol, secoué de frissons, haletant, un flot impétueux s'écoulant de son œil sur sa joue. Il renifla bruyamment en calmant tant bien que mal son souffle erratique. Il prit appui sur le plancher, serra les vêtements propres, en huma l'odeur, accrocha du regard la fenêtre. Autant de preuves que cet enfer était terminé. Il eut soudain peur que quelqu'un le trouve dans cet état de faiblesse. Aussi, rapidement, il se leva et fini de s'habiller avant de se rincer le visage. Il y imprima le sourire heureux de quelqu'un qui se sent propre, rassasié et en sécurité, repoussant dans les ténèbres de son esprit les ombres de son passé. Alors il sortit, trouva son hôte à qui il laisserait le soin d'examiner son corps en tentant d'en occulter les conséquences : qu'elle y verrait marquée à jamais toute l'étendue de sa détresse.
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Ai-Li Fang
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MessageSujet: Re: Ritournelle loin du froid de novembre   Lun 19 Sep - 0:08

Comme convenu, Novembre donna ses directives à Avril pour mettre de l'eau à chauffer et se dépatouiller avec le matériel à bord du laboratoire pour improviser une bassine. Il n'y avait évidemment pas de quoi se baigner, malgré la petite pièce aménagée au-dessus, l'endroit restait une boutique, pas un lieu de vie.

Quand tout fut prêt, les deux femmes disposèrent le nécessaire de toilette à l'étage, tandis que leur invité finissait tranquillement de dévorer tout ce qu'on avait daigné lui donner à manger. Novembre espérait que cela suffisait à caler l'estomac maltraité du jeune homme, tout en réfléchissant à comment le nourrir les jours à venir. Sucreries et tasses de thé ne seraient pas suffisant à long terme pour qu'il retrouve des forces et cuisiner sur place s'avérerait compliqué.

Toute à ses pensées, Novembre expliqua mécaniquement l'utilité de ce qu'elle avait amené, le savon au calendula pour aider à désinfecter la peau et eau parfumée avec quelques gouttes de concentré de camomille pour apaiser le corps et l'esprit. Quant au reste, elle avait glissé une éponge douce dans la bassine et déposé un grand drap sur le rebord du lit pour qu'il puisse se sécher.

Ceci fait, les deux femmes s'esquivèrent, Novembre précisant avant de fermer la porte qu'il n'avait qu'à appeler en cas de besoin et quand il aurait fini. Là-dessus, elle lui adressa un dernier sourire chaleureux et le laissa en paix.

Tout le temps qu'il passa à se laver dans l'eau de la première bassine, Novembre descendit dans son laboratoire pour discuter avec Avril de la suite des événements.

~ Quand je ne serais pas là, tu devras t'occuper de lui. Fais de ton mieux pour qu'il ne manque de rien mais qu'il reste sagement là-haut. Je ne veux pas que nos clients le voient.

Avril avait l'habitude de chaperonner les nouveaux protégés de Madame, qui étaient plus ou moins fréquents, selon son humeur et ses besoins. C'est pourquoi elle n'avait pas été surprise d'être mandatée pour les petites courses de dernière minute ni de voir l'état déplorable du garçon. Elle-même ne devait pas avoir meilleure mine le jour où Madame l'avait recueillie. En revanche, c'était la première fois que sa patronne prévoyait de garder quelqu'un à la boutique et exigeait une telle discrétion. Avril ne cacha pas sa surprise, interrogeant Novembre d'un regard plein d'incompréhension.

Mais avant que cette dernière ne puisse répondre, la voix de leur invité retentit depuis l'étage.

~ Je t'expliquerais plus tard, ne t'en fais pas.

Novembre caressa affectueusement la joue de son employée en se levant, passant à côté d'elle pour remonter les marches et s'enquérir des désirs du jeune Port de Vaillant. Il réclamait une autre bassine d'eau d'un air tout gêné, aussi Novembre s'empressa de récupérer la première et de la descendre, interpellant Avril pour qu'elle remette de l'eau à chauffer depuis le haut de l'escalier.

Les deux complices se mirent à l'oeuvre pour exaucer la demande de leur invité aussi vite qu'il puisse être humainement possible de le faire : après avoir relancé le feu en bas et changé l'eau de la bassine, Avril remonta l'eau propre et parfumée par le savoir de sa patronne. Pendant tout ce temps, Novembre resta perplexe devant la noirceur de l'eau qu'elle venait de jeter. Car en effet, son oeil d'apothicaire lui révéla sans grande surprise que la teinte sombre ne tenait pas qu'à la saleté mais à une sorte de teinture, comme on en utiliserait pour colorer les tissus. Ou les cheveux.

Elle-même recevait les poudres d'herbes des pays chauds pour créer divers teintes de la plus claire à la plus sombre. Mais ce genre de denrées coûtait cher au Comptoir du Dragon. Et le produit prêt à l'usage bien plus encore, de sorte que seules quelques rares clientes pouvaient s'offrir ces artifices sur le long terme. Compte tenu de la couleur de l'eau, ce devait être le premier lavage du produit, mais au fur et à mesure, si le jeune homme restait sous sa coupe et bénéficiait de ses bons soins, ses cheveux finiraient par s'éclaircirent et la repousse laisserait voir le blond cendré naturel.

Novembre soupira doucement : à moins d'appliquer secrètement un équivalant de la teinture régulièrement aux cheveux du jeune Port de Vaillant, l'échéancier de la belle prendrait fin dans deux ou trois mois. D'ici là, si elle voulait obtenir ce qu'elle désirait, elle devrait faire en sorte que le garçon lui offre sa confiance, aussi totale que possible. Un pari dangereux, qu'elle avait pourtant choisi sans la moindre hésitation depuis qu'elle avait su.

Lorsqu'Avril reparut, elle lui sourit faiblement.

~ Tu as toute ma confiance, Avril, alors écoute bien ce que je vais te dire et n'en révèle pas un mot. Qu'importe qui t'en fais la demande, qu'importe les titres ou l'apparence, même à moi, n'évoque plus jamais ce que je vais te dire dès que cette conversation sera close.

Un peu déboussolée par cette déclaration, la jeune fille prit un siège et acquiesça. Jamais elle ne trahirait sa Maîtresse. Quoi qu'il arrive.

~ Le jeune homme là-haut est un héritier d'une grande maison que l'on a souillé. C'est un pur hasard, à vrai dire, qu'il se soit retrouvé ici, mais maintenant qu'il est là et que je connais son identité, tu comprends que je ne peux pas le laisser partir. Il en va de sa propre sécurité, comme de la nôtre : quelqu'un a voulu l'évincer et tant que je ne saurais pas s'il s'agit d'un cas de vengeance unique ou une nouvelle attaque contre l'ordre établi de notre société, il est hors de question de prendre le moindre risque.

La belle saisit la main de son employée avant de conclure.

~ Je ne tolérerais pas qu'on mette ma famille en danger. Puis-je compter sur toi ?
- Maintenant et à jamais, souffla solennellement Avril.  

La fierté mêlée de douceur se lut sur le visage de l'apothicaire quand son regard vairon parcouru le visage d'Avril, juste avant qu'elle ne se lève, pour aller guetter à la porte de leur convive. Mentir à Avril ne lui plaisait guère, mais elle n'avait pas vraiment le choix si elle souhaitait la protéger. La vengeance parfois, demande des sacrifices bien lourds à porter. Heureusement, il restait Ai-Li et sa présence réconfortante. L'esprit était aux aguets, curieux de comprendre où voulait en venir Novembre et ce qu'elle espérait de plus que la prime. Pour l'heure, elle n'avait pas accès aux pensées de la belle et comme à son habitude se montra discrète, préférant observer de son propre chef qu'exiger des réponses. Ai-Li était patiente et Novembre devait l'imiter car elle trouva porte close en arrivant en haut des escaliers.

La veuve Fang ne chercha pas à entrer, mais comme son totem, elle écouta, en silence, pour deviner ce qui se passait de l'autre côté. Elle perçut alors des sanglots lointains, atténués par la porte de bois et la distance. Le masque de son visage ne cilla pas mais son coeur sous sa gangue de glace se serra un peu. Elle ne pouvait pas s'empêcher d'imaginer la détresse de ce petit être perdu de l'autre côté de la porte, le désespoir qui l'habitait, la lucidité terrifiante de sa condition passée. Il devenait quelqu'un maintenant qu'on l'avait sorti de la boue et le processus ne pouvait que lui faire comprendre avec âpreté sa condition misérable des derniers mois. Novembre extrapolait sans doute, et sa conscience lui criait que son calvaire à elle n'avait eu rien de comparable avec le petit émoi d'un garçon qui était né riche et avait découvert la dureté du véritable monde. Seulement sa figure rachitique, son air innocent et perdu et puis ses pleurs ne pouvaient faire qu'écho à ce qu'elle avait vécu, il y avait de longues années de cela quand on l'avait propulsé à son tour dans un monde enchanteur auquel elle n'avait même jamais rêvé. Elle se souvenait la douleur puis la haine. Elle se souvenait l'amertume envers ce monde qui ne faisait rien, les promesses faites dans l'ombre et les résolutions gravées dans son coeur. Mais elle ne souhaitait à personne de connaître les mêmes tourments.

Un élan la poussait à ouvrir la porte et serrer le garçon dans ses bras, lui dire les mots auxquels elle n'avait jamais eu droit et qui auraient pu réchauffer son coeur abandonné à la force du vent. Seulement voilà, elle ne pouvait pas. Ce jeune homme ne pouvait pas recevoir ce don. Novembre ne passa pas la porte, elle n'offrit aucun baume pour apaiser ses tourments, pas plus que son épaule compatissante pour pleurer. Malgré la déchirure que cela provoquait chez elle, elle resta de l'autre côté, et en femme cruelle écouta jusqu'au dernier sanglot sans rien faire, laissant le garçon en proie à la douleur et à ses doutes. Seul. Désemparé, elle l'espérait. Tout comme elle espérait qu'il soit plongé dans le désespoir, un abîme qui lui cacherait le ciel et le soleil.

Une place sombre dont elle serait la seule lumière.

C'est pourquoi, elle finit par retourner à son comptoir et attendit en compagnie de sa jolie mésange au chant triste qu'on vienne la réclamer. Que le calvaire soit trop dur à endurer en solitaire.

Et devant le sourire de façade que lui renvoya le garçon quand il acheva de se vêtir, elle resta interdite. Puisqu'elle l'avait entendu pleurer, elle remarqua les petites rougeurs sous ses yeux, mais elle ne décela au premier abord aucun désespoir. Tout juste une légère appréhension, comme s'il avait peur qu'elle le jette dehors en manquant à sa parole.
Peut-être était-il plus fort qu'elle ne l'avait songé, ou bien s'était-elle seulement laissée troubler par ses propres souvenirs.

Quoi qu'il en soit, quand elle le vit arriver, elle lui retourna un sourire satisfait, tout en prenant le temps de le détailler avec bienveillance.

~ Tu dois te sentir mieux comme ça, lança-t-elle d'un air guilleret en attrapant un petit panier plein de baumes et autres produits d'une main et le bras de son invité de l'autre.

Ils remontèrent ainsi à l'étage, Novembre s'enquérant du bien-être du jeune homme après sa toilette, ainsi que de son avis sur les produits qu'elle lui avait fait utiliser. Elle lui demanda ainsi s'il avait apprécié l'odeur de l'eau, ce qu'il avait pensé du savon, si la texture lui avait paru agréable et ainsi de suite. Les questions étaient basiques, fondées seulement sur des faits et des ressentis, mais elle écouta avec attention les réponses qu'il lui retournait.

Bien qu'elle semblait intarissable sur les questions qu'elle pouvait lui poser autour d'une simple toilette, la dame fit une pause dans son laius en s'asseyant sur le divan à côté de son protégé. Son regard vairon tomba alors sur lui comme une plume caressante sur son visage et elle posa une dernière question, avec sa délicatesse coutumière et toute sa douceur.

~ Acceptes-tu que je te regarde ? Elle posa la main sur les affaires qu'elle avait monté mais ne le quitta pas des yeux. J'ai ce qu'il faut pour apaiser tes souffrances. Si tu m'y autorises.

L'apothicaire avait choisi ses mots avec soin, malgré leur apparente spontanéité. Et elle attendit un accord, un véritable oui pour commencer, doucement, à mesurer l'étendue des dégâts et passer une fine couche de baume, frais et apaisant, partout où cela lui semblait nécessaire. Sans rien dire, sans s'épancher, avec un regard bienveillant mais professionnel, l'intrigante veuve Fang menait son office.
 




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MessageSujet: Re: Ritournelle loin du froid de novembre   Lun 19 Sep - 21:53

Le jeune homme remercia encore sa bienfaitrice, puis il se sentit un peu bête quand elle l'interrogea sur les produits de toilette. Il faut dire qu'il était si pressé d'être tout propre qu'il avait à peine fait attention a ce qu'il utilisait. Et puis ce n'est pas comme s'il avait vraiment de quoi comparer, il avait la sensation de ne pas avoir pris de vrais bains depuis des lustres. Bien sûr il s'était lavé dans l'eau froide des rivières en compagnie des nomades, mais ce n'était pas pareil. Il devinait qu'il avait eu ici la chance d'utiliser des produits luxueux ou au moins coûteux. Aussi il tenta de lui donner une réponse la plus construite possible, se fiant à ses sensations en essayant de ne pas se demander d'où elles pouvaient bien lui venir. Il lui décrit la texture agréable mais peu mousseuse du savon et comme le parfum de l'eau lui avait semblé rassurant. Il essaya d'être plus objectif qu'un homme qui se lavait enfin après des jours et des jours sans ce plus simple droit et qui considérait donc cela comme un cadeau des anges, mais il ne fut pas sûr d'y arriver.

Quand il fut assit sur le divan, il sentit l'angoisse l'envahir. Quand elle s'assit à côté de lui, cela se transforma en peur. Son malaise se voyait dans la tension de ses muscles et au fond de son œil valide. Pourtant il encore à peu près calme. Puis elle lui demanda l'autorisation et là il détourna le regard. Il déglutit mais lui donna un oui timide. Elle eut la prévenance de commencer par le plus évident : l'horrible cicatrice qui le défigurait. Ainsi il eut juste à regarder ailleurs pour éviter de voir le dégoût qu'il imaginait dans ses yeux. La chose était boursoufflée par endroit mais par miracle elle n'était ni ouverte ni infectée, comme si on l'avait cautérisée au fer rouge. A moins que la Dame Fang ait des produits miracles pour améliorer un peu l'aspect de la peau abîmée, il n'y avait pas grand chose à faire de ce côté.

Jusque là, le jeune patient était tendu mais il arrivait à rester calme. Puis il du enlever la chemise au tissus grossier pour laisser l'apothicaire faire son travail. A ce moment, il eut la sensation effrayante d'abandonner son dernier bouclier. Il fit tout pour éviter de croiser le regard de la Dame et ferma son œil en détournant la tête. Il serait mort de honte. Mais quand les mains étrangères frôlèrent sa peau il frissonna  brutalement. Malgré la chaleur de la pièce qui contrastait avec la fraicheur du baume, son corps réagissait par instinct, comme s'il s'attendait à ce que le prochain passage se transforme en un coup douloureux. Une douleur qui était d'ailleurs toujours présente sous sa peau, un souvenir dont il se serait bien passé. Il comprit à ce moment que si ses premières suppositions sur ce que désirait la Grande Dame avaient été exactes, il aurait été bien incapable de la satisfaire. Essayer de se réapproprié ce qu'il était devenu avait été un exercice bien difficile tout à l'heure. Mais laisser un autre le toucher était une véritable torture pour sa volonté. Il lutta durant ce qu'il lui sembla être des heures mais qui aurait très bien n'être que quelques secondes. Il lutta contre ses tremblements, son souffle saccadé et son envie de fuir, loin, très loin. Dans un endroit où il ni les doigts de l'apothicaire ni plus aucun souvenir emplit de souffrance ne pourraient l'atteindre

A un moment, après un énième passage de ces mains pleines de baume sur sa peau, quelque chose craqua en lui. Le jeune homme se leva alors brusquement et fuit pour être hors de portée, couvrant son corps de la chemise dans l'espoir vint de se protéger d'un danger qui n'était plus présent que dans son esprit. Alors son unique oeil s'ouvrit sur une pupille d'un bleu glace très particulier. Aussitôt, un grondement qui n'avait rien d'humain sortit des tréfonds de sa poitrine. Mais cette mise en garde adressée à la Dame était tout qu'Haiiro pouvait faire. Tant que son humain ne l'accepterait pas, il ne pourrait rien tenter sans risquer de briser définitivement l'esprit déjà bien fissuré de son humain.

La scène n'avait durée qu'une fraction de seconde, laissant un jeune homme levé, tremblant et essoufflé qui dévisageait maintenant sa bienfaitrice de son œil brun. Gêné au possible, il détourna le regard et murmura la première chose qui lui passa par la tête :

"Désolé, je crois que j'ai besoin de repos..."

Et alors même qu'il disait ces mots, une immense fatigue le faucha brusquement, le faisant choir sur le divan. Néanmoins, il prit soin de mettre de la distance entre la Grande Dame et lui.
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MessageSujet: Re: Ritournelle loin du froid de novembre   Dim 25 Sep - 15:09

L'accord avait été timide, mais il avait été donné. Novembre s'affaira donc autour des cicatrices de son invité, tirant de son panier les produits qu'elle jugeait les plus appropriés.

C'est ainsi qu'elle examina les plaies refermées, palpant de la pulpe des doigts la peau malmenée du visage pour évaluer ce qu'elle pouvait faire. L'inconfort du garçon était plus que perceptible mais elle fit mine de ne pas s'en inquiéter. Après tout, il lui avait donné son accord, et elle agissait dans son intérêt.

Quand elle jugea avoir suffisamment d'informations en main, l'apothicaire prépara tranquillement un baume adapté. Dans un petit récipient en terre, elle mélangea un baume cicatrisant à quelques poudres qui rendirent la mixture pâteuse et verdâtre, franchement pas ragoûtante. L'odeur au moins fut agréable dès qu'elle incorpora quelques gouttes d'huiles essentielles. En silence et concentrée sur ce qu'elle faisait, la jeune femme laissa le bruit de ses ustensiles emplir la pièce de grattements réguliers contre la terre cuite. Elle battit pendant quelques minutes sa pommade, jusqu'à lui donner un aspect lisse et crémeux puis la laissa reposer le temps d'essuyer les affaires dont elle n'avait plus l'usage.

Et finalement, elle se mit à fredonner. Alors qu'elle testait le produit final sur le dos de sa main, sa voix douce remplaça le silence.

~ Cela va te sembler froid, ponctua-t-elle entre deux fredonnements.

Puis elle avança sa main vers le visage balafré et étala une couche de baume le long de la cicatrice. De l'autre main, elle tenait les mèches folles de Nameless, la paume posée gentiment sur la joue. Si elle n'avait pas été absorbée, littéralement, par ce qu'elle faisait, prenant garde à ne pas faire mal à son patient improvisé, ses gestes et la proximité qu'elle instaurait entre eux auraient eu de quoi faire rougir n'importe quel jeune homme.

Seulement cette fois, l'effet était bien involontaire.

Le visage soigné, Novembre descendit son examen dans le cou du jeune homme, puis lui demanda de déboutonner sa chemise et de bien vouloir la retirer. Les nombreuses cicatrices se révélèrent alors, mais elles ne parurent pas l'émouvoir outre mesure. Elle se contentait en effet de poser une bonne couche de baume sur chacune d'entre elle, ses doigts papillonnant habilement sur le corps maltraité pour lui apporter la fraîcheur de la crème et ses bienfaits.

Si elle remarqua l'émoi de son patient, elle n'en laissa rien paraître, continuant à effleurer implacablement chacune des cicatrices. Jusqu'à cet instant où la peau se déroba sous ses doigts. Une fraction de seconde et le jeune Port de Vaillant s'était levé, non, avait bondi hors du divan, grognant comme un animal qu'on serait en train de torturer.

Novembre sursauta violemment, comme si on venait de lui coller une gifle monumentale qui la faisait réaliser où elle était et ce qui était en train de se passer autour d'elle. Son regard perdu croisa le bleu azuré de celui de Shataal et l'explication s'imposa naturellement dans son esprit. Le feu ne purifie pas, il noircit, songea-t-elle en se décrispant.

Pendant que le flûtiste se remettait lui aussi de son étrange démonstration, sa bienfaitrice relâcha son emprise sur le pot de baume et le posa sur la table, non sans l'avoir au préalable refermé. Elle s'était bien attendue à ce que le garçon ne supporte pas la totalité des soins, mais elle n'avait vraiment pas prévu qu'il le manifesterait de la sorte. Elle avait eu peur un instant et son coeur battait à un rythme effréné contre la paroi étriquée de son corset.

Elle s'essuya les doigts tranquillement, tandis que le garçon essayait de se rattraper en évoquant une grande fatigue. Il pouvait bien s'excuser, elle ne semblait toujours pas l'écouter. Au contraire même, elle avait l'air contrarié, les lèvres légèrement pincées et les sourcils froncés alors qu'elle essuyait désormais un peu de crème tombée sur sa robe. La tache aurait du mal à partir, et cela semblait vraiment l'ennuyer.

Cruelle, peut-être, elle fit attendre Nameless un temps infini avant de daigner lui accorder de nouveau un regard. Et quel regard. Perçant et froid comme une bille de plomb. Et puis elle ramassa ses affaires, ne laissant sur la petite table que le pot de baume. Quand elle se leva, elle avait vraisemblablement l'idée de quitter la pièce et de laisser son invité méditer sur son comportement inapproprié sans lui adresser la parole.  

Pourtant, l'image qu'elle renvoyait n'avait rien à voir avec ce qu'elle pensait, comme bien souvent. Elle avait vraiment été surprise par la réaction de Shataal et c'était sa façon de se calmer : se murer derrière le masque de la noble vexée.

Finalement, elle laissa tomber un soupir en se passant une main sur le visage et la douceur habita de nouveau ses traits. Ainsi qu'un peu de tristesse, ou de déception. Elle attrapa négligemment la chemise tombée dans la précipitation et la tendit à bout de bras au jeune homme, respectant sobrement la distance qu'il venait de mettre entre eux.

~ Je comprends. Dans ce cas, je vais te laisser. Tu peux t'installer sur le lit. Si tu as froid, il y a des couvertures dans l'armoire. Je te laisse le baume aussi. Tu as vu comment je l'appliquais, prends-le temps de finir avant d'aller te coucher. Le produit pénétrera mieux pendant que tu dors.

Malgré la déception perceptible dans sa voix, Novembre s'exprimait toujours avec douceur. Qu'il se rassure, elle ne semblait pas lui en vouloir, bien que quelque chose la gênait. Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités et présentement, elle se sentait responsable de lui alors elle ne l'abandonnerait pas à son triste sort pour si peu.

Avant de partir toutefois, et de le laisser se calmer seul comme il le réclamait implicitement, elle se tourna une dernière fois vers lui.

~ Tu as le droit de m'arrêter, ou de me dire "non" : je n'arriverais pas à t'aider si tu n'as pas pleinement confiance en moi.

Sur ces mots, elle lui offrit un petit sourire et tourna les talons pour quitter la pièce.

~ Je penses rester ici cette nuit. Si tu as besoin de quelque chose ou juste d'une présence, tu me trouveras au laboratoire, en bas. N'hésite pas à venir s'il y a quoi que ce soit.  

Autrement dit je ne t'abandonne pas.
 




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MessageSujet: Re: Ritournelle loin du froid de novembre   Lun 26 Sep - 22:17

Il se sentit très mal, et très coupable, alors que la Grande Dame se muerait dans un silence apparemment contrarié. Et quand il perçut son regard de glace, il fut persuadé que les cartes étaient jouées. Il l'avait déçu, elle l'aidait et voilà comment il la remerciait. Elle allait sans doute le jeter à la porte . Il était encore en train de se fustiger en se demandant ce qui lui avait pris de réagir de la sorte quand sa voix douce emplit à nouveau la salle. Avec ces paroles rassurantes, un poids s'échappa de ses épaules, non, elle comptait toujours l'aider. Il se recroquevilla autour de la chemise après avoir lancé un regard d'excuse empli de reconnaissance. Il la remercia à nouveau de sa sollicitude, puis elle fut partie, le laissant seul dans la pièce.

Il resta sans bouger, écoutant les bruits de pas et de fiacre sur les pavés de la rue, les craquements parfois du vieux bois qui signifiait que quelqu'un d'autre habitait les lieux. Le soleil déclinant jetait des reflets orange dans la pièce trop grande pour le peu de meubles qu'elle contenait, faisant luire le parquet poli par les années. Longtemps, le jeune homme fixa le pot de baume laissé sur la table sans le voir. Petit à petit, il sentait quelque chose changer en lui. Il y a quelques heures encore, il aurait fait n'importe quoi pour un peu de nourriture. Mais maintenant qu'il était rassasié, il pensait différemment, comme si en nourrissant son ventre il avait aussi remis en marche son esprit et son jugement.

Elle avait parlé de confiance, eh bien non, il n'avait pas confiance. Il s'était trompé tout à l'heure, il avait encore à perdre. Sa liberté, sa vie, mais plus encore son corps qu'il commençait tout juste à se réapproprier. Certes, il ne se souvenait plus de qui il était, mais ce qu'il avait vécu, il s'en souvenait, suffisamment en tout cas, et les marques sur sa peau en témoignaient. Si Quelqu'un était capable de lui faire ça, alors pourquoi pas Elle ? Certes, la Dame des lieux ne semblait rien vouloir d'autre que de l'aider, mais comment pouvait-il en être sûr ? Chat échaudé craint l'eau froide. Il avait vu le pire en l'être humain, alors plus jamais il ne verrait les hommes de la même façon.  

Il avait fait une erreur. Que ce soit avec les nomades ou ici dans la rue. En gamin perdu qu'il était, il avait simplement attendu que quelqu'un arrive et lui tende la main, lui dise quoi faire et comment le faire. Et quand on y réfléchit, était-ce si étonnant de la part d'un privilégier qui avait grandi entouré de bienveillance et guider par les siens, jusque dans ses choix de vie. Il fallait que cela cesse, maintenant il était seul, et il ne pouvait compter que sur lui-même. Et en cet instant, une personne qui aurait regardé la scène aurait vu à nouveau sa pupille briller d'un éclat bleu. Peut-être, sans doute, que ses belles résolutions voleraient en éclat si la faim lui tordait à nouveau les entrailles. Alors il redeviendrait un gamin perdu dans la rue. Mais en attendant il était déterminé à changer, et quelque chose, quelqu'un, en lui était persuadé que c'était bien.

Sa paupière cligna plusieurs fois, marquant le moment où son esprit cessa de dériver en conjecture pour se concentrer sur le moment présent, sur la fatigue qui alourdissait toujours ses épaules. Alors il se laissa tombé sur le côté, s'allongeant sur le canapé. Il était trop lasse pour seulement se déplacer jusqu'au lit. Alors son regard tomba sur le pot de baume, et il hésita. Elle le lui avait demandé. Mais il était trop fatigué, et surtout, il n'avait pas envie de martyriser sa volonté une fois de plus. Il en avait assez supporté pour aujourd'hui, plus tard peut-être. Alors il ferma son œil unique, persuadé qu'il ne dormirait qu'à moitié, comme dans la rue où le danger vous guette à chaque instant.

Mais l'environnement paisible, chaud, doux, et la fatigue terrible eurent pourtant raison de lui. Au début, il sombra dans un sommeil épuisé, sans rêves. Puis après, il vit des formes, des couleurs, du vert, une forêt. Calme et paisible, illuminée par le soleil dont les rayons jouaient avec la ramure des arbres. Un profond sentiment de paix l'avait envahi. Puis il capta un mouvement dans les buissons. La chose se dévoila, un loup gris qui le fixait de ses yeux d'un bleu si pur et si beau. Bizarrement, il ne ressentait aucune peur, il admirait juste ce loup qui jugea magnifique. Le vent agita doucement les branches, effleurant sa peau comme une caresse. Le loup fit un pas vers lui, mais c'était encore trop tôt.

Alors brusquement la scène se brisa devant lui, son monde sombra dans les ténèbres. Il revit Ikar mourir sous ses yeux, il revit l'horrible visage de son bourreau penché sur lui, il sentit la souffrance déchirer ses chairs et le feu lui mordre la peau. Il cria, et en un sens son cri le réveilla. Soudain, il fut dressé sur le canapé, son œil valide exorbité de peur et son corps tremblant violemment. Il avait déjà eu de tels cauchemars, à chaque fois, ils ne laissaient derrière eux que la crainte, la douleur et la sueur collante sur sa peau.

Le jeune homme prit de grandes inspirations et se calma doucement. Désormais, la pièce était plongée dans le noir. Visiblement, la nuit était tombée, il avait sans doute dormi quelques heures. Dans la rue, on ne dort pas vraiment et chez les nomades il y avait toujours de quoi occuper les insomnies. Alors qu'il cherchait un moyen, n'importe lequel, pour garder les yeux ouverts, il se souvient des mots de la Dame des lieux. Elle avait dit qu'elle resterait dans son laboratoire, c'était une idée comme une autre.

Aussi il réarrangea sa tenue, prit sa flûte et descendit prudemment l'escalier. Dans la salle principale, la mésange pépia violemment, visiblement mécontente d'être ainsi réveillée par cet inconnu. Amusé, il s'approcha de la cage et siffla doucement. La mésange lui répondit en lançant quelques notes et les deux entamèrent un court échange. Puis l'oiseau parti sur son propre chant et le flutiste le suivit encore un peu. Ce petit jeu lui arracha un petit éclat de rire, son esprit apaisé par ce moment d'égarement. Puis il revint à ce qui  l'avait fait descendre à la base.

Il revient donc sur ses pas, on devinait un mince filet de lumière qui filtrait en bas de l'escalier. Le jeune homme s'y engouffra donc, poursuivant prudemment sa descente des marches de pierre. La pièce qu'il découvrit était sombre, sans fenêtre, froide malgré le feu qui crépitait dans la grande cheminé et léchant un chaudron fumant. L'odeur y était lourde, étouffante presque, mélange désagréable de toutes les plantes qui se trouvaient amassées dans les étagères qui habillaient les murs. Au centre de la salle peu engageante trônait une grande table de bois couverte de matériel. Au temps le jeune homme savait reconnaitre une cuillère et un mortier, au temps les nombreux ensembles de verre qui se courbaient dans tout les sens restaient un mystère pour lui.

Au milieu de ce décor chargé, la Dame Fang s'affairait, assise à la table, le visage concentré. N'importe qui aurait été subjugué par la scène. Par cette nymphe à la peau de lune qui semblait irradier son domaine de sa lumière. Le flutiste s'arracha pourtant à sa contemplation et se racla doucement la gorge pour prévenir de sa présence.

"Excusez-moi, vous aviez dit que je pourrais vous trouver ici."

Il fit une pause, ne sachant pas trop quoi dire.

"Le sommeil me fuit, puis-je me rendre utile ?"


Dernière édition par Shataal Port de Vaillant le Dim 2 Oct - 8:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Ritournelle loin du froid de novembre   Dim 2 Oct - 1:25

Elle soupira, le dos appuyé contre la porte qu'elle venait de refermer. L'inspiration, un peu trop forte, lui fit mal aux côtes. Les corsets n'étaient pas fait pour le bien-être de leur porteuse, encore maintenant il lui arrivait de l'oublier.

Après s'être frotté les flancs en grimaçant légèrement, Novembre descendit tranquillement les marches et rejoignit Avril dans le laboratoire. Elle lui expliqua brièvement le programme de la nuit, à savoir qu'elle resterait pour veiller sur leur jeune convive et en profiterait pour finir les tâches où elles avaient pris du retard.

Et tout en parlant, elle se dirigea tout au fond du laboratoire vers un lourd coffre de bois qui faisait l'angle entre deux étagères. Les gonds métalliques grincèrent sinistrement, ce qui fit frémir malgré elle Avril. Ce bruit lui était à peu près aussi insupportable que des ongles sur de la porcelaine. Pourtant dans cette boîte à malice, il n'y avait rien de spécial, ni fiole de poison, ni crânes creusés, ni matériel de sorcellerie. Juste des bouts de chiffons, de vieilles robes et tabliers tâchés bien que propres. Novembre fouilla dans cette garde robe miséreuse quelques secondes et en extirpa quelques pièces.

~ Je suis désolée d'avoir chamboulé ton programme, mon ange. Si tu le veux bien, je te laisse fermer tout avant de partir, ça m'évitera de remonter.

Avril acquiesça naturellement, sans bouder son plaisir d'être ainsi sollicitée et sans tarder davantage remonta les marches quatre à quatre pour se mettre à l'oeuvre.

Profitant d'être seule, Novembre délia habilement les lacets et divers fermoirs de sa robe. Quel bonheur lorsqu'elle fut capable de prendre une longue inspiration sans se blesser. Son buste malmené par les baleines du corset était strié de bandes rouges et de quelques bleus. Disgracieux. Elle détestait ça, le moment où sa peau portait les marques de sa fatigue, mais le corps ment moins bien que la bouche. Alors elle se dépêcha de le cacher, enfilant ses robes simples et adaptées au travail de laboratoire pour nouer un tablier par-dessus. ses beaux atours finirent jetés dans la malle qui grinça à nouveau en se refermant sur eux.

L'apothicaire retroussa ses manches et déboutonna le haut de sa chemise -que voulez-vous, on ne se refait pas- avant de se mettre au travail. Au-dessus, elle entendait Avril aller et venir dans la boutique. Tout lui semblait terriblement ordinaire et calme désormais. Quelques secondes, elle ferma les yeux et savoura ce quotidien délicat qu'elle chérissait. C'était si reposant qu'il aurait été facile d'en oublier tout ce qui s'était passé dans la journée. Elle pouvait toujours remonter et coller l'oreille contre la porte pour entendre les pleurs paniqués de son convive si elle voulait se persuader que tout était vrai. Cette pensée lui  tira un rictus sardonique.

Puis les heures passèrent sans que rien ne dérange son travail, si ce n'est ses propres pensées qui la poussaient de temps à autre à aller remonter de son antre pour s'assurer que tout allait bien à l'étage. C'est comme ça qu'elle comprit que le jeune Port de Vaillant s'était finalement endormi et pu enfin se concentrer uniquement sur ses affaires.
       
Dehors, le calme se fit peu à peu, suivant le rythme lent et imperceptible du jour déclinant. Depuis son laboratoire, Novembre n'était que peu influencée par les changements extérieurs. Seul le carillon de sa porte d'entrée, le chant de sa mésange et l'affaissement des bougies lui donnait une indication du temps qui passe en journée. Alors dans la nuit nouvelle, seule dans la boutique avec pour seule compagnie le crépitement du feu dans l'âtre et un petit prince endormi à l'étage, autant dire qu'il aurait pu se passer une éternité sans qu'elle ne le remarque.

Bien sûr, sa position finissait par lui faire mal, ses yeux fatiguaient dans la pénombre, et la lassitude la gagnait mais ce n'était rien face à ce qu'elle avait connu, un faible paiement pour tous les bienfaits que lui apportaient sa boutique.

Elle finissait de mettre en pot une pommade toute juste achevée quand elle entendit du bruit au-dessus de sa tête.


Notre jeune ami semble debout.
Il semblerait...
Et tu n'as toujours rien fait à son sujet.
C'est toi qui m'a appris à être patiente, Ai-Li. Je ne fais qu'appliquer tes enseignements.  
Ce qui m'étonne le plus, c'est que tu n'as pas demandé à Avril de transmettre un message à tes supérieurs.
J'y ai pensé, mais j'ai l'impression qu'l est trop tôt. Tu as vu comme moi sa réaction, le changement dans son regard. Ce n'est plus seulement lui que je dois amadouer.
Alors tu l'as remarqué ? Intéressant.
Difficile de passer à côté ! Des hommes j'en ai souvent fait grogner, mais jamais comme si un chien allait m'égorger au prochain geste. Et puis ces yeux bleus...
Chère amie, serais-tu en train de devenir sentimentale ?
Je m'interroge seulement. Son totem est d'une fidélité sans borne pour vouloir le protéger à son insu. Et il semble assez sauvage. Je n'arrive pas à savoir de quoi il s'agit. Un chien ? Peut-être un loup ? Je déteste ces bêtes là. Mais pire encore, leur flair.
Je ne doute pas que tu sauras comment apprivoiser celui-là. Chien ou loup, qu'importe, ces bêtes-là se dressent.


Pendant l'échange mental alors que Novembre frôlait la demi-conscience, elle perçut vaguement les craquements du plancher, mais le chant de sa mésange la sortit brusquement de sa torpeur. Et la fit presque rire. La petite bête semblait outrée d'être dérangée de la sorte.

~ Monsieur, quelle indécence, oser réveiller une si délicate demoiselle, plaisanta-t-elle toute seule à voix basse en allant mettre de l'eau à chauffer sur le feu.

Quelque part sur son bras, elle sentit l'étreinte d'Ai-Li se resserrer, comme riant avec elle.
L'apothicaire resta quelques instants accroupie devant les flammes pour se réchauffer. Elle se laissa absorber par la lueur des flammes dansant au creux de ses mains, tout en prêtant une oreille attentive à ce qui se passait au-dessus d'elle. Sa mésange tempêta à grand renfort de battements d'ailes mais se calma quand la mélodie d'une flûte se mit à résonner dans la boutique.

L'intention amusa Novembre suffisamment pour qu'elle écoute attentivement la suite, essayant de faire elle-même le moins de bruit possible en retournant au travail. Cependant quand l'oiseau se mit à entonner une ritournelle que Novembre adorait fredonner, elle ne put s'empêcher de reprendre la mélopée dans un murmure.

"Et qui êtes-vous, dit le fier seigneur
Pour m'obliger à vous obéir en ma propre demeure ?"

"Seulement un loup, reprit le fier seigneur
Mais chez moi, Monsieur, les loups on les chasse.
Car pour les bêtes sauvages, ici pas de place,
Alors Monsieur, partez, je n'ai pas peur."

"Si vous êtes un loup noir, insista le fier seigneur,
C'est de blanc que je suis drapé,
Blanc comme l'ivoire des crocs et pur comme les pleurs,
D'une veuve éplorée."

Telles furent les paroles du fier seigneur,
Qui dans son orgueil drapé, se vit d'une tête écourtée,
Laissant derrière lui une veuve en pleurs,
Car le loup noir avait, plus que des crocs, un sens de l'humour bien affuté.


Un sourire en lame de rasoir accroché sur les lèvres, Novembre s'affairait désormais à étiqueter tous les produits disposés sur le plan de travail. Si le travail n'était somme toute pas le plus difficile, dans la pénombre, il demandait une certaine attention. Surtout si elle voulait que les clients comprennent les indications notées.

Et ce fut dans cet état que la trouva le jeune homme en pénétrant dans le laboratoire.

~ Ce serait plus à la demoiselle là-haut que tu devrais des excuses, l'accueillit l'apothicaire en levant le nez de ses notations pour lui sourire. Après tout c'est elle qui a été réveillée.

Voyant qu'il n'osait pas trop s'aventurer dans la pièce, elle l'invita à prendre un siège autour de la table, lui recommandant un coin dos au feu s'il trouvait la pièce un peu fraîche. Ce qu'elle était par ailleurs.

~ Hum... tu peux commencer par aller me choisir un thé et surveiller l'eau que j'ai mise à chauffer. Ils sont dans les boîtes sur le présentoir à ta gauche, n'hésite pas à les ouvrir pour les sentir.

Elle le laissa faire sans rien dire le temps de finir de remplir une étiquette puis déposa sa plume, s'accordant une pause pour s'étirer et observer le jeune flûtiste. Tellement de questions non résolues à son sujet et aucun moyen d'en savoir plus pour ce soir, à moins qu'elles ne viennent directement de lui. Ce qui semblait peu probable pour l'heure.

~ Si tu as du mal à dormir de manière récurrente, je te donnerais de quoi y remédier. Mais pour ce soir, je suis désolée il te faudra faire sans, tout mon stock est épuisé.

Mais surtout, elle préférait ne rien lui faire ingérer de trop violent compte tenu de sa faiblesse physique actuelle. Mieux valait qu'il ne dorme pas plutôt que de le rendre malade et prendre le risque que le sommeil soit... éternel.  

~ Tu as quand même réussi à te reposer un peu ? Il m'a semblé que tu étais endormi quand je suis montée voir si tout allait bien.

Une petite mine inquiète accompagna les dernières paroles de la dame.
 




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MessageSujet: Re: Ritournelle loin du froid de novembre   Lun 3 Oct - 16:14

Le jeune homme sourit doucement au trait d'humour de la Dame. Il accepta sans rechignait la place dos au feu qu'elle lui proposait. Il avait du mal à savoir si son corps s'était habitué à avoir froid dans la rue ou si inversement il y était maintenant bien plus sensible. En tout cas il laissa la chaleur du feu se rependre sur son dos, l'appréciant comme une couverture duveteuse dans laquelle on se drape.  Il eut juste le temps de se perdre un instant dans la contemplation du travail concentré qu'effectuait Madame Fang avant que celle-ci ne lui demande un thé.

Il se leva de bonne grâce, pour se diriger vers le présentoir dont il était question. Il y trouva de petites boîtes bien alignées, et il plissa les yeux pour lire l'étiquetage malgré la pénombre ambiante. Il découvrit alors des noms plus poétique qu'évocateur : Thé du soleil, Thé des Lords ou encore Douce Lady. Alors le jeune saisi les boîtes tour à tour pour humer le parfum du mélange d'herbe s'y trouvant. Le premier était sans doute celui qui avait été servit plus tôt dans l'après midi, il en reconnu l'odeur d'agrume caractéristique. Passant au suivant il se demanda ce que lui même aimerai boire à cette heure : un thé noir pour le maintenir réveillé ou un thé plus doux pour se détendre ? Le Thé des Lords lui rappelait vaguement quelque chose, il se concentra sur ce que son odora lui apprenait plutôt que sur ces souvenirs passés. C'était un thé noir également, il y a avait dans le mélange une fragrance particulière qu'il ne réussit pas nommée. Le dernier des mélanges avait une odeur très différente, cela lui rappelait le thé vert mais avec une odeur de fleure alors qu’il associait plutôt ce type de thés aux épices.

Puisque le Thé du Soleil avait sans doute était servi dans l’après-midi, il l’élimina d’office. Non pas qu’il ne l’avait pas apprécié mais il préférait goûter autre chose. Il hésita donc un moment entre les deux autres mélanges. Il savait qu’en fonction du type de thé, il était préférable de le servir à certaines heures de la journée. Mais pour ceux qu’il avait sous le nez, il n’en avait aucune idée. Néanmoins, il n’avait jamais entendu parler d’un thé que l’on serve en pleine nuit. Non, au vu de l’heure il aurait été plus logique de préparer une infusion. Un instant il en chercha des yeux. Puis il se dit que la Dame ne lui avait sans doute pas demandé un thé par hasard. Le plus simple aurait sans doute été de questionner la principale intéressée sur ce qu’elle voulait exactement, mais pour une raison inconnue, il n’y pensa même pas. On lui avait dit de choisir un thé et c’est ce qu’il fit, guidé en partie par une envie toute personnelle. Finalement, il prit donc le Thé des Lords, parce qu’il c’était un thé noir qui le maintiendrait réveillé, et parce que sa mémoire défaillante associait malgré lui l’odeur du mélange à des moments de détente et de calme.

Ce fut seulement en s’approchant de l’eau fumante qu’il se demanda s’il pourrait boire de ce fameux thé ou si seule la Dame Fang en profiterait. Mais la question resta plus ou moins en suspens dans son esprit alors qu’il se perdait dans la contemplation des volutes de vapeurs qui montaient doucement depuis la surface de l’eau frémissante. Des absences du genre, il en avait parfois depuis qu’il s’était réveillé. La voix douce de la Dame le ramena au moment présent et reporta son regard sur elle. Quelque chose en lui tiqua au fait d’apprendre qu’elle s’était approché de lui sans que cela ne le réveille. Quelque chose qui lui criait que cela signifiait qu’il aurait pu être en danger. Néanmoins, il se raisonna, il était en sécurité ici et elle était simplement inquiète pour lui. Son hésitation ne se perçut que dans les quelques secondes de trop qu’il prit pour répondre, mais qui pouvaient aussi être dû à son absence un peu plus tôt.

"J’ai souvent du mal à dormir en effet. Je fais des cauchemars. Alors je préfère restait réveillé autant que possible. Et puis dans la rue il n’est pas facile de bien dormir." Expliqua-t-il avec un sourire penaud.

Il en disait juste un peu trop que ce qui était nécessaire, on sentait le gamin qui avait été seul trop longtemps.

"Mais grâce à vous, j’ai pu réellement dormir un peu. Et je crois que cela fait un moment que ce n’était plus arrivé." On sentait une réelle reconnaissance dans sa voix et son visage était souriant.
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MessageSujet: Re: Ritournelle loin du froid de novembre   Sam 8 Oct - 15:56

Un petit sourire filtra sur les lèvres de Novembre quand elle vit son invité sentir les différents thés. Il lui était de plus en plus difficile de comprendre ce qui agitait l'esprit de ce garçon et comment y faire face. Il semblait à la fois méfiant et d'une naïveté incroyable. Comme un fer mal chauffé, malléable à certains endroits mais pas à d'autres. Il y avait sûrement une logique derrière tout cela, mais pour l'instant Novembre ne la comprenait pas.

Elle n'avait pas suffisamment de recul, elle ne le connaissait pas assez. Cela n'avait rien d'étonnant, mais cela ne l'empêchait pas d'en être frustrée.

L'apothicaire se remit tranquillement au travail pour échapper à ses pensées. Et naturellement, alors qu'elle retrouvait sa concentration, elle se remit à fredonner tout bas. Si bas qu'on ne sembla pas l'entendre. Mais après tout, Shataal était lui-même perdu quelque part dans ses pensées.

Quand il revint avec son butin, Novembre tira un plateau du centre de la table où était entassé tout un nécessaire à thé. En écoutant les réponses à ses questions, elle déposa deux cuillères de feuilles dans un petit sac de tissus qu'elle jeta au fond de la théière.

~ Des cauchemars ? Hum... Je suppose que c'est normal, réfléchissait-elle tout haut. Après tout, on dit que les rêves sont intimement liés à notre état émotionnel.

Elle tourna les yeux vers lui en poussant une tasse dans sa direction.

~ Tu en voudras aussi ?

Pendant qu'il lui répondait, elle se leva pour aller récupérer l'eau brûlante au-dessus du feu. Avec mille précautions mais habileté, elle emplie la théière d'eau et reposa sa marmite en fonte plus loin sur la table.

~ Si tu as quand même réussi à dormir un peu, je suis contente. Le repos est tout ce dont tu as besoin pour le moment; et le meilleur remède pour laisser ton corps se remettre des épreuves qu'il a subi.

Lui souriant doucement à nouveau, Novembre regagna sa place, tendant le bras pour vider une grosse cuillère de miel dans le fond de sa tasse en attendant que le thé infuse. L'odeur acidulée de la bergamote filtrait dans chaque effluve qui s'échappait de la théière, devenant de plus en plus présente. Le silence retomba autour d'eux, entrecoupé seulement du crépitement du feu dans l'âtre et des ustensiles qui s'entrechoquaient lorsque Novembre s'occupait de la préparation du thé. Ce dernier semblait être fait assez fort, car lorsqu'elle les servit, l'eau s'était teintée d'une robe mordorée intense et l'odeur emplit soudainement l'espace qu'ils occupaient.  

~ En tout cas, sois rassuré, ces cauchemars ne te poursuivront pas toute ta vie. Ils finiront par passer et tu retrouveras des nuits calmes.

C'était sans doute difficile à croire, elle voulait bien l'admettre mais pourtant, c'était comme ça. Les mains refermées autour de sa tasse et le regard plongé sur le liquide qui se mêlait au miel, son visage prenait soudainement des reflets mélancoliques. Peut-être était-ce sa posture et la lumière dure des flammes léchant les contours de son visage qui donnait l'impression qu'une ombre aussi lourde que le plomb pesait sur ses épaules.

~ Il y a longtemps, j'ai eu moi aussi des troubles du sommeil. Je ne faisais pas de cauchemars mais je ne rêvais pas. J'avais peur de m'endormir, alors je passais mes nuits loin de toute lumière et j'observais les étoiles jusqu'à ce que le ciel se teinte de rouge et qu'une nouvelle journée de lutte commence.

Du coin de l'oeil, elle observa le jeune homme. Puis elle se redressa et retrouva un sourire délicat.

~ Je venais de perdre mon mari. Mais le temps a fait son office et j'ai pu retrouver le sommeil ainsi que mes rêves.    
 




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MessageSujet: Re: Ritournelle loin du froid de novembre   Dim 16 Oct - 17:26

Le jeune homme fut ravi qu'on lui propose un peu de thé et il accepta avec un grand sourire. Il ne savait pas trop comment réagir à la remarque de la Dame, aussi se perdit-il simplement dans la contemplation de la théière, pourtant toute simple. C'était surtout l'odeur particulière de la bergamote qui emplissait son esprit, appelant des souvenirs trop profondément enfouis dans sa mémoire fracassée. Quand la Dame servit le thé, le jeune homme admira avec attention la couleur mordorée. Et soudain il eut un flash, un souvenir où sa famille était réunie autour de ce même thé, souriante, détendue. Le jeune homme frissonna violemment et heureusement, les mots de Madame Fang le ramenèrent à la réalité. Il releva brusquement la tête en clignant des yeux, comme s'il se souvenait soudain de la présence de son hôte.

Il ne fit aucune remarque, mais il doutait vraiment que ses cauchemars cessent un jour. Sans doute quand il aurait retrouvé la mémoire, trouverait-il également une certaine stabilité. En tout cas, il l'espérait vraiment et il trépignait d'impatience que cela arrive. Mais il avait aussi la sensation que ses angoisses resteraient à jamais accrochées à son esprit. Imitant son hôte, il prit une belle cuillère de miel et la mélangea doucement au liquide fumant dans sa tasse. Le doux bruit du couvert effleurant la céramique berçant son esprit à vif. Il ne vit pas le moment où la Dame se perdit dans ses pensées, lui-même étant trop égaré dans les siennes.

Quand la Dame se confia à lui, il se sentit désolé pour elle. Il l'écouta, mais son regard resta rivé sur le liquide brun au reflet or. Il ne le releva que pour présenter des excuses polies et de circonstances quand on apprend la mort de quelqu'un. La cuillère fit encore deux ou trois tours dans la tasse, effleurant les bords avec un son clair.

"Moi aussi j'aimerais pouvoir rester éveillé." Souffla finalement le jeune homme sans pourtant regarder son hôte.

Non, son œil valide fixait de manière absente un coin sombre derrière la Grande Dame.

"Mais à chaque fois, la fatigue est plus forte. Et à chaque fois, je le vois..."

Ce n'était qu'un murmure, mais tellement emplis de détresse qu'il en était déchirant. L'œil du jeune homme était maintenant écarquillé de peur. Il eut un long frisson et lâcha brutalement la cuillère qui cogna contre la tasse en émettant un unique claquement qui sembla résonner dans le silence. Le jeune homme ramena les bras contre lui et ferma sa seule paupière, comme pour se protéger de quelque chose.

"Je ne me souviens pas vraiment de mes cauchemars, mais ce visage... Et son rire, sa voix..."

Et il réprima un nouveau frisson alors que son oeuil se rouvrait, couvant toujours cette peur insensée. Un léger mouvement de balancier agita alors son corps éprouvé d'avant en arrière, tel un tic nerveux.
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MessageSujet: Re: Ritournelle loin du froid de novembre   Lun 17 Oct - 2:03

Un vague sourire dansa sur sa bouche quand elle l'entendit présenter ses condoléances. Elle devait tant à l'homme qu'elle avait fait tuer. Tant de plaisirs et de bonheurs apportés par ce mari si riche pour une fille si pauvre. Sa chance avait été inespérée et elle l'avait tué. Pour réaliser ses rêves dont elle avait été si longtemps privé, elle n'avait même pas hésité au moment de mettre son plan à exécution. Elle n'en éprouvait nul regret, bien sûr, car si c'était à refaire, elle n'hésiterait pas davantage, mais il subsistait et subsisterait toujours une profonde tristesse quand elle pensait à ce sacrifice.

Son coeur se serrait aux souvenirs du sourire avec lequel il aimait la réveiller, la dévotion qu'il lui vouait depuis le premier jour où sa folie l'avait conduit à la sortir de son trou. Il y avait beaucoup à redire des agissements de feu monsieur Fang à son encontre, mais elle ne pouvait en vouloir à un homme qui lui avait tout donné jusqu'à sa vie. Il n'y avait pas eu de véritable amour entre eux, mais tant de bons moments qu'elle n'avait pu se résoudre à le chasser complètement de son coeur. Elle lui avait offert cela, son innocence, l'avait enterré avec lui et en échange, son coeur continuait à saigner pour lui qui ne le pouvait plus.

~ Nul besoin de me présenter tes excuses. Tu n'es pour rien dans sa mort que je sache. C'est la folie d'un autre qui l'a tué et celui-là a payé pour son crime depuis longtemps.

Sa voix faible conservait toute sa douceur. Elle parlait au passé d'événements qui semblaient comme des songes. Son esprit avait réussi à les analyser, à les accepter et à les oublier semblait-il, tandis que son regard fuyait vers sa tasse et que les flammes faisaient couler des larmes de lumière sur ses joues.

Mais qu'importait les blessures passées et les illusions de la nuit, Novembre était bien loin de l'animal blessé qu'elle semblait être. Même dans la plus profonde détresse, elle savait garder une sorte de dignité, de noblesse, qu'aucun bijou, qu'aucun artifice, ne saurait jamais égaler ou éteindre. Elle pouvait bien se cacher derrière ses belles robes, là qu'elle revêtait son tablier de travailleuse, elle ne pouvait totalement masquer la détermination qui l'habitait. Comme une aura incolore rayonnant d'elle.

Elle sourit finalement de nouveau alors que son invité reprenait la parole, pour se confier à son tour semblait-il. Elle le laissa s'exprimer et s'amusa de sa première déclaration. Elle qui n'avait jamais pu rêver toute une partie de sa vie ne refuserait jamais l'appel du sommeil, quitte à faire des cauchemars effroyables, ce qui lui arrivait par ailleurs, quand ses angoisses surgissaient au beau milieu de la nuit. Quant à ce jeune garçon qui ne savait pas à quel point l'esprit était malmené lorsque le sommeil le fuyait, il ne pouvait que rêver de voir ses terreurs nocturnes cesser. A croire que l'homme ne cesse jamais de désirer ce qu'il n'a pas, qu'il en veut toujours plus malgré tout ce qu'on lui donne.
Et elle avait beau s'en faire la réflexion, elle n'échappait pas à la règle, bien au contraire.

Sentant un regard peser sur elle, Novembre releva les yeux vers Shataal et sa façon de regarder si fixement derrière son épaule lui tira un frisson. Le poids qu'elle venait de sentir n'était pas celui d'une attention ou d'une attente posée sur elle, mais celui du vide. Si lourd. Si écrasant. Le garçon n'en semblait que plus frêle dans la pénombre et pourtant elle s'interdit de se précipiter vers lui pour le prendre dans ses bras et lui dire les mots, les bons, qui pourraient alléger son chagrin.

Elle ne pouvait pas lui apporter la paix, mais elle pouvait l'aider d'une autre manière qu'elle mit en place dès qu'il commença à se replier comme un oiseau blessé pour s'agiter d'avant en arrière.

Son regard se détourna de ce piteux spectacle et après une gorgée qui lui brûla la gorge, elle tira à elle un épais volume dont elle arracha méticuleusement une page vierge. Le papier céda dans un froissement léger sous ses doigts experts sans opposer de résistance, pas même lorsqu'elle poussa la feuille devant le jeune homme et se leva, toujours sans dire un mot. Avait-il seulement remarqué son geste ? Elle en doutait un peu, mais ne s'attarda pas sur la question.

Au lieu de cela, elle se dirigea vers l'âtre et en sortit un morceau de bois calciné transformé en charbon. Avec l'aide d'un couteau, elle le tailla pour en faire un petit bâtonnet et le posa en travers de la feuille avant de s'essuyer les mains sur son tablier.

~ Ces cauchemars sont peut-être des souvenirs qui resurgissent. Il est peu probable, à vrai dire, que leur contenu soit juste, mais j'ai entendu dire que parfois certains éléments naissent de la réalité.

Elle se déplaça encore dans le dos du garçon, ses pas feutrés clairement audibles dans le silence relatif de la pièce et revint vers lui pour installer un chandail sur ses épaules et lui frictionner le dos d'un geste vigoureux mais doux. Elle espérait l'aider à revenir avec elle en agissant ainsi, comme elle aurait dissipé un écran de fumée en le balayant simplement d'un revers de la main.

~ Ce visage, s'il te hante, ce n'est peut-être pas un hasard. Quand tu t'en sentiras capable, prends ce fusain et cette feuille (je pourrais t'en donner d'autres) et essaie de le dessiner. En lui donnant corps, en l'acceptant, tu arriveras peut-être à le chasser de tes rêves. Du moins c'est la méthode dont j'ai entendu le plus de bien.

Tranquillement, elle se détacha de lui, ne sachant pas si son contact le rebutait toujours, et regagna sa place pour prendre une nouvelle gorgée de thé. Si une main resta fermée autour de la tasse, elle employa l'autre pour y poser sa joue et se pencher vers son protégé, appréciant avec un air bienveillant l'expression peinte sur son visage émacié.

~ Et si cet homme existe bel et bien, je saurais le retrouver. Il y avait un éclat nouveau derrière la douceur de sa voix. Comme une épine, une aiguille de glace brillant sous sa caresse. Si savoir qui il est peut apaiser ton esprit et panser les plaies que mes baumes n'atteindront jamais, je te donnerais son nom. Je ne pourrais sans doute pas faire beaucoup plus, mais trouver quelqu'un est encore dans mes cordes.

De nouveau cet air totalement bienveillant, bien que teinté d'une certaine tristesse. Elle aurait aimé faire plus, c'était du moins ce que ses paroles et son visage laissait penser, elle aurait aimé pouvoir lui ôter sa souffrance, rendre justice. Après tout, elle avait perdu un être cher, assassiné par un autre, alors elle pouvait sûrement comprendre, si ce n'était partager, les tourments du jeune Port de Vaillant.

A moins que ce ne soit la fatigue qui lui prête des airs vertueux qu'elle ne méritait pas.
 




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MessageSujet: Re: Ritournelle loin du froid de novembre   Mer 26 Oct - 21:07

Replié sur ses sombres pensées, le jeune homme repéra à peine les mouvements de la Grande Dame. Et ses mots ne furent pour lui qu’un vague bruit de fond qu’il ne fut pas vraiment capable d’interpréter. En revanche, le poids nouveau sur ses épaules puis la sensation de friction dans son dos le fit revenir un peu à la réalité présente. Dans un réflexe humain mais un peu désespéré, il s’accrocha au chandail qui était apparu sur ses épaules et se recroquevilla dedans, comme si ce simple bout de tissus pouvait le protéger de ses démons. Le contact dans son dos, au travers du tissu, ne l’effraya pas et lui permit au contraire de reprendre pieds avec le présent.

~ Ce visage, s'il te hante, ce n'est peut-être pas un hasard. Quand tu t'en sentiras capable, prends ce fusain et cette feuille (je pourrais t'en donner d'autres) et essaie de le dessiner. En lui donnant corps, en l'acceptant, tu arriveras peut-être à le chasser de tes rêves. Du moins c'est la méthode dont j'ai entendu le plus de bien.

Un moment, il regarda le papier un peu jauni d’un regard torve, comme si la feuille allait lui sauter à la figure pour tenter de l’étouffer. Puis il sembla se détendre un peu et se pencha en avant pour englober de ses mains la tasse de thé, laissant la chaleur du liquide mordoré lui réchauffer les mains, et il avait la nette l’impression qu’il réchauffait son âme en même temps. Néanmoins, son regard restait fixé sur le feuille vierge, pensif, tourmenté aussi.

~ Et si cet homme existe bel et bien, je saurais le retrouver. Si savoir qui il est peut apaiser ton esprit et panser les plaies que mes baumes n'atteindront jamais, je te donnerais son nom. Je ne pourrais sans doute pas faire beaucoup plus, mais trouver quelqu'un est encore dans mes cordes.

Ces mots le firent légèrement sursauter, le sortant de ses pensées. Il regarda un instant la Grande Dame mais préféra rapidement s’intéresser à son thé fumant. Pour une raison ou pour une autre, il se sentait vulnérable et fuir le regard presque inquisiteur posé sur lui était son seul moyen de défense pour le moment.  

Il réfléchit un peu, il n’était pas sûr de vouloir connaître l’identité de son bourreau. Dans un sens, oui le voulait, il souhaitait que cet homme soit retrouvé, qu’il lui dise le pourquoi de ses actes, qu’il soit puni, qu’il puisse avoir justice. Mais en même temps, cela le paralysait. Car pour le moment, son esprit torturé avait transformé cet être en démon. Or un démon doit rester ce qu’il est : une chimère. Car si d’aventure il devait se retrouver face à celui qui lui avait fait subir tant de souffrances, alors cela prouverait qu’il existe. Le démon deviendrait un homme, sans autres alternatives possibles, or si un homme était capable de blesser un autre à ce point… Le flutiste réprima un frisson. Non vraiment, il n’était pas sûr de vouloir savoir. En cet instant, pour qui était attentif, son visage et son corps en général étaient aussi lisibles qu’un livre ouvert. Aussi il ne fut pas étonnant d’entendre :

"Je ne suis pas sûr d’avoir envie de connaître l’identité de ce… de cet…"

Finalement, sa voix déjà basse mourut dans un murmure et le jeune homme renonça à qualifier son tortionnaire.
Il prit alors une gorgée de thé et savoura la chaleur qui semblait dénouer un peu la boule glaciale qui s’était formée dans son ventre. Il reporta ensuite son regard sur la feuille.


"Je ne sais pas non plus si je pourrais le dessiner. Je ne pense pas être très doué en dessin."
Déclara le jeune homme avec un sourire à l’attention de son hôte tout en essayant de paraître plus détendu.

"De tout façon je ne me souviens que de son regard fou et de son visage mutilé…" Grogna le garçon plus pour lui-même.

Il se pelotonna un peu plus dans le chandail, repris un peu de thé et puis il fit la seule chose qui puisse apaiser son esprit : il prit sa flûte et siffla quelques notes, une suite aiguë et répétitive qui faisait penser à une comptine pour enfant. 
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MessageSujet: Re: Ritournelle loin du froid de novembre   Mer 2 Nov - 1:21

Les mots de la jeune femme ne touchaient pas aussi juste qu'elle l'aurait souhaité. Le garçon n'avait pas les réactions qu'elle voulait qu'il ait. C'était agaçant de voir qu'à chaque nouvelle tentative, il semblait prêt à aller là où elle le souhaitait mais que l'instant d'après quelque chose, une pensée, le retenait. Et elle n'arrivait pas à comprendre ce que c'était.

Peut-être voulait-elle aller trop vite avec lui ? Mais au fond, quelque part au fond, elle brûlait vraiment de l'aider, de briser en milles éclats ternes ceux qui avaient eu la cruauté de tracer tant de cicatrices sur un seul être. La vie pouvait être cruelle et elle s'en privait rarement. Mais comment faire s'il se dérobait toujours à la main qu'elle lui tendait ?

Qui plus est, dans ce genre de cas, elle avait surtout eu affaire à des personnes qui avaient tout perdu ou jamais rien gagné et que personne n'aiderait jamais. Elle avait eu alors tout le temps de les convaincre, mais pour un fils de noble... elle savait ne pas avoir ce luxe. Elle devait agir la première puisque la chance l'avait placé sur son chemin.

~ Je ne te presse pas plus que je ne t'obliges à quoi que ce soit, rassure-toi, finit-elle par lui répondre, la joue posée sur la paume de sa main.

Malgré la fatigue, son visage continuait à irradier d'une chaleur réconfortante dans la pénombre. Un savant clair-obscur aux reflets rougeoyants.

~ Pour être honnête, je ne sais pas vraiment comment réagir moi non plus. Et peut-être que je t'assommes un peu trop d'informations.

Elle étouffa un bailliement derrière sa main libre et tira sa tasse à elle pour boire une longue gorgée. A vrai dire, plus elle parlait, plus elle avait l'impression que lui se taisait. Alors elle décida de se taire un peu à son tour, notant les maigres mais non moins importants détails qu'il lui donnait sur son agresseur. Un homme au regard fou et au visage mutilé. Le regard fou ne serait sûrement pas bien utile mais le visage mutilé en revanche... Cela restreignait drastiquement les champs de recherche. Il ne lui restait donc plus qu'à chercher qui parmi la noblesse ou leurs exécutants était doté d'un trait aussi distinctif. Et sur ce coup-là, peut-être même que Nishit pourrait lui fournir la solution à son problème à lui seul.

Le son de la flûte la tira de ses pensées et la réveilla un peu. Novembre se redressa donc et se remit à la rédaction de ses étiquettes.  
 




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MessageSujet: Re: Ritournelle loin du froid de novembre   

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