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 C'est ça le médecin?!

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Calaën
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MessageSujet: C'est ça le médecin?!    Jeu 29 Sep - 12:31

Aux Belles de l'île




Un cri long et déchirant.

-Cela semble douloureux.
-Quel talent pour mettre en évidence... L'évidence...


Un cri, difficilement et douloureusement retenu.

-Je ne suis pas mécontent d'avoir épaissi les cloisons pour insonoriser...
-Ton sens de la compassion est bien trop exacerbé mon ami.
-Je ne savais même pas que tu connaissais la compassion sale rongeur !
-Oh oh...

A peine le temps de m'interroger sur sa retraite, que j'en vis la cause, bien trop près pour pouvoir échapper au cataclysme en approche.

-Maman ?

Ses yeux ne me quittent pas. Je me prends même à imaginer des flammes en guise d'iris. Ainsi que tout l'attirail d'un démon. Oreilles pointues, cornes acérées et des crocs prêts à déchiqueter. Pourquoi elle sourit ? Pourquoi ce sourire ? Celui d'une prédatrice devant son repas.

-Mon chéri ?

Aie. Mielleuse et doucereuse. Une combinaison qui annonce un orage qui carbonise sur place. Et je suis sous les nuages...

-Oui ? Je peux être utile ?

Pourquoi j'ai fait un pas en arrière ? Je fais deux têtes de plus et facilement le double de son poids ! Et encore un ! Mais comment elle fait ?! Même la fille a arrêter de crier, oubliant qu'elle avait mal devant l’exécution en règle qui s’annonçait.

-Nooon...

Tout en douceur. Vous avez déjà vu une bête enragée vous susurrer un non pareil ? Et bien cela mérite au moins deux pas en arrière. Et de se claquer le dos contre le mur. Coincé, piégé. Voilà l'heure du festin.

Une mère inflige une gifle, voir une déculottée à son enfant généralement ? J'en ai suffisamment tâté pour y répondre par l'affirmatif. Mais parfois une mère oublie qu'elle l'est et devient une femme sans scrupule...


-AAAAAAAAAAAAaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhh !!!

Oui, ça, ça vient de moi. Pour tout être masculin, imaginez les attributs de votre genre écrasés sans pitié dans une poigne de fer. Et encore si cela s'arrêtait là...

-Tu bouges ne serait-ce qu'un sourcil et je te transforme en soprano...

Je ne suis pas versé dans l'art lyrique.... Autant dire qu'à part le tremblement dû à la douleur, je suis resté aussi animé qu'une statue.

-Bien...

Elle s'est mise à tirer vers le bas.

-Tss tss !

Ah d'accord, même plus de droit de crier ma douleur au monde. Mais elle va me les arracher à tirer encore comme ça !

-Tu vois mon chéri ? Lucia a aussi ses attributs étirés à l'extrême. Sauf que, elle, l'étirement ne s'arrête pas comme pour toi...

Dit-elle en gardant la tension. Cruelle bonne femme.

-Cela semble douloureux...
-Si seulement je pouvais me faire un manteau de ta fourrure !


Comme si j'avais besoin du rire ridicule d'un renard, raisonnant dans ma tête à n'en plus finir... Pitié !

-Pour qu'il s'arrête, il faut que l'enfant sorte. Hors, il arrive dans une mauvaise position. Donc il te reste deux solutions mon fils ! Soit tu restes comme un idiot comme tu t'apprêtais à le faire et je fais de l'huile avec ce que j'ai dans les mains ! Soit... TU COURS CHERCHER UN MEDECIN ESPECE DE CRETIN INCAPABLE !!!!


Les Beaux Quartiers




On avait suffisamment d'huile... Donc j'ai accédé à sa requête.

Et me voilà à la recherche d'un praticien assez particulier d'après ce qu'on m'en a dit. A une heure tardive de la journée, l'établissement dans ses heures d'affluence, je ne pouvais décemment y amener un médecin traditionnel. Fou comme les rumeurs de maladies sexuelles circulent vite dans cette profession...

Et faire entrer un médecin en douce, avec toute cette clientèle alentours aurait propagé la rumeur plus vite que le vent. C'est alors que je me suis souvenu d'une conversation avec l'une des filles.


« -Vraiment bizarre... Il m'a tellement parlé de ce guérisseur en termes élogieux que je le soupçonne même d'avoir pensé à lui au moment de se lâcher... »


Loufoque, dérangé, lunaire mais extrêmement compétent, et riche étaient ce que j'avais retenu de la description. Suffisamment riche pour ne pas dénoter dans l'établissement donc, et si incongru de nature pour ne pas que sa présence interpelle, hormis que tout ce qui va jaser ne fera qu'amplifier sa réputation particulière. Il était la meilleure option.

Mais, à part les beaux quartiers, la fille n'avait pas de localisation plus précise. J'ai dû envoyer une petite armée de coursiers pour me trouver le cabinet.

Et me voilà à frapper à sa porte. En personne oui. Je ne tenais pas à revoir ma mère sans médecin avec moi... D'une pour Lucia...

Et de deux, pour moi si ça devait mal finir...
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Automne
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Alchiminae

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MessageSujet: Re: C'est ça le médecin?!    Jeu 29 Sep - 22:38

Le cabinet d'Automne était situé dans ces ruelles étroites et sinueuses du centre-ville, là où les semelles des chaussures claquaient sur de gros pavés irréguliers. On pouvait le trouver dans une de ces maisons à l'architecture typique, toutes serrées les unes contre les autres. Ainsi le cabinet était perdu sans plus de signalisation au milieu de toutes ces habitations identiques. Seule une plaque gravée de couleur bronze, accrochée au mur près de la porte, indiquait sobrement "Cabinet du Docteur Guérisseur Apothicaire Automne". Vu de l'extérieur,  on avait l'impression que l'espace devait être aussi étroit que la bâtisse d'un étage coincée entre ses sœurs jumelles. Et ce malgré la toute petite ruelle que l'on devinait sur la gauche. Néanmoins, rien que la porte de bois sombre et massif donnait le ton. Le matériau finement ciselé était éventré par une fenêtre d'un verre épais et opaque, protégé par des tiges d'orfèvreries tout aussi délicates. Une excentricité onéreuse visible dès la porte d'entrée, et la première d'une longue série.

Un coup retentit contre le bois sombre et presque aussitôt le pan s'écarta, accompagné par le son joyeux d'un carillon.  La porte s'ouvrit donc sur Tallan, dont la stature impressionnante occupait généreusement l'encadrement. L'homme était plutôt élancé, mais il était aussi plus grand que la moyenne. Avec ses courts cheveux d'un noir de jais impeccablement coiffés et son costume à la veste en queue-de-pie si bien taillé qu'il était évident que c'était du sur-mesure. On n'aurait pas pu le prendre pour autre chose que pour le majordome. Il détailla un instant de ses yeux sombres l'inconnu. Un homme propre sur lui, avec des vêtements sombres qui semblaient le couler dans les ombres de la rue que les quelques lampes à huile peinaient à éclairer. Tallan était là pour filtrer les entrées et renvoyer les individus louches chez eux. Les voleurs, ou ceux qui pourraient vouloir du mal à son maître. Et il était plutôt doué pour juger les gens. Il fallait au moins son œil d'ancien guerrier pour cela, car Automne recevait aussi bien des gens de la haute société que des personnes sans le sou. Néanmoins, il était plus rare que celles-ci se déplacent jusqu'ici, même si en cas d'urgences, cela pouvait arriver. Mais celui-là entrait parfaitement dans la clientèle habituelle : discret et fortuné. Alors Tallan se décala sur le côté pour laisser l'inconnu pénétrer dans le temple des mille et une merveilles.

"Bienvenue au cabinet du Guérisseur Automne. Je suis Tallan le majordome, pour vous servir."

Tout en disant ces politesses, Tallan s'inclina respectueusement devant son hôte et referma la porte. Il se plaça ensuite stratégiquement sur la gauche de l'inconnu, à côté du portemanteau, lui laissant une vue dégagée sur la pièce aménagée pour enchanter les yeux. En effet, le cabinet occupait tout le rez-de-chaussée. Ici, une salle offrant un espace généreux, bien que chargeait de meuble, servait à la fois d'entrée, de comptoir et de salle d'attente. Il y régnait une ambiance tamisée grâce à un lustre de bougies et quelques lampes à huile qui créaient des jeux d'ombres et de lumière. Les bougies devaient être d'excellente qualité, car peu de fumée s'en échappait. Une odeur d'encens flottait doucement dans l'air, dégageant ce parfum particulier de forêt humide.

Au centre de la pièce parquetée de bois en demi-teinte, un lourd tapis aux motifs abstraits et aux couleurs riches, mais sombres devait avoir couté son pesant d'or, ou presque. Il servait d'îlot à un ensemble de fauteuils semblant particulièrement confortables et ornés de coussins aux tons rappelant ceux du tapis. Ces assises coûteuses entouraient une table de bois finement sculptée dont le dessus était en verre. On y trouvait quelques journaux, abandonnés au milieu de quelques pierres semi-précieuses. Des cailloux que l'on retrouvait également avec des fleurs séchées et des bibelots exotiques en tout genre sur le buffet contre le mur du fond. Un meuble sombre et richement ouvragé qui soutenait un grand miroir qui renvoyait à l'inconnue son image, tout en donnant de la profondeur à la pièce.

Le mur de droite était presque dépouillé, si ce n'est l'immense horloge finement travaillée qui marquait le temps de son balancier. Des tableaux de tailles moyennes représentant les différentes régions de Erya habillaient ce mur-là, ainsi qu'une étagère presque modeste accueillant bibelots, livres et plantes vertes. Pour des yeux avertis, une porte se camouflait dans l'ombre du coin droit au fond de la pièce, elle donnait sur l'escalier menant à l'étage, et aux appartements privés. Mais le regard était plus facilement attiré par le grand comptoir de bois massif sur la gauche, derrière lequel se trouvait un imposant meuble d'apothicaire, plein de tiroirs qui sentent les herbes. Enfin, plus vers le fond de la pièce, à gauche, s'élevait un paravent de papier.

"Puis-je vous débarrasser ?" Proposa le majordome en désignant la veste de l'inconnu. "Mon maître est occupé avec un client, il ne devrait pas tarder. Aviez-vous rendez-vous ?"

Celui-ci ne semblait pas faire partie de la clientèle régulière, mais il demandait par politesse. Néanmoins avant que l'homme ne puisse répondre, on entendit du bruit et les lampes animèrent tel un jeu d'ombre chinoise sur le paravent de papier. On vit une silhouette, puis le bruit d'une porte qu'on ouvre, et la silhouette disparue, s'enfonçant dans les ombres de la ruelle. L'art de la discrétion tout en cultivant le mystère, une spécialité ici. Le temps de quelques balancements de l'horloge et Automne apparut, écartant le paravent pour dévoiler une entrée vers une autre pièce.

Le guérisseur eut un sourire de bienvenue à l'égard de son hôte. Il se tenait là, comme nimbé de lumière dans cette pièce de pénombre. Sa tunique blanche aux discrets motifs bleutés qui noyait ses membres fins sous un tissu de soie fin bien trop ample pour le corps frêle. Les manches pendaient sur les coudes, dégageant les avant-bras à la peau pâle. Le visage avenant était encadré par deux mèches solitaires, le reste de ses cheveux châtains étant relevé en un chignon relâché tenu par des baguettes de bois finement ciselées. Le bout de celles-ci dépassait un peu sur le côté, laissant pendre les minuscules chainettes de perles. On distinguait quelques éclats d'argent à ses poignets, son cou ou ses chevilles. Mais c'est surtout quand il écarta les bras pour saluer son hôte inattendu dans un geste théâtral que le tintement des bracelets s'entrechoquant dévoila leur présence.

"Je suis Automne, bienvenue chez moi. Je ne pense pas avoir déjà eu l'honneur de votre visite en ces lieux. Que puis-je pour vous aider ?"

Une présentation simple, sans titre, on pourrait presque croire qu'à la phrase suivante, il l'inviterait à prendre le thé. De plus, il relevait ne jamais l'avoir croisé autant pour montrer qu'il connaissait personnellement chacun de ses clients que pour lui demander indirectement son nom.
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Calaën
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MessageSujet: Re: C'est ça le médecin?!    Ven 30 Sep - 13:47

Un majordome ? Une idée à creuser. Il est vrai que cela me serait utile après réflexion.

-Parce que incapable de savoir quoi faire de tes dix doigts à part les fourrer où il ne faut pas ?
-Pour déléguer l'intendance ma carotte velue !
-L'intendance ? Laisse moi rire ! Tu t'arranges toujours pour y échapper !
-Justement, c'est épuisant !


Et oui, on ne se refait pas. Une enfance à faire la bonniche, cela vous lasse des corvées. Surtout quand une tâche indélébile fait de la résistance...

-Tu te souviens que je lis tes pensées ?
-Oh ? Quel maladroit je fais...


Bon, et ce guérisseur alors ? Parce que de premier abord, par le décor, il me rappelle une diseuse de bonne aventure. Tout est trop beau pour être sérieux.

-Non, regarde au fond, il y a un bouffon pour amuser la galerie !
-Au fond ? Je vois qu'un miroir.
-...
-Stupide parasite...


Si bien agencé, avec du goût, confortable. J'ai dû mal à croire qu'on vienne s'y faire soigner. Bien qu'en la matière, le dernier médecin que j'ai vu, était là pour une amputation. Et il ressemblait plus à un boucher qu'autre chose.

Et puis c'est quoi cette histoire de rendez-vous ? Comment savoir à l'avance qu'on va être malade? Étrange. Ou alors c'est un de ses guérisseurs au goût de spiritueux, qui par quelques mots doux et une tisane aux effets euphorisant vous rendent invincible et prêt à affronter le monde. Psychologues qu'ils se font appeler je crois. Des charlatans d'un genre nouveau.

Revenant au majordome qui veut me débarrasser, je n’eus même pas le temps de lui répondre qu'un suspect s'échappa en toute discrétion relative. Il y a que les gens suspects qui sortent en catimini comme ça du cabinet d'un médecin, non ?


-Comme toi sortant de la chambre d'une des filles...
-C'est pour les réconforter !
-Si jamais j'en arrive à déprimer... Épargne moi ton « réconfort » alors...
-Pourtant, tu dois être si douce...
-Je mord.
-Comme un chaton trop mignon !


Heureusement mon sourire s’effaça avant que l'hôte fasse son entrée. Je n'étais pas là pour m'amuser après tout. Je venais sauver ce qui faisait de moi un homme.

M'adressant à ce Tallan, en essayant de garder les us et coutume de la Haute, que je fais enseigner à mes filles d'ailleurs. Mais que je suis que trop rarement...


-Merci mon brave, mais je ne reste pas, c'est une urgence.

Et voilà. Faux sur toute la ligne. Ne pas s'adresser aux domestiques avec considération. Ne pas les informer de ce qui ne les concerne pas. Quelque chose me dit que sans les filles, je serais surement invisible de la haute société.


Et d'après la mise en scène de son entrée, ce médecin n'entre dans aucun des codes que j'ai pu observé jusque là.

La prestance est présente. Mais il a aussi la légèreté qui sied à la gente féminine. Et la familiarité du roturier. A croire qu'il ne rentre dans aucune case de notre société. Ou dans toutes. Reste à savoir si il est le genre de médecin que je recherche... Au pire, ma mère aura une autre cible à émasculer...

Je fis un léger hochement de tête.

-C'est une bonne nouvelle en soi, non ? Être inconnu d'un médecin est signe d'une santé préservée, vous ne croyez pas ?

-Un thé peut-être ? Lucia ne t'en voudra pas si tu traînes un peu...
-Pour ça, il ne faut pas froisser le médecin justement, idiot !


-Cependant désolé de... ne pas avoir pris rendez-vous...

Oui oui, le concept m'échappe j'avoue.

-Mais c'est une urgence. Un accouchement difficile. L'enfant ne semble pas prendre la vie du bon coté...


-C'est bien le moment de faire de l'esprit...
-Oh ça va !


-Il présente les fesses et semble s'être fait une écharpe de son cordon. C'est dans vos cordes ?  


Tiens, aucun nom encore. Pour un pratiquant qui cache ses clients, cela ne devrait pas poser de problème. Bien peur que le mien ne soit trop connu dans le milieu et qu'il n'a pas toujours bon accueil hors de l'établissement... Même par mes propres clients. Ne pas confondre l'homme et le noble comme dirait ma mère.
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Automne
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Alchiminae

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MessageSujet: Re: C'est ça le médecin?!    Ven 30 Sep - 18:57

Automne se servit de tout ses sens pour sonder son invité, soucieux et perplexe, voilà ce qui ressortait le plus. Ce n'était pas rare, surtout venant de quelqu'un qui découvrait l'endroit pour la première fois. Le guérisseur sourira gentiment à la remarque, puis son expression se fit amuser quand son hôte s'excusa de ne pas avoir de rendez-vous. Assurément, il n'était pas habitué au fonctionnement des lieux, on venait aussi pour des urgences parfois. D'ailleurs, le mot en question sortit de la bouche de l'inconnu. Instantanément, un changement s'opéra dans la pièce. Alors que Tallan jetait son interminable bras derrière le comptoir pour attraper une besace de cuir, Automne arriva pour la prendre à la volée en se dirigeant vers le meuble d'apothicaire. Le sourire d'hôte charmant d'Automne avait complètement disparu, laissant tomber le masque de l'extravagant, il avait pris celui du médecin.

Dans la besace, il y avait quelques ustensiles et mélanges d'herbes qu'il utilisait le plus souvent. L'inconnu prononça le mot "accouchement" alors qu'Automne se tournait vers ses tiroirs, il en ouvrit rapidement deux et rajouta dans sa besace des sachets d'herbes odorants. Il reporta ensuite son attention son invité, qui venait de finir son explication, avec un visage sérieux et professionnel. Dans son esprit, il analysa rapidement la situation, l'homme semblait concerné, mais il n'avait senti aucune panique dans sa voix. Cette information révélait beaucoup de choses sur son lien avec la femme en difficulté. Et malgré le manque d'information, seules certaines questions bien précises pouvaient encore intéresser Automne en cet instant. Savoir le nom de l'homme ou les circonstances exactes qu'il l'avait amené ici et pas chez un médecin plus conventionnel étaient par exemple les dernières de ses priorités. Non, le guérisseur allait à l'essentiel, calmement, mais rapidement :

"Quel âge a cette femme ? Depuis combien de temps le travail a-t-il commencé ? Et était-elle encore consciente quand vous l'avez quitté ?"

Automne attendit la réponse, il rajouta ensuite dans sa sacoche une paire de ciseaux médicale, un sachet d'herbe, une petite bouteille de verre et un linge propre. Puisque l'homme ne semblait pas inquiet plus que de raison, Automne ne perdit pas de temps avec les habituelles phrases faites pour rassurer ceux qui en ont besoin. Le guérisseur laissait simplement son attitude professionnelle et assurée faire son effet. Il repassa alors de l'autre côté de comptoir et attrapa la veste sombre que Tallan lui tendait.

"Où allons-nous ?"

Demanda Automne alors que son majordome ouvrait déjà la porte tout en y plaçant une pancarte signalant que l'occupant des lieux était parti pour une urgence.
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Calaën
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MessageSujet: Re: C'est ça le médecin?!    Dim 2 Oct - 19:18

Tiens, c'est vrai. Ce ne serait pas trop mal de connaître l'âge des filles. Recrutées pour leur physique, qu'il soit aguichant, singulier, autant de corps que de visage, je ne me suis jamais penché sur leur durée de vie. Pourtant, savoir combien de temps je pourrais les exploiter... pourrais... profiter d'elles... pourrais les maintenir loin des difficultés de la rue je veux dire.

-Désespérant...
-Moyen, venant d'un clandestin cérébrale...
-La place était vide et sans fond...

Alors que le majordome ouvrit la porte, je pus diriger le médecin, qui au passage, par son changement d'attitude m'avait rassuré sur son semblant de compétence. Bien que les apparences, on le sait, sont souvent trompeuses. Et que plus cela semble correspondre au cliché, plus c'en est éloigné.
Mais après tout, les choix me manquent et le temps défile. On fait avec ce qu'on a. Bref , je dirigeais donc les deux acolytes vers la diligence avec laquelle j'étais venu. Et oui, tout le monde n'habite pas les beaux quartiers...

Je profitais des quelques pas nous séparant du moyen de transport pour tenter de répondre à ses questions.


-Elle est encore jeune si on peut dire, vers la centaine d'années, par là.


-Quelle précision...
-Tu le connais son âge toi ?
-Je ne prétends pas en prendre soin moi...
-En même temps, tu ne peux pas prétendre à grand chose...


Et un vexé, un. La soirée n'est pas si mal en fait !


-Une bonne heure avant de partir à votre recherche, plus le temps qu'il m'a fallu pour vous trouver, et le temps qu'on arrive, on devrait atteindre presque trois heures de travail environ.


Le temps que j'imagine une main broyant ma virilité pendant trois heures, et le temps de m'en remettre, on finit par grimper dans la diligence, feignant une ancienne blessure pour éviter tout questionnement.

-C'est un guérisseur et tu parles de blessure vraisemblablement encore active... Du grand génie...

Oui, il ne reste pas vexé longtemps. Mais il n'a pas tort. Juste le temps d'un soupire et je repris une attitude distingué en m'asseyant. Le cocher partit aussi tôt. Ni trop vite, ni trop lentement. Il fallait arriver rapidement, mais pas les deux pieds devant...

-Elle criait encore quand je suis parti. Après, cela fait un moment, elle ne sera peut-être plus consciente à votre arrivée.


Entre deux cahots, on put voir par la fenêtre que l'on quittait les beaux quartiers pour rejoindre ceux un peu plus populaires. Comme précédemment expliqué, ma clientèle profite de mes services, à la condition qu'ils restent discrets, et loin de leurs vues le reste du temps. J'ai donc abandonné l'idée de déménager mes quartiers.

Et il faut voir ce que ça me coûte en service d'ordre. Tous des étrangers de Theonova, et régulièrement renouvelés pour éviter la corruption. Seuls quelques cadres à la loyauté sans faille restent en poste afin d'encadrer les nouveaux arrivants. C'est devenu impératif. La consigne de ne pas goûter aux filles ayant été pris à la légère trop souvent, et ceux devant la noble clientèle, une perte financière s'en est fait ressentir.

Comme de coutume, la Haute ne peut tolérer qu'une basse caste puisse profiter des mêmes plaisirs, entendez par là les filles, qu'eux. Je dus renvoyer les fautives, perte sèche de revenus le temps de les remplacer. Puis les fautifs, sans ménagement ni rétribution mais la recherche couta du temps et de l'argent en recruteur. Et enfin, toutes ces ristournes accordées aux clients offensés pour les garder « fidèles »...  à mon établissement. Oui, l'ironie du terme me fait sourire. Aucun de mes invités est célibataire...

La diligence ralentit.

-Ce n'était pas très loin, mais je ne savais pas à qui m'attendre ainsi que vos capacités motrices. Nous y voilà !

Enfin, on venait de déboucher sur l'angle de mon commerce. Le seul bâtiment du coin à avoir été rafraichi à coups de peinture. Rien de très spectaculaire. Des couleurs chaudes, du jaune au rouge, allant sur le pourpre. L'architecture extérieure était minimaliste et ne jurait pas avec le voisinage.

Séparé de ses voisins par une large allée couvrant toute la rue, l'établissement ne passait pas inaperçu non plus. Les hommes en armes, excessivement coûteux, y étaient en grande partie responsables. Mais totalement indispensable pour rassurer les occupants. Pas moins de douze d'entre eux étaient visibles. Deux par portes, sur deux entrées de service, et les huit autres gardaient l'entrée principale.

Parfaitement hétéroclites, aucun n'avait une arme identique, ni une carrure approchant celle de son voisin. Et encore moins une apparence vaguement ressemblante à ses collègues. Mais tous étaient extrêmement compétents. Et insolents...

Ils n'eurent même le bon sens de faire bon accueil à ma diligence, reconnaissable entre toutes. Le cocher est féminin... pour ceux y prêtant attention.

Ce n'est qu'en remarquant que je n'étais pas seul qu'ils prirent une position plus professionnelle. Mais ne vous y fiez pas, ils sont bien plus dangereux quand ils ont l'air décontractés.


-Voici... mon cabinet. Tout comme le vôtre, on accorde des soins pour le bien être des patients...

Passé l'entrée, on put voir sur l'espace d'une dizaine de pas à quoi je faisais allusion.

On aurait pu se croire à une réception bourgeoise, excepté que le service était exclusivement féminin. Chacune dans son costume de scène et tenant son rôle jusqu'à recevoir une commande particulière.

Hôtesse d'accueil. Serveuses. Artistes de scène. Cuisinières. Dames de compagnie. Épouses. Et pour les plus joueurs, maîtresses assumées.

C'est comme un immense théâtre. Au détail près que les costumes du personnel, bien que respectant les codes de leur rôle, ont tous une échancrure plus profonde à différents endroits, révélant partiellement ce que dans une vrai réception, les invités rêveraient de voir si la demoiselle était à leur goût.

Mais le guérisseur, s'il put voir quelques éléments de l'établissement, fauteuils, coussins, comptoirs, divans et tout le nécessaire à la détente, ainsi que ce personnel à faire tourner les têtes, qui pour certaines dévorèrent des yeux le nouvel arrivant...


-Jaloux ?
-Rigoureux!
-Mais bien sûr...

Il n'eut pas l'occasion d'en profiter longtemps que je le guidais déjà l'étage, non sans un regard pour celles qui s'oublièrent un instant. Toutes regagnèrent précipitamment leurs rôles, exceptée l'artiste de scène du jour qui s'humidifiait admirablement les lèvres en un sourire mutin. Rose. Je soupire. On a tous nos faiblesses...

Quelques marches et nous y étions. Enfin, je crois. C'est si calme.


-C'est cette chambre... Normalement.

J'ouvre. En voyant les larmes et le recueillement, on devinait la suite. Ne laissant pas entrer le médecin, bloquant de mon corps l'entrée, je braque mon regard sur ma mère.

-Il y a longtemps ?
-Une dizaine de minutes. On n'a pas su la ramener...


Elle refoulait ses larmes. C'était une dure au cœur tendre, mais il y avait du monde. J'inspire. Et d'une voix calme mais ne souffrant aucune contestation.

-Dehors. Toutes.

Elle ne se le firent pas dire deux fois. Larmoyante et reniflant, elles s’exécutèrent néanmoins. Une fois la dernière sortie, je me retourne sur le médecin, le laissant entrer.

-Il y a une chance pour l'enfant ?

Pas besoin d'empathie pour déceler l'intérêt de la question. Mais quel intérêt ? Là est la vraie question ...
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Automne
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MessageSujet: Re: C'est ça le médecin?!    Lun 3 Oct - 21:51

Encore une fois, l'imprécision sur l'âge pouvait en dire long sur les liens entre cet homme et la patiente. Automne commençait à se faire une idée, mais il avait encore trop peu d'éléments pour trancher. Oh bien sûr, il aurait suffi de demander, mais le guérisseur préféra rester pour le moment concentré sur son véritable objectif et économiser sa salive. Trois heures de travail ? Le cerveau du médecin analysa rapidement toutes les situations possibles. C'était à la fois très court, ou très long, en fonction de l'état de santé de la patiente. Mais surtout, ce n'était là qu'une approximation, les contractions commencent souvent bien avant que les premiers cris ne viennent.

Automne perçut l'hésitation de l'autre homme au moment de monter dans la diligence, aussi bien mentale que physique, car il eut un temps d'arrêt. Difficile de dire ce qui causa ce moment d'égarement. En effet, si l'autre semblait soudain ralenti par une douleur, Automne n'en perçut pas tous les signes. Cela semblait plus être un moment d'absence de la pensée que du corps. Le guérisseur était empathe, mais il ne lisait pas les pensées des gens, aussi avait-il dû apprendre à gérer sa frustration pour se concentrer sur les faits. Inutile de se perdre en hypothèses pour le moment, aussi monta-t-il sans faire aucune remarque dans la diligence, seul. Tallan étant resté pour garder le cabinet. Même s'il ne pouvait pas recevoir les clients en rendez-vous, il pouvait tout de même vendre des médicaments et autres consommables. Et on reste ouvert tard chez Automne.

Le guérisseur nota distraitement que le cocher était en fait une cochère, fait suffisamment rare pour être remarqué. Puis il regarda les bâtisses devenir plus simples alors qu'ils quittaient les quartiers nobles. Le trajet fut relativement court et la remarque de son hôte surprit Automne. Pour une raison ou pour une autre, il était de nature prévoyante et sans doute méticuleuse. La diligence s'arrêta donc et le guérisseur descendit pour découvrir un bâtiment simple, mais pourtant gardé par de nombreux hommes armés. À ce stade, plusieurs possibilités étaient encore en lice dans l'esprit d'Automne qui se prit soudain au jeu des devinettes. Les gardes firent plus attention à lui qu'à celui qui le guidait, une attitude désinvolte qui contrasta avec les mots de l'homme : "Mon cabinet". Voilà qui était étonnant.

En tout cas, ces quelques mots étaient révélateurs et quand la porte grinça, plus aucun doute n'était permis. Automne pénétra dans un de ces lieux qui sentent la luxure, le vice et le désir, à tel point qu'il avait la sensation de le percevoir avec son nez. Il commença donc à comprendre pourquoi on était venu le chercher lui et pas un autre. Alors il joua le jeu, de bon cœur il faut bien le dire, lui qui aime tant faire l'acteur. Il s'imprégna rapidement de l'ambiance du lieu, qui était bien originale, il fallait l'avouer. Tout était organisé comme une pièce de théâtre, avec son décor et ses acteurs, ou plutôt ses actrices. Et le nouvel arrivant écopa brusquement du premier rôle, le masque du médecin ayant glissé de son visage dès la porte passé.

Désormais, il s'était drapé de la même envie lubrique que tout les hommes présents. Le sourire carnassier adouci par ses traits, il avait également détaché rapidement ses cheveux pour plus d'effet. La démarche souple, mais engagée, il déshabillait d'un regard d'envie et même temps très retenu chacune des femmes qui croisaient son chemin. Voilà qui plaisait habituellement à ses dames : être remarquée sans avoir l'impression de n'être qu'un simple bout de viande. Il fit en revanche bien attention à ne jamais croiser le regard d'un autre client. Automne poussa même le rôle jusqu'à échanger une œillade appuyée et complice avec celle qui tenait le premier rôle ce soir. Puis il suivit son guide dans un escalier de service et le charme fut rompu. Il redevint le médecin et en bas chacun et chacune retourna à ses occupations, mais une chose était sûre, le passage d'Automne n'avait sans doute pas laissé beaucoup de monde indifférent. Après, en bien ou en mal, ça c’était une autre histoire...

Ce genre d'établissement laissait néanmoins à Automne un sentiment mitigé. Il était logiquement contre l'exploitation de l'homme par l'homme. Mais il comprenait aussi que c'était parfois le seul moyen de se sortir de la misère de la rue. De plus, les filles semblaient bien traitées. Quant au métier en lui-même, rappelons qu'Automne vend lui aussi ses charmes ! Après tout, n'était-ce pas le plus vieux métier du monde que de délasser les corps ? Tout en montant les escaliers, le guérisseur attacha de nouveau l'ensemble de ses cheveux et il prit une lanière à sa ceinture pour remonter ses manches trop longues en les fixant à ses épaules. Il sentit la tension ambiante bien avant d'arriver devant la porte de la chambre.

Automne se fit discret le temps de l'échange entre les occupants du lieu et il en profita pour avaler l'immense sentiment de détresse qui le prit à la vue de ces femmes en pleures. Il ressentait leur tristesse comme la sienne. Il était arrivé trop tard, à ça il ne s'habituerait jamais. Jamais il n'accepterait qu'il ne pouvait pas sauver tout le monde. Ce soir, dans l'intimité de son cabinet et avec Tallan pour seul témoin, il laisserait le remords lui déchirer l'esprit. Mais pour le moment, aucun signe de sa détresse ne fut visible. Il resta professionnel en notant mentalement le temps indiqué par la femme : dix minutes, bien trop long. Et il attendit patiemment qu'on le laisse entrer.

Aussitôt, il se précipita vers le lit et détailla la scène, notant la moindre information. De la position des membres lasses, aux yeux vitreux qu'il ferma dans un geste de respect. Une image qui, comme tant d'autres, le hanterait longtemps après. La couche était défaite et la maigre tenue de la pauvre femme aussi. Et pas que à cause de sa lutte, Automne nota que quelqu'un avait dû essayer de lui faire un massage cardiaque, ou quelque chose s'en rapprochant le plus possible en tout cas. Il replaça d'ailleurs un peu le tissu sur la poitrine par pudeur, pour mieux dégager le ventre gonflé. Sa décision avait été prise en quelques secondes, il ne pouvait plus rien pour la mère, mais avait senti le cœur de l'enfant battre sous ses doigts.

Rapidement, il posa sa sacoche et en sortit les outils utiles, emballés dans des tissus propres. Il mit des gants de cuir fin, eux aussi gardés dans du linge propre. Et il se mit au travail, avec des gestes sûrs et précis. Il eut peur un moment que l'enfant soit déjà trop engagé, mais ce n'est pas le cas. Il fut aussi rassuré que le cordon n'ait pas fait de nœud. Et il n'eut rien à demander, car tout avait été préparé : l'eau et le linge. Il sortit l'enfant, un beau bébé bien formé, mais affaibli qui tardait à pousser son premier cri. Alors Automne le serra contre lui, insensible au fait que ses vêtements seraient bons à jeter après ça, et il le massage doucement. D'une main, il chercha rapidement dans ses affaires un paquet de plantes à l'odeur si forte que l'autre homme pouvait sans doute la sentir de là où il était. Automne l'agita devant le nez du nourrisson qui toussa et s'époumona enfin, stimulé par l'odeur désagréable.

À ce moment, Automne s'était mis à murmurer des paroles rassurantes au petit. Il commença ensuite à le laver délicatement, après avoir retiré ses gants, il fit un cocon de linge et tendit enfin le marmot pleurant à son "propriétaire".

"Félicitation, c'est une petite fille." Fit-il en essayant d'y mettre un ton joyeux malgré la tension qui se relâchait à peine. "Il lui faudra une nourrice et des soins réguliers les premiers jours, elle est très faible. De plus, il se peut que cet incident ait laissé des séquelles qui n'apparaitront que plus tard dans son développement. Je ne peux rien assurer pour le moment."
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Calaën
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MessageSujet: Re: C'est ça le médecin?!    Mer 5 Oct - 11:43

-Une fille ?

Est-ce que le désespoir s'entend dans mon intonation de voix ? Incontestablement. Et l'abattement fait dire n'importe quoi parfois...

-Et elle n'aurait pas un jumeau par hasard qui attend au fond, bien planqué ?

-Si bien sûr. C'est bien connu qu'on y fait son marché. On remet la petite dans son rangement avant de fermer aussi...

Je n'ai même pas la force de répondre, ou de reprendre une attitude dite normale face au médecin. Je tourne en rond comme un lion en cage. Oh que j'ai envie de hurler. De tout fracasser. Lucia et le médecin compris. Mais j'ai un bébé dans les bras. J'inspire longuement. Et expire tout aussi lentement.

-Ah ? Toi aussi tu vas accoucher ?


J'inspire plus rapidement là. En faisant des petits bruits entre le grognement et ceux qu'on pourrait faire lors d'une constipation. Je hais ce parasite. Mais je me reprend suffisamment pour garder une attitude civilisé. Enfin quelque chose s'y approchant, mes yeux restant dans le vague.

-Veuillez m'excuser... C'est... L'émotion...

Et quelle émotion. Une pure colère sur la fatalité. Un sentiment d'injustice. Un grand désarroi.

-Il aurait fallu un garçon...

Il me fallait un garçon. Ce n'était pas pour moi. Je ne suis pas le père. Dans mon établissement on veille à toujours éviter de mettre les filles enceintes. Par le calcul sur les temps propices, ou bien en tuant rapidement le fœtus à coup d'herbes nocives. Non, celui là était voulu.

Imaginez un noble de haut rang, avec un nom réputé. Imaginez son épouse, fille d'un autre dignitaire imminent offerte en gage d'alliance commerciale, mais comptant énormément pour son père. Une fille qui veut rendre fière sa famille d'origine en étant une épouse parfaite.

Et maintenant imaginez qu'elle soit stérile. Sans doute possible. Plusieurs années d'ébats n'y ont rien fait, alors que quelques écarts conjugaux ont essaimé une bonne dizaine d'enfants illégitimes. Sauf qu'il faut un héritier minimum à ce noble. Et il est hors de question de prendre un des bâtards. D'une parce que tout le monde le saurait, n'ayant jamais vu l'épouse enceinte. Et de deux parce que un héritier bâtard ne sera jamais pris au sérieux. Une situation difficile.

Jusqu'à ce que Lucia, après des confidences sur l'oreiller de ce noble en question, me les rapporta au cours d'une de ces réunions où je récolte tout ce qui peut m'être utile. De quoi faire chanter. De quoi  trouver un nouveau partenaire commercial. De quoi vendre des informations concurrentielles. Vraiment je ne suis pas difficile, tout peut toujours avoir un intérêt. C'est pour cela que j'incite les filles à être attentive. Leur faisant miroiter quelques revenus ou libertés supplémentaires pour une bonne information. Comme celle-ci.

Un plan avait alors émergé dans mon esprit.


-Vicelard...
-Opportuniste je dirais.
-C'est la version politiquement correcte.
-Tout le monde y gagne. Je suis leur sauveur !
-Euuuh... Avec une fille ?
-Va te....


J'inspire longuement.

J'ai donc pris contact avec ce dignitaire. En y mettant les formes. Rappeler son impuissance à un noble et il vous fait écarteler l'instant d'après pour vous prouver le contraire. Et très franchement, l'écartèlement me semble une expérience bien trop douloureuse. Le dernier organe qu'on a failli m'écarteler, aujourd'hui même, pulse encore de douleur, c'est dire.

Alors j'ai vanté mon stratagème comme un service proposé tout ce qu'il y a de plus courant. Faisant croire que j'y avais déjà eu recours. Pure mensonge évidemment, mais il faut ce qu'il faut pour convaincre. Bien qu'avec du recul, j'aurais dû offrir ce service depuis longtemps. Il est très rentable.

Il consiste à réserver une des filles pour une durée d'un an minimum. Deux mois où elle serait interdite de toute copulation afin de certifier qu'elle n'est pas actuellement enceinte. Sous surveillance d'une connaissance féminine du client. En l’occurrence une esclave dont personne ne se soucie de son absence. Et une fois l'assurance acquise qu'aucun bébé n'est en cours, le client entre en action.

Il a bien sûr l'entière exclusivité sur la demoiselle. Toujours sous surveillance. Ensuite il faut le temps qu'il faut pour réussir la procréation. La fille ayant été choisie pour sa beauté et sa plastique plus que pour sa prédisposition à enfanter, le client ne voit aucun inconvénient à faire les efforts nécessaires pour accentuer les chances de la mettre enceinte.

Un fois que c'est chose faîte, le client et uniquement lui peut encore profiter de la demoiselle jusque environ cinq mois de grossesse. Bien qu'à part la curiosité perverse de se faire une femme enceinte, il est vite reparti vers d'autre horizon féminin. Ensuite, elle est au repos totale jusque l'accouchement.

De son coté, le client devait convaincre ou plus vraisemblablement obliger son épouse à demeurer cloitrée chez elle afin que tous, à l'arrivée de l'enfant pensent que c'est bien le sien pour justifier sa disparition.

Coté financier. Le prestataire, moi même, ainsi que l'employée, Lucia, touchons dans les proportions habituelles, neuf dixièmes, un dixième de la totalité forfaitaire à la journée de l'année écoulée. Comme si la fille avait été sollicitée tous les jours, dans un tarif à la journée, tarif inférieur à celui horaire, et ce pendant toute l'année.

Le noble aurait un héritier de son sang. L'épouse ne serait pas répudiée pour infertilité. Et je me ferais une véritable fortune sur leur … infortune.


-Joli !
-Merci !

Si... Ce n'était pas une putain de fille !!!!

Mais ne pouvant évidemment l'ébruiter, je repris contenance face au praticien. Me construisant une petite mine désolée, un brin compatissante.


-Vous voyez bien dans quoi je travaille. Quelle autre avenir pour une fille dans ce milieu ?

Je regardais l'enfant gémissant encore un peu. J'arriverais presque à me convaincre. Quelle prestation !

-Elles sont déjà sorties de l'enfance quand je les recru... sauve de la rue. Mais là, je la verrais bébé, puis petite fille, et presque femme. Comment pourrais-je l'inclure à mon commerce si je la considère comme de ma famille ?


Ma mère est une exception ! Et elle a décidé toute seule ! Après aucune raison qu'elle soit favorisée financièrement parce que de ma famille... Ce ne serait pas professionnel, et profondément injuste envers les filles.        

Je soupire, l'air perdu.


-Enfin... Je ferais ce qu'il faut faire.

Heureusement, je suis prévoyant. Une autre fille est actuellement enceinte du même homme à environ un mois d'écart avec Lucia. Faites que ce soit un garçon.

Après, peut-être que le noble prendra la fille, en fausse jumelle du garçon espéré, ou en domestique... Elle est aussi de son sang après tout. Et elle lui aura coûté cher. Bien que si le deuxième essai n'est pas un garçon, je me suis engagé à rembourser la moitié des frais engagés. Et oui, les nobles sont difficiles à convaincre dès qu'il faut miser à risque...


-Merci pour tout. D'avoir été réactif, que ce soit dans l'acheminement ou votre prestation dans l'urgence. J'avais, pour tout vous dire, une piètre opinion de votre profession et de ceux qui la pratiquent...

Je le salue poliment de la tête, avant d'ouvrir la porte de la chambre de ma main libre et de héler qui que se soit se trouvant dans les environs. Deux filles rappliquent aussitôt.

-Amenez la petite à Sélena. Elle saura quoi faire.


Je tendis le paqu... L'enfant à l'une d'elle et lui fit signe d'y aller, retenant l'autre par le bras et lui parlant doucement, comme dans le recueillement.

-Va chercher deux gardes en bas et dire leur de monter rapidement s'occuper d'un corps à renaître.

Je lui fis signe de partir avant de la rappeler de nouveau.

-Sois claire avec eux. Le corps doit renaître !

Quoi de mieux que des tueurs pour savoir ce qu'il faut de la renaissance, quand leur boulot est justement de l'empêcher généralement. Ce pourquoi j'ai dû insister auprès de la fille. Un malentendu et je pourrais perdre Lucia.

Elle fila pendant que je me retourne sur le guérisseur.


-Elle avait toutes ses vies. Certes, en perdre une est toujours triste, mais cela pourrait être pire.


Je l'invite d'un geste à sortir.

-Que diriez-vous de descendre un peu se détendre après ce moment de pression ? Nous pourrions parler de vos honoraires autour d'un verre ou d'une collation ? Vous avez dîné ? Vous êtes mon invité si vous le voulez bien ! Je vous laisse choisir notre table et notre hôtesse ! Passez devant je vous prie.

Je le laisse me précéder. De ce que j'avais vu, il saurait faire bonne impression dans mon établissement. Et l'invitation n'est pas dénuée d'intérêt. S'il ne redescendait pas profiter un peu de la soirée, on pourrait se demander ce qu'il avait bien pu faire là haut. Hors, dès qu'on laisse les gens se poser des questions, cela tourne toujours mal...
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MessageSujet: Re: C'est ça le médecin?!    Mer 12 Oct - 23:33

Automne fut d'abord assez déconcerté par la réaction de l'homme. Il aurait cru qu'au contraire il était satisfait d'avoir une fille, pour faire tourner son business. Le médecin n'eut pas la force de rire au trait d'humour, qui était plus désespéré qu'autre chose. Il regarda l'autre s'agiter autant qu'il se sentit dans son esprit et il lutta contre l'envie de lui arracher l'enfant des bras, car il craignait que l'homme ait un mouvement malheureux. Et tandis que l'autre luttait pour rester calme, Automne luttait contre la colère sourde qui tambourinait dans son esprit, un sentiment qui n'était pas le sien. Car l'homme face à lui était en colère, très en colère, alors le guérisseur resta très calme, espérant ainsi aider son vis-à-vis à faire de même.

"Il aurait fallu un garçon..."

Oui, ça Automne l'avait compris, mais pourquoi ? Alors le médecin commença à ranger ses affaires, laissant le temps à son client de se calmer pendant que lui se torturait les méninges. Pourquoi cette réaction de désespoir colérique ? Maintenant que l'urgence était passée, le cerveau du guérisseur se remettait à fonctionner avec plus de jugeote. Bien sûr que dans ce genre d'établissement, on avait des moyens pour prévenir ce genre d'incident. Car s'en était bel et bien un, une fille enceinte ici, c'était une fille qui ne rapportait plus pendant plusieurs mois. Et Automne connaissait lui aussi ces moyens. Normalement, il vendait plutôt des tisanes pour favoriser la fertilité. Mais parfois,  discrètement, on venait lui demander des herbes à l'effet inverses, ou carrément des poisons pouvant provoquer la fausse-couche. Ces derniers, Automne ne les donnait que s'il était sûr de connaitre exactement toute l'histoire, s'il était sûr que c'était une décision réfléchie et acceptée. Et il les prescrivait avec soin, quelques grammes en moins et cela serait inefficace, quelques-uns en plus et le produit pouvait être mortel. Néanmoins, bien maîtrisée, cette méthode avait de bonnes chances de réussites. Ce qui n'empêcherait pas Automne de sensibiliser ses clients à l'utilisation de moyens préventifs plutôt que curatifs.

Mais bref, ces méthodes existaient, alors pourquoi cet enfant était-il dans les bras de cet homme ? Automne jeta un regard en coin à celui qui semblait toujours apathique, déchiré entre désespoir et colère, comme s'il se demandait à quel moment les choses avaient été de travers. Il restait la possibilité qu'il soit finalement le père. Au départ, Automne avait exclut cette solution parce qu'il ne semblait pas concerné plus que de raison par le sort de la femme, et sa réaction lui avait en quelque sorte donné raison. Après il pouvait très bien l'utiliser simplement pour porter son enfant, sans avoir de sentiments pour elle. Une perspective qui donnait des frissons d'horreur à Automne. Mais après tout, les filles n'étaient que des objets ici. Même si elles semblaient bien traiter ce qui était déjà pas mal. Mais à part ça... L'argent, pensa le guérisseur, l'argent est toujours un bon moteur pour ce genre d'individu. Arrivé à ce stade de ses réflexions, Automne soupira légèrement. En tant que médecin de l'esprit il avait appris à fouiller dans celui de ses clients, certes. Mais en tant que praticien, il avait d'abord appris à respecter les secrets et l'intimité de ceux qui venaient le voir pour autre chose. Et ici, le contexte particulier l'encourageait d'autant plus à ravaler ses questions.

"Vous voyez bien dans quoi je travaille. Quelle autre avenir pour une fille dans ce milieu ?
Elles sont déjà sorties de l'enfance quand je les recru... sauve de la rue. Mais là, je la verrais bébé, puis petite fille, et presque femme. Comment pourrais-je l'inclure à mon commerce si je la considère comme de ma famille ?"


Sur le principe, le discours de l'homme avait du sens, et s'il semblait sincère pourtant, quelque chose sonnait faux aux sens développés du guérisseur. Mais il se contenta de hocher la tête en signe d'assentiment. Les mots de l'homme ne lui permettaient pas d'affirmer ou non ses hypothèses et il n'avait pas à se mêler de sa vie. Il garderait donc une distance professionnelle.

"Enfin... Je ferais ce qu'il faut faire."


En revanche, le sort de l'enfant lui importait, aussi il fronça le nez et voulut répondre, mais l'autre ne lui en laissa pas le temps. Et Automne esquissa un simple sourire à la remarque suivante. Que répondre à cela ? Certes, certains médecins avaient des comportements à la limite de la morale et de l'éthique, sans doute plus intéressés par l'argent qu'autre chose. Mais beaucoup étaient simplement très bons dans leur domaine. Automne lui même ne se considérait pas comme meilleure qu'un autre, il avait juste ses propres méthodes.

"Mais de rien, je n'ai fait que mon travail." Assura-t-il humblement.

L'homme donna alors ses ordres et Automne voulut à nouveau protester pour l'enfant, mais un mot le stoppa dans son élan. Renaître ?

"Elle avait toutes ses vies. Certes, en perdre une est toujours triste, mais cela pourrait être pire."

Automne  écarquilla les yeux puis il eut un frisson et un ricanement sarcastique à peine audible, il reposa alors son regard sur le corps toujours allongé à côté de lui en se massant la tempe. Mais oui andouille, pourquoi je l'oublie tout le temps ? C'est qu'il prenait les choses un peu trop à cœur notre cher médecin. Pour lui, la perte d'une vie était toujours un échec et une tragédie. Il faut dire aussi que des renaissances, il en avait vu, il en avait aidé aussi, et il pouvait dire sans mal que c'était la pire chose qu'il pouvait avoir à faire. Même accompagner un malade avec une maladie incurable était plus simple à ses yeux. Car si le processus de destruction du corps est horrible à voir, c'est celui de création qui était extrêmement douloureux, une douleur qu'il n'avait jamais constatée nulle part ailleurs et qu'heureusement, le premier concerné oubliait généralement. Mais le pire, c'étaient les mois suivants, quand le corps grandissait à une vitesse excessive, laissant le patient faible et courbaturé. Quand l'esprit mature trop vite te recouvre ses souvenirs, particulièrement si ceux-ci étaient douloureux (et ils l'étaient pratiquement toujours, on ne meurt jamais dans de bonnes conditions à près tout). Honnêtement, Automne considérait qu'il n'y avait pas pire expérience que celle-là. De plus, à tout moment, il y avait tant de risques que quelque chose tourne de travers. Une renaissance devait être accompagnée à chaque instant, sinon le processus, en plus d'être particulièrement désagréable à vivre, pouvait ne pas aboutir. Et alors toutes ces souffrances auraient été endurées en vain. De ce fait, si Automne était plutôt satisfait qu'on demande à d'autres d'enclencher le processus de renaissance, il savait aussi que son aide pourrait être bénéfique à cette femme dans quelques mois, quand son esprit retrouverait peu à peu ses souvenirs.

Le guérisseur fut interrompu dans ses réflexions par la proposition de son hôte. On put presque voir le moment où il hésita sur son visage, il n'aimait pas être loin de son cabinet trop longtemps. Néanmoins, il faisait confiance à Tallan, il voulait parler de certaines choses avec le propriétaire des lieux et puis un petit moment de détente lui ferrait effectivement du bien.

"J'accepte votre invitation avec plaisir, effectivement je n'ai pas encore dîné. Par contre, je suis désolé, mais je crains qu'il faille me trouver d'autres vêtements si je veux pouvoir honorer votre proposition." Dit-il avec un air gêné en regardant sa tunique souillée lorsqu'il avait tenu l'enfant.La prochaine fois, peut-être penserait-il à prendre ce foutu tablier.

Il prit donc quelques minutes pour passer les vêtements qu'on lui proposa, un peu trop sombre pour lui, mais il n'allait pas faire la fine bouche. Ils étaient aussi un peu grands, mais ce détail ne dérangeait pas Automne, bien au contraire même. Il en profita également pour lâcher ses cheveux, coiffer trois tresses plaquées sur son côté gauche et remettre ses bijoux cliquetants. Finalement, il descendit enfin dans la chaleur un peu moite, suivi de son hôte. Automne embrassa la pièce du regard, souri, puis jeta son dévolu sur une petite table prévue pour deux et idéalement située dans un coin.

"Si vous désirez tant avoir un garçon, vous devriez compter les jours, il est conseillé de tenter la chose juste après l'ovulation. Vous pourriez aussi passer à mon cabinet, j'ai quelques tisanes ou infusions riches en sels minéraux qui sont réputés pour favoriser le sexe masculin." Déclara Automne sur le ton de la conversation en s'attablant avec l'autre homme, il parla aussi suffisamment bas pour que leur conversation reste privée.

Une première serveuse aux cheveux blonds comme les blés vint demander leurs boissons. Automne réclama un verre de vin coupé au miel. Il couva la fille d'un regard appuyé, mais visiblement peu intéressé puisqu'il passa assez vite à autre chose.

"Dans tous les cas, veillez à bien faire suivre la grossesse. Je conçois que ce n'est pas toujours facile, mais les complications sont si vite arrivées. La moindre faiblesse du corps peut devenir un véritable problème. Malheureusement, quand on s'en rend compte, il est parfois trop tard."

Il n'y avait pas de reproche dans sa voix, il ne faisait qu'informer son interlocuteur. Et ce faisant, Automne parcourrait la salle d'un regard presque avide, détaillant chaque fille. Il resta néanmoins un peu plus longtemps sur la danseuse qui performait au centre de la pièce.

"Je suis soulagé de savoir que votre... amie (il ne trouva pas d'autre terme plus adapté sur le moment) va pouvoir renaître. Si dans quelques mois, alors que ses souvenirs reviennent, elle a besoin d'un peu de soutien face à cette épreuve, n'hésitez pas à l'amener à mon cabinet. Je ferrais tout mon possible pour l'aider à passer cette renaissance au mieux."

Finalement, une autre serveuse vient leur apporter leurs boissons, un petit bout de femme aux cheveux brun foncé, elle semblait aussi un peu plus jeune. Et Automne trouva en elle ce qu'il cherchait, en effet même si elle ne laissait quasiment rien paraître, une tension habitait ses épaules. Alors soit elle passait une mauvaise soirée, soit elle avait du mal à s'habituer à un rôle peut-être nouveau pour elle. Aussi le guérisseur eut un sourire plus prononcé face à elle et il laissa sa main effleurer la sienne alors qu'elle servait sa boisson, signifiant ainsi son choix. Pendant qu'elle s'occuperait de lui tenir compagnie, elle n'aurait pas à côtoyer les autres, alors s'il pouvait lui épargnait un autre client, potentiellement plus brutal, il n'allait pas s'en priver.

"Mais au fait, je ne connais toujours pas votre nom ?" Demanda Automne en reportant son attention sur son hôte.

Il attendit la réponse avant d'enchaîner :

"Je ne voudrais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais... Que comptez-vous faire de l'enfant ? Si vous ne pensez pas pouvoir lui offrir un environnement propice, j'ai quelques clients qui désespèrent de fonder une famille et qui accepteraient sans problème d'adopter une petite fille dont je tairais l'ascendant."

Voilà, par ces quelques mots prononcés avec respect, Automne espérait offrir une solution descente à l'homme s'il ne souhaitait pas garder l'enfant.
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MessageSujet: Re: C'est ça le médecin?!    Sam 15 Oct - 11:26

Un croquemort ! Ah voilà ! Écoutant d'une oreille distraite ses remèdes de grand-mère, déjà tous plus ou moins appliqués, je cherchais depuis un moment à quoi il ressemblait...

-La vermine se revêt toujours de noir...
-Non, parfois elle prend l'allure d'une citrouille poilue...


Mais il est vrai que maintenant que je vois un autre porter ma garde robe, je me dis qu'un peu de couleur ne serait pas du luxe. Et que je devrais prévoir un service de vente d'habits de rechange. Puisque là, mon invité est venu en médecin, pour ressortir... en croquemort. Si ce n'est pas du comble ça...

Mais qu'est-ce qu'il fait ?! Il va finir par la déshabiller des yeux à continuer ainsi. Bon certes il y a un peu de jalousie j'avoue. Mais faut connaître Rose pour cela. Son nom de scène n'est ni pour le parfum ni pour sa beauté mais bel et bien pour ses épines... Et comme cactus ou oursin n'ont rien de glamour, j'ai opté pour Rose. Vous vous rendez compte qu'elle me fait payer ses faveurs ? Et au noir ? Et le pire, c'est que je paye...


-Tu n'as jamais su t'imposer mon mignon.
-Venant d'un lambeau de moisissure accroché désespéramment à mon esprit, ta remarque fait légèrement déplacée, tu sais ?
-Grr...


Ses grognements sont à croquer. Presque envie de lui faire un câlin. Et en profiter pour l'étouffer lentement, comme on savoure un met raffiné. Cela laisse rêveur.

-Ton croquemort te parle je te rappelle...

-Ah ? Encore une invitation à son cabinet ? Et bien, tu crois que je lui ai tapé dans l’œil ?  
-Ou alors il préfère que les dégénérés soient lobotomisés ?


Je reporte tout de même mon attention sur le guérisseur, avec un air reconnaissant pour le soin qu'il souhaite apporter à ma Lucia.

-Toutes ses amies se trouvent ici. C'est généreux de votre part, mais elle est très bien entourée. Vous vous souvenez de ces larmes en entrant dans la chambre ? Les filles veilleront sur elle...

Donc les blondes n'ont pas sa préférence je note... Il est plutôt porté sur les petites brunes.

-Et quel choix !
-Oui...


Vous avez déjà essayé de retenir un fou rire ? Alors que tout est contre vous ? Avec des ricanements contenus de la part d'un esprit colocataire ? Avec le sujet de ce fou rire en face de vous, qui semble à des lieues de comprendre l'ironie de la situation ?

-Il ne pouvait pas mieux choisir !
-Arrête...


Je ne vais pas tenir... Respire, respire. Profite de l'attention qu'il porte à la demoiselle pour relâcher ce sourire qui te tiraille. Allez vite, faciès de gentilhomme !


-Colombe... Je te présente notre hôte.

-Non !  Ne va pas lui gâcher la surprise !
-Elle a déjà remarqué, mais je crois qu'elle est partie dans son fantasme pour ne plus en revenir avant un moment !

-Automne ! Guérisseur réputé de la capitale et certainement au delà de ses murs. Et franchement il n'y a pas à dire, il sait vraiment y faire avec les jeunes femmes... enceintes.

Oh ? Pourquoi le « enceinte » a été à peine murmuré pour laisser toute la place au « jeunes femmes » ?


-Non, tu y vas fort là ! Je ne vais pas tenir non plus !
-C'est plus fort que moi !


Vous avez déjà imaginé un renard se retenant d'uriner à essayer de contenir un rire ? Ca vaut le coup d’œil croyez moi !

-Colombe ? Colombe ? … « Qui arrête les colombes en plein vooool...  à deux, au ras du sooool... »

C'est joli ! D'où je tiens ça ? En tout cas c'est de circonstance je crois ! Ah la revoilà ! Son trouble est plus qu'évident. Est-ce pour une mauvaise soirée ? Non, elle devient même radieuse pour elle.

-Tu m'étonnes !
-Chut, je peine à me reprendre !


Est-ce par sa condition de courtisane rémunérée ? Non plus. Il faut toujours un temps d'adaptation mais elle s'y est fait. Alors serait-ce par l'attention que mon invité lui témoigne ? Indéniablement...

-C'est à s'y méprendre... Cheveux longs... Corps svelte et gracile... Distingué... Élégant... Maniéré... Un parfait androgyne !

-On est bien d'accord !


Le genre qui plait à la gente féminine. A une très large gamme de cette gente ! Mais pour notre Colombe, c'est à un tout autre niveau.

-Mon bel oisillon... ? Accepterais-tu d'offrir à cette... Divine... Présence... ta charmante compagnie ?

-C'est fait exprès ces termes féminins ?
-Je ferais ça moi ?!


Visiblement. Mais il faut l'avouer, on ne pouvait imaginer que le guérisseur, aux allures assez gracieuses et à la silhouette élancée, qu'aucun jugerai efféminée, ne se décide à jeter son dévolu sur la seule fille de l'établissement à avoir un penchant pour les filles...

Là, j'ai un renard qui vient d'exploser de rire dans mon crâne. De mon coté, je me crispe à serrer les dents, à les broyer je dirais même, pour ne pas céder à ce fou rire.

Elle a de quoi être troublée en effet. Parce que bien qu'attirée par les femmes, elle reste friande des hommes tout de même. Si notre médecin cède à ses pulsions primaires, ce sera pour ma Colombe, un deux en un !


-Un homme en dedans !
-Une femme en dehors !


Et ce veinard d'esprit qui repart dans un éclat de rire alors que je me mord la lèvre. Seulement, mes yeux me trahissent à qui sait le voir, comme toutes les filles de l'établissement depuis longtemps en poste.

-J'en serais honorée... Calaën ? Dois-je prévenir Sélena de mon service ?


Mouché. D'une, elle vient de donner mon nom, en souriant malicieusement au guérisseur. Surement pour marquer des points envers son plat désiré. De deux, elle vient clairement de me menacer avec le prénom de ma mère...

Je ne peux laisser passer cela ! Je tente un regard noir... Et ce fut un échec lamentable. Difficile de paraître courroucé contre celle qui vient de nous procurer tant d'amusement... Je soupire en lui concédant la victoire.


-Ne te dérange pas pour cela... Si tu nous amenais la carte des mets je te prie ?

Elle s'inclina avec un petit sourire mutin, le rouge aux joues s'estompant à peine avant de reprendre de l'éclat quand ses yeux se posèrent sur le visage du praticien.

Je fis de même, sans le rouge évidemment, quoique je dois bien saigner pour m'être mordu la lèvre afin de retrouver une attitude convenable.


-Calaën donc...! Hélas je n'ai aucun nom à y ajouter... Enchanté !

Je souris, montrant que cela ne m'affecte guère. Puis je tique sur sa proposition suivante.

-Avec tous les enfants d'esclaves, ou de fille de joie qui traînent dans la rue, vos clients se désespèrent de fonder une famille ? Si en plus l'ascendance ne les intéresse guère, pourquoi ne se servent t-il pas ? Ce ne sont pas les orphelins qui manquent...


Avec tous les bordels peu recommandables des bas-quartiers, et toutes ces filles ne pouvant subvenir aux besoins des marmots accidentels, cela fera un dépôt intarissable d'enfants à vendre autrement qu'en esclave...  

Une idée à creuser en fonction de la réponse du guérisseur au cœur tendre.
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Automne
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MessageSujet: Re: C'est ça le médecin?!    Mer 26 Oct - 17:14

Automne sirota tranquillement son verre pour cacher le sourire qui lui montait  invariablement aux lèvres au fil de la conversation. Quelque chose semblait particulièrement amuser son hôte, notamment depuis qu’il avait "fait son choix". Cela se voyait dans ses gestes, s’entendait dans sa voix et Automne le ressentait. Or il avait tendance à vite se laisser gagner par ce genre d’émotions, surtout quand il avait besoin de détente comme maintenant. Alors pour continuer à paraitre sérieux, il utilisait son verre de vin pendant que le fameux Calaën et la fille semblait se livrer à un subtile jeu de sous-entendu. Le médecin ne réagit pas au fait que son hôte n'avait pas de nom, rappelons que l'on parle de quelqu'un qui se présente lui-même sous un surnom. Même si la raison devait être un peu différente pour notre homme d'affaire un peu particulier... Les enfants de la rue y restent bien souvent toute leur vie.

Néanmoins la remarque suivante faillit faire s'étrangler Automne avec sa gorgée de vin. Embarrassé, il reposa son verre et fixa un instant le liquide d'un beau rouge soutenu. Calaën avait tellement raison, et Automne comprenait sa légère agressivité, elle était légitime. Alors l'empathe, retissant, se résolu à faire l'avocat du diable, tentant d'expliquer un comportement qui n'était pas forcément acceptable, mais aussi tellement humain.

"En soit vous avez raison, mais les nobles et les bourgeois ont certaines... exigences, pas toujours très légitimes je vous l'accorde. Ils n'accepteraient que des nourrissons. Au mieux, ils peuvent ainsi faire passer l'enfant pour le leur, au pire mentir plus facilement sur son ascendance. Ce n'est pas forcément le cas pour tout  le monde, mais je pense que voir la misère dans les yeux d'un enfant qui a connue l'horreur de la rue peut effrayer ces gens à qui la vie à offert un cocon protecteur. Cela les renvoies à leur propre précarité. Et puis, même s'ils peuvent fermer les yeux sur l'origine de l'enfant, le fait que ce soit quelqu'un de confiance qui le leur présente joue beaucoup. Ainsi ils peuvent se déresponsabiliser et choisir d'ignorer la sombre histoire qui est alors passée sous silence."



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Calaën
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MessageSujet: Re: C'est ça le médecin?!    Mer 2 Nov - 20:38

Je hoche la tête, le regard dans le lointain.

-Nourrisson... Peu importe l'ascendance...

Oups, me voilà à réfléchir à voix haute. Je toussote légèrement, scrutant mon vis à vis le plus sérieusement du monde.

-Vous connaissez beaucoup de ses nobles désireux de devenir parents ? Et sauriez-vous combien d'enfants espèrent-ils ?

En tant que gérant du bordel le plus côté de la capitale voire de l'île, on garde forcément de nombreux contacts dans ce corps de métier. Et tous mes collègues n'ont pas forcément les moyens de protéger leurs filles des « accidents ». Accidents qui finissent en engrais pour jardin à venir, entendez, un trou dans la terre meuble la plus proche. Et oui c'est moche, mais c'est encombrant ces petites choses...

-Et tu vas te poser en héros salvateur de la cause enfantine ?
-Exactement !
-Écœurant !
-Ils vont vivre oui ou non ?
-« Un malheur n'est malheur que s'il ne te rapporte pas » est ta devise hein ?
-Bien trouvé ! J'adopte !


Oui, c'est un peu, beaucoup... profiter de la misère humaine. Mais elle existe après tout, autant qu'elle ne soit pas néfaste pour tout le monde. Je ne la créée pas, j'en profite seulement. Je l'élève même !  Au lieu de nourrir les vers, ils vont se faire gaver par la noblesse Eryenne.

Sauf que mon interlocuteur pourrait ne pas comprendre mes intentions. Enfin si, elles paraissent limpides, il me faut juste colorer un peu la situation pour lui ôter son coté sombre. Voyons...


-Ne vous méprenez pas, mais je connais nombres d'Eryens en devenir promis à un destin funeste. Vous savez que la vie est rude quand on n'est pas de l'élite, et que parfois, il faut faire des choix difficile pour survivre... Mais là, si votre proposition est sérieuse, vous pourriez sauver quelques vies...

-Non, tu as osé ?
-Quoi ?!
-Essayer de lui faire croire que la proposition vient de lui !
-C'est de l'interprétation !
-De la manipulation !
-C'est ce que je dis !


Je garde mon air sérieux. Un air cupide aurait été mal vu je suppose ? Non que le sort des bébés ne m'attriste pas.

-Mon œil oui !
-Cela le me touche je te signale !
-Bien sûr ! C'est autant de futurs exploités que tu ne peux avoir...
-Quelle médisance...


Bon, il y a un peu de vrai.

-Un peu ?!
-Raaah !


Peut-être un peu plus. Mais on ne peut régler tous les maux du monde, alors il faut avoir assez de recul pour en tirer profit au lieu de s'apitoyer dessus.  

Ah ! J'allais oublier un détail important. Peut-être le plus difficile à passer dans ce contexte...


-Bien sûr... Pour que cela ne floue aucun parti, et surtout la pauvre mère se séparant de son enfant...


-Allez, sortons les violons...
-...


-Il serait judicieux d'établir une rétribution profitable à cette dernière... Voyez cela comme un investissement sur son avenir. Et comme une conclusion nettement embellie par rapport à la situation initiale.


-Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre...
-Alors n'écoute pas !
-J'y peux rien, c'est toujours les sons les plus irritant qu'on entend le mieux !
-Fou comme ça couine un renard oui...


-Des Eryens désespérés deviennent des parents comme souhaité. Un nourrisson est sauvé. Et une mère obtient une chance de sortir de la misère. De quoi faire un joli conte !

-Genre la mère verra la couleur de l'argent...
-Je la débarrasse en promettant à son enfant une vie doucereuse, c'est être largement rétribuée pour une mère !
-C'est du vol...
-C'est un service que je lui rend ! Disons qu'elle me paye avec sa part du marché !
-Et tu arrives à dormir avec ça ?
-Facile, vu que tu me fatigues à longueur de journée...


Houlà, il ne faut peut-être pas que j'en rajoute trop, après tout, mon médecin de compagnie est un cœur sensible, pas un idiot. Enfin bon, trop tard, le pavé est lancé dans la marre. Il ne reste qu'à attendre s'il éclabousse, ou s'il fait mouche.

Mais au cas où, je rive mon regard sur mon plan de secours pour éviter l'esclandre...
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Automne
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MessageSujet: Re: C'est ça le médecin?!    Dim 6 Nov - 11:07

Depuis quelque temps déjà, Automne avait parfois une sensation de léger mal-être face à cet homme. Cela ne durait qu'une fraction de seconde, le temps de quelques mots, puis ça disparaissait aussi vite. Alors l'empathe restait attentif , attendant l'indice qui lui manquait. Finalement, ce fut les quelques mots où transparaissait un peu trop l'envie qui trahirent Calaën. Mais en soi, ce n'était pas la proposition qui choquait tant Automne, mais plutôt toute la subtilité qu'essayait d'y mettre l'homme pour la rendre plus honnête. A-t-on déjà dit que l'empathe était quelqu'un d'entier qui n'aimait que moyennement les ronds de jambe ? Surtout quand ceux-ci visaient à dissimuler une sombre vérité.

"Exploiter les filles ne lui suffit pas, il veut en plus vendre leurs enfants ? Ce type est un couard !"

Automne masqua un sourire quand la voix claire de VoileArgentée siffla sa colère.

"Allons, notre ami essaie juste de s'en sortir avec ce qu'il peut, il n'en serait pas là s'il n'avait pas su profiter au maximum de chaque occasion."

Car oui, Automne pouvait presque suivre le résonnement de Calaën, car il avait le même. La misère existe, alors plutôt que de s'apitoyer sur celle-ci, autant agir.

"Sauf que toi tu agis contre, lui veut en profiter !"

"Y a-t-il vraiment une si grande différence ?"

Car après tout, Automne n'avait-il pas lui aussi, sous couvert de porter secours aux plus démunis, construit sa réputation et fait payer des sommes importantes aux plus riches. D'un certain point de vue, cela pouvait ressembler à de l'extorsion de fonds.

"Mais tu ne t'enrichis pas sur le dos des miséreux !"

"D'un certain point de vue, la différence est faible."

Automne entendit VoileArgenté renâcler dans son esprit.

"Mon pauvre, tu es trop conscient de tes travers pour ton propre bien..."

Cette fois, l'empathe dû vraiment se retenir de rire. Mais le problème restait entier, il était demeuré totalement neutre pendant la tirade de Calaën et maintenant celui-ci attendait sa réponse. Or, s'il comprenait le résonnement de l'homme et si sa proposition était honnête sur certains points, il ne faudrait pas que cette histoire se transforme en trafic d'enfants. Automne devait donc y mettre le holà de suite. Et par la même occasion, faire en sorte que l'autre cesse de le prendre pour un idiot.

"J'ai dit que je connaissais quelques personnes dans ce cas, je n'en connais pas des dizaines. Je peux vous aider à placer quelques enfants, en faisant l'intermédiaire, mais je ne vais pas non plus mettre une pancarte sur la porte de mon cabinet pour attirer les couples sans enfant. Cela restera donc exceptionnel."

À ce moment, l'œil d'Automne se fit plus sombre et sa voix se chargea d'un petit quelque chose proche de la menace.

"De plus, on parle ici d'enfants non désirés, et rien d'autre. Si l'on peut agir contre la misère humaine, inutile de la créer. N'est-ce pas ?"

Le médecin était resté neutre dans son ton, pourtant ses mots semblaient avoir claqué dans l'air avec la force d'un fouet. Désormais, il était loin de l'image inoffensive qu'il avait renvoyée jusqu'alors. Son corps soudain plus redressé, il s'était entouré d'une certaine autorité.

Automne prit encore le temps de commander quelque chose à manger. Laissant à ses mots le temps d'avoir tout leur impact. Il prit donc un plat à base de pâte de céréale et de légumes. Il nota la présence de viande sur la carte, un mets relativement cher. Néanmoins, la clientèle de ces lieux pouvait sans doute se le permettre.
Puis le médecin posa à nouveau son regard toujours aussi sombre sur son vis à vis.

"Pour ce qui est de la juste rétribution, je vous laisserai le soin de négocier avec les couples concernés, par mon intermédiaire toujours. Car après tout, si est tout à fait normal que la mère reçoive une contrepartie équitable. Automne avait lourdement insisté sur ses mots. Les intermédiaires devraient être rémunérés aussi pour le temps consacré à cette transaction, n'est-il-pas ?"

Automne laissa quelques secondes de pose théâtrale, laissant à l'autre juste le temps de commençait à réfléchir à sa réponse avant de lever la main comme pour l'interrompre et de reprendre.

"Bien sûr, je ne parle pas de moi. Comprenez que je préfère autant que possible rester en dehors de tout ceci. Néanmoins, un partage équitable entre la mère et les autres intermédiaires (et son regard fit clairement comprendre qu'il parlait de Calaën) me semble essentiel."

Encore une fois, le ton modulé à la perfection insistait clairement sur les mots importants. Par son comportement et son discourt, Automne entendait faire comprendre qu'il n'était pas dupe, qu'il était près à aider Calaën, pour sauver des vies effectivement. Mais uniquement sous certaines conditions bien précises et qu'il ne tolérerait aucun écart, et pire, qu'il saurait surveiller qu'il n'y en ait pas.
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MessageSujet: Re: C'est ça le médecin?!    Dim 13 Nov - 12:12

Le chaton veut se faire passer pour un tigre ? Je maintiens un soupir de justesse. Qui croyait-il impressionner ? Certes, il a perçu l'enrobage de ma proposition, mais de là à croire qu'il pourrait en changer les termes, c'en est grotesque. Toujours le même problème avec les vertueux. Parce qu'ils pensent être dans le droit chemin, ils pensent qu'on va l'emprunter pour ce seul fait...

-Tu devrais essayer... Je payerais même pour le voir !
-Je n'ai aucun sens de l'orientation, je me perdrais inévitablement...
-Je ne suis même pas sûr qu'on arriverait à t'y faire faire un pas...
-Pourvu que tu aies raison !


Tiens, je crois qu'il a fini. Je garde un faciès grave, afin de le rassurer sur le sérieux de mes intentions. Mais une petite mise au clair de la réalité des choses le fera peut-être redescendre de ses grands chevaux.

-Ils ne sont pas désirés. Ils sont une bouche à nourrir en plus. Ce n'est pas pour rien qu'on les enterre dès la naissance. Peut-être n'aviez-vous pas saisi la nuance ?

Je le fixe afin de voir si cette fois, il est bien au courant de ce qu'il se passe loin de ses beaux quartiers. Qu'il pense à tous ces nourrissons condamnés qu'il ne pourra sauver en l'absence de parents potentiels.

-Occupez-vous des acquéreurs.

Le terme est un peu sec, non ? En même temps, il n'avait qu'à changer de ton !

-Et je m'occupe de la mère. Elle aura ce qu'elle mérite !

Que mérite-t-on quand on est coupable du meurtre de son propre enfant? Oui, le père est un porc. Oui l'enfant lui aura fait perdre des jours de passe. Et oui il sera un gouffre financier et une perte de temps. Mais, même si elles ne font pas le sale boulot, elles restent coupables par inaction...

-Toutes ne sont pas ta mère...
-Une chance... Il y aurait une sérieuse recrudescence d'eunuques !
-Tu crois que c'est pour cela qu'elle a autant de coui***
-Hey ! Arrête... Je l'imagine avec toute une collection accrochée dans sa chambre... Flippant !


Quoiqu'il en soit, j'ai peut-être émis un peu trop de rancœur dans le son de ma voix. S'il avait un doute sur la rétribution de la mère, celui-ci vient de disparaître indiscutablement.

Fini de jouer. Je pose mes coudes sur la table, joignant mon poing dans ma main à leur verticale, le regard légèrement plus sombre, je baisse néanmoins la voix. Ce qui suit n'est pas le genre de discours approprié à un lieu de détente et de raffinement.


-Je loue votre vertu et votre dévouement. Mais ces deux qualités n'ont pas lieu dans mon monde. Dans le mien, on tue les enfants, on viole les femmes, on tabasse les démunis. Si esclave a pour vous une signification de domestique bénévole, c'est qu'effectivement, dans votre somptueux cabinet, vos fenêtre vous offrent une vue grandement édulcorée de nos rues.


Je souffle un temps, sentant une colère sourde monter en moi.

-Finalement, vous n'êtes pas si différent de vos confrères. Vous faites payer la santé. Oh certes parait-il uniquement aux plus aisés... Mais d'où croyez-vous qu'ils tirent toute cette richesse ? De la vente et de l'utilisation d'esclaves. De la paye misérable de leurs employés libres. Du vol des terres et de leurs cultures. En fait, vous faites payer leurs soins par les plus défavorisés...

Bon, la moutarde est montée au nez. Je n'en suis pas spécialement fier, mais il l'a bien cherché à vouloir me prendre de haut.

-Mes filles sont rémunérés suffisamment pour ne manquer de rien. Les accidents, oui les enfants, heureusement assez rares, finissent coursiers. Alors non je n'ai pas la prétention d'être un parangon de la vertu, mais je saisis toute la signification de mes actes. Je spolie la noblesse en l'aguichant avec la luxure, qu'elle saurait trouver avec des filles bien moins consentantes, et je la disperse dans mon monde en veillant à ce qu'elle ne cause pas plus de problème. Pouvez-vous en dire autant ?


Heureusement, Colombe arrive avec quelques boissons, dont je me saisis pour noyer ma colère. J'avais gardé un ton posé, mais avec une nuance agressive. Ma bière finie cul-sec, je pose à nouveau mon regard sur le guérisseur.

-Laissez-moi vous éclaircir la situation : Vous trouvez les parents, je trouve l'enfant, ils payent. Point.

On ne peut faire plus concis.    
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Automne
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MessageSujet: Re: C'est ça le médecin?!    Lun 14 Nov - 20:14

Dès les premiers mots de Calaën, Automne senti que le ton avait changé.

"Tu l'as visiblement énervé." Commenta VoileArgenté avec un fond de moquerie méprisante dans la voix.

La jument considérait visiblement que la conversation était suffisamment intéressante et suffisamment peu professionnelle pour qu'elle y participe.

"Oui, ce n'était pas vraiment voulu..."

"Ça arrive parfois... Tu as un don pour en énerver certains !"

"..."

"Tu tapes là où ça fait mal." Conclut la jument en ricanant.

La dernière phrase de Calaën claqua dans l'air avec une colère rentrée qui interpella le médecin. Mais il n'eut pas assez de temps pour décrypter ce détail que déjà l'homme changeait de position, se faisant plus menaçant tout en parlant plus bas. Pour ne pas briser leur échange, Automne le suivit, se pencha un peu en avant tout en baissant très légèrement les épaules et le regard. Il laissa ainsi Calaën prendre la main sur leur conversation, aussi bien verbalement que physiquement.

Néanmoins, quand les mots furent finalement prononcés, Automne du retenir l'envie de se dresser de colère tout en muselant la jument qui venait de se cabrer dans son esprit, outrée au possible. De son trouble on ne vit rien sur son visage, pas de tension particulière dans ses muscles. Il semblait écouter calmement Calaën, lui accordant une attention entière, mais posée. Les seuls détails qui trahirent son agitation furent un clignement un peu plus long de ses paupières et une expiration plus profonde que les autres.

La colère semblait aussi poindre chez Calaën et seule l'intervention de VoileArgentée empêcha son humain de tenter de répliquer de suite à la remarque suivante.

"Calme, calme, c'est là ta force."

"Je sais..." Grinça Automne en pensée.

Pourtant encore une fois, rien ne trahissait sa colère si ce n'était l'ongle de son pouce discrètement enfoncé dans la peau de son index.

Et les mots suivants n'offrirent pas plus de répit à Automne, qu'il était dur de trouver comment répondre à une attaque personnelle. Sans jamais chercher à fuir, car cela ne faisait généralement qu'aggraver les choses, Automne avait tendance à préférer détourner habillement la conversation sur autre chose. Aussi, même s'il n'avait au final que peu de portes de sortie cette fois-ci, c'était bien ce qu'il comptait faire une fois qu'il fut sûr que Calaën avait déversé tout son fiel. Dire simplement qu'il comprenait son point de vue et qu'il était navré que leur conversation prenne une telle tournure, puis calmer doucement le jeu.

"Je comprends que j'ai pu vous donner cette impression, mais...

Mais c'était sans compter VoileArgentée qui décida que, cette fois, son humain n'avait aucune raison de "faire la carpette", comme elle disait.

... Si vous croyez que je viens d'en haut, si vous croyez que tout m'a été donné sans effort de ma part, vous vous trompez. Vous pouvez émettre des réserves sur mes pratiques, les critiquer, les trouver idiotes, impures ou injustes. Mais je vous prie de ne pas (je vous interdis de !) douter de mon implication, de mon désir de bien faire et croyez bien que j'ai conscience de mes actes et de ce qu'ils entrainent. Je ne ferme pas les yeux sur l'injustice et la misère, pas plus que sur le côté absurde de mon fonctionnement. Ce n'est là que la solution, un peu bancale je vous l'accorde, que j'ai trouvé pour tenter de rééquilibrer la balance dans un jeu de forces qui est pourtant bien inégal. Après, libre à vous de trouver mon point de vue incorrect. D'ailleurs si vous avez des conseils à me donner je suis prêt à vous écouter calmement. Je ne prétends pas être une source infinie de savoir et détenir la vérité juste et entière. "

Automne était resté très calme, il n'y avait ni colère ni agressivité dans ses mots qui étaient dits posément, sans faire paraître autre chose que sa sincérité. Le médecin s'accorda ici une petite pause, profitant du fait de boire une gorgée du vin sucré qu'il avait commandé pour laisser échapper un petit soupire et relâcher un peu la tension. Il joua alors un instant avec son verre comme s'il réfléchissait :

"Vous ne prétendez pas être un parangon de vertu ? Parfait ! Moi non plus."

Commença Automne comme s'il réfléchissait à haute voix. Puis il planta à nouveau son regard sur Calaën.

"J'essaie simplement de faire pour le mieux pour ce que je crois le plus juste. Tout comme vous... À ce que j'entends et ce que je vois, vous êtes bien plus respectable que nombre de personnes dans votre milieu. (Sinon je serais déjà parti d'ici et en vitesse.) Peu importe ce que vous pensez ou pour quoi vous agissez, au final vos actions comptent. Que ce soit en accueillant ces filles ou en sauvant ces enfants, vous agissez pour le mieux."

Voilà, Automne avait réussi à rester calme et à répondre posément à Calaën tout en montrant qu'il entendait ce qu'il avait à dire. Le médecin espérait simple que cela serait suffisant pour ramener le calme dans leur échange.

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MessageSujet: Re: C'est ça le médecin?!    Sam 19 Nov - 12:05

L'amorce est lancée. Un joli petit appât au bout de la ligne et je mets l'hameçon à l'eau. Mise en scène théâtrale, je baisse les yeux avec un air accablé, tout en secouant doucement la tête. Un petit soupire pour appuyer le tout, amenant mes épaules à s'affaisser, et je suis paré pour la première scène.

-Acte un ! Scène une ! La leçon.

-Comment vous dire... ? Vous avez l'intention, mais vous n'avez pas le sens de la réalité. Notre société ne peut et ne veut penser comme vous. Ce qui fait que vos actes, même honorables, entraînent des drames pire que ceux qu'ils comptaient éviter...

-Scène deux ! Le professeur.

-Je n'ai rien de respectable...

-Tu m'étonnes !
-Chut, je joue là !
-Désolé réflexe...


-J'exploite ces filles. Je ne peux dire que c'est pour leur bien. Seulement affirmer qu'au jour de leur recrutement, mon offre restait le meilleur avenir qu'elles puissent envisager. Mais loin de tout idéalisme, cela reste de l'exploitation. Il y a un toit mais ce n'est pas le leur. Elles ont de l'argent mais je contrôle leurs dépenses. Même leurs corps ne leur appartiennent pas. Je leur offre une douce illusion pour oublier leur véritable condition.

Je me ressers une petite boisson avant de me dessécher à force de parler, ce ne serait pas digne d'un acteur tel que moi. Et puis, un court silence pour accentuer mes propos précédents, ne peut être qu'utile à la mise en valeur de ceux suivants.

-Scène trois ! Les remords.

-Et pourtant... J'aimerais faire tellement plus... Mais...

Je retiens mon souffle.

-Pourtant, je dirais que tu ne manques pas d'air pour le coup !
-Joli !


-Mais... J'ai ouvert les yeux. Et quelque soit mon envie profonde, je ne pourrais jamais leur offrir mieux. Elles se feraient happer par notre monde, sans espoir de sortir de la tempête... Je ne veux pas les condamner. Et pour cela je dois les séquestrer. Vous comprenez ?

Question rhétorique. Je relève la tête pour scruter mon vis à vis, l'air un peu hagard pour appuyer mon coté rêveur, pensant déjà à la suite de mon discours.

-Laissez moi vous conter une histoire...

Je n'attends pas de réponse, je ne voudrais pas qu'il me coupe dans ma prestation.

-Acte deux ! Scène une ! L'histoire.

-Comme toute histoire, il était une fois... Une jeune fille. Née de l'union d'un marchand, et de la fille cadette d'une petite noblesse. Autant dire une situation enviable. Suffisamment aisée pour bien vivre, et trop peu riche pour attirer la convoitise. Elle était la fierté de la famille. Un bon caractère, une joie de vivre, une intelligence remarquable, une curiosité grandissante et une naïveté attendrissante. Un véritable petit trésor.


Je souris. Comme si je connaissais bien cette jeune fille, et qu'elle me rappelait de bons souvenirs. Mon air nostalgique est au point. C'est à s'y méprendre.

-Scène deux ! Le drame.

-Mais la cruauté de notre monde vint jusqu'à notre joyeuse petite famille. Le père se fit avaler son commerce par un concurrent aux moyens nettement plus élevés. Et beaucoup moins correctes. Il n'y survécut pas. Sa femme, assez jolie encore pour attirer du prétendant, se fit reprendre par sa famille. Quant à la fille, elle se fit vendre, contre l'avis de sa mère impuissante, pour payer la future dote.


-Scène trois ! Les ténèbres.

Je me crispe légèrement. Il me faut l'air d'avoir envie d'étriper le monde entier. Ma voix est contenue comme il se doit.


-Une jeune fille, belle comme un cœur, je vous épargne le dessin de l'usage que son acquéreur comptait en faire... Mais c'était sans le caractère bien trempée de la jeune fille. D'un doux fantasme, plus d'une fois, elle se fit un enfer pour l'homme. Chaque fois il devait lutter pour avoir ce qu'il voulait, malgré les coups reçus, il y prenait un certain plaisir malsain.

Mon regard se fit plus dur. Meurtrier.

-Sauf qu'un jour, il y eu le coup de trop. La goutte d'eau qui fit sortir le propriétaire de ses gonds. A bout, il n'y alla pas de main morte pour châtier la jeune fille. Elle reçut une sévère correction avant d'être rejetée à la rue, meurtrie et brisée. Aspirant qu'à une chose... Quitter ce monde.

Je pris une inspiration. Comme si je regrettais que son souhait ne soit pas réalisé. Puis je fixe le guérisseur.

-Scène quatre ! La lumière ?

-Et c'est là que vous êtes intervenu... Cela doit bien faire une trentaine d'année maintenant. Une jeune fille, grimée en garçon, gisant dans une ruelle sombre, à attendre la mort. C'était quelques semaines après sa correction. Elle n'eut pas de liaisons irréversibles, mais quand on abandonne tout envie de vivre, le corps, je ne me l'explique pas, devient plus fragile aux agressions extérieurs, elle avait une bonne infection. Et vous l'avez prise en pitié lorsque vous l'avez croisée. En quelques jours, avec votre efficacité, vous l'avez guérie...

Je le scrute, voir s'il se souvenait de chacun de ses patients.

-Scène cinq ! Retour en enfer.

-Et renvoyée dans le monde qu'elle ne souhaitait plus affronter...

Je fronce les sourcils. Signe évident de colère.

-Elle voyait en vous une bonne âme, un sauveur, une lumière dans les ombres. Et vous l'avez abandonnée...

Ma respiration accélère. Mes poings se crispent.

-Vous voyez ?  D'une sainte action, vous avez condamnée une jeune fille à sombrer un peu plus encore... Que croyez-vous qu'elle aie dû faire pour vivre ? Surtout quand elle n'avait plus aucune fierté ? Plus aucune raison d'être ? Se sentant un simple objet dans un monde où elle ne peut être une personne ?


-Acte final !

Je lève légèrement les yeux. C'est l'heure du coup de grâce !

-Heureusement pour votre salut, moi, le proxénète, je vins à la croiser... N'est-ce pas ? Rose ?

BOUM ! C'est le son qui n'aurait pas dû tout dénoté dans l'ambiance. Coup de théâtre.

Elle avait quitté la scène au début de ma petite crise de colère. Et je savais qu'elle passe toujours m'aguicher après son numéro quand je suis en salle. Comme elle sait que je ne peux consommer à ces instants... Elle adore me frustrer. Enfin bon je m'égare.

-Pour changer...
-Tu ne veux pas te perdre toi aussi ?
-Déjà fait, je suis dans ta tête... Et crois moi il y a de quoi se perdre...


J'avais donc entrepris de ferrer le médecin. D'autant plus qu'il semblait avoir accroché sur elle. Et comment lui en vouloir ? Parée dans une somptueuse robe aux teintes rouges et noires, avec comme toutes les hôtesses, les échancrures là où il fallait, et ce regard de braise.

-Tu t'égares encore...
-Elle aura ma peau un jour...


Il fallait juste que je règle le rythme de mon histoire avec son apparition prochaine. Un peu de fioriture par ci par là et on n'y a vu que du feu. Je m'épate.

-Calaën...

Elle vint s'asseoir sur mes genoux en amazone, passant un bras autour de mon cou, et déposant un baiser sur ma joue.

-Je commence à comprendre pourquoi je ne peux pas te résister...


Alerte ! Alerte ! Son ton de voix est dangereusement mutin. Elle n'entre absolument pas dans le jeu. Je perd mon masque de comédien, mes yeux suppliant Rose de ne pas me trahir.

-Pathétique...
-J'avoue... Mais là je vois pas comment m'en sortir !
-C'est ça que j'adore !


-Tu es un si beau conteur...

Elle me sourit chaleureusement, me caressant délicatement la joue.

-Mais...

Je le sens mal. Elle se tourne vers le guérisseur, comme une mère contrie d'avoir assisté à une bêtise de son garnement. Une moue irrésistible en passant.

-Navrée mon ami, mais mis à part votre intervention salvatrice, je crains qu'il ne vous aie embobiné...

-BOUM ! Rebondissement ! Là, c'est un coup de théâtre !
-J'ai envie de pleurer...
-Moi je peux mourir tranquille après ça !
-je t'en prie !
-Sauf que je suis sûr que tu m'offriras encore d'autres moments comme celui là ! Ce serait criminel que de manquer ça !


Voilà, là je creuse un trou de souris où me planquer. Enfin pour le coup on croirait que c'est dans son décolleté que je compte aller, vu que mon visage est orienté dans ce sens. Elle me vend comme menteur et je n'ai d'autre réaction que de la reluquer. Il n'y a pas à dire, je dois resplendir d'une image extérieur digne d'un démon. Et le pire c'est que je ne fais rien pour la démentir. Je suis comme paralysé.

-Comme lui, je suis issue d'une fille de joie, et j'ai suivi le cursus maternel, où j'ai hérité d'un amant peu porté sur l'hygiène, la fameuse infection. Ensuite, il m'a simplement débauché pour son établissement... Fin de l'histoire.

Je n'arrive plus à respirer. Si seulement je pouvais m'évanouir...

-Calaën... Ses mets là seront pour plus tard, je vois ceux du moment arriver.
-Hein ?

Oui. C'est bien là toute ma répartie en quittant des yeux sa poitrine. En même temps je ne sais plus où regarder après cette exécution en règle.

-Et cesse d'importuner mon sauveur. Sans lui, tout ça ne te serait pas accessible...

Fit-elle en se levant lascivement, son bras me quittant en me caressant tout le long de son départ, de l'arrière du cou jusqu'au bout de mes lèvres. Un clin d’œil et un sourire aguichant et là voilà partie après sa trahison. Je la quitte des yeux tardivement. Une façon de gagner du temps pour pouvoir rebondir.

-Bonne chance !
-Tu ne m'aides pas...
-Je sais...


Fou comme c'est vicieux un sourire de renard je trouve.

J'inspire longuement et braque lentement mon regard sur le médecin.


-Sans rancune ? Il faut toujours que j'enrobe de miel mes intentions... Elles paraissent moins amères...  

Autant la jouer sincère maintenant qu'on vient de me couler. Colombe arrive à point nommé pour le repas, laissant un blanc avant que ne puisse réagir mon invité. Une réaction que je ne peux deviner vu l'excentricité dont il est réputé. On ne sait jamais...

-Tu rêves...
-Je sais...
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C'est ça le médecin?!
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